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CHAPITRE II

LES CERCLES d'ÉTUDE3

Programme et méthode. — Les Cercles d'études ruraux.

M. l'abbé Beaupin est un des maîtres les plus aimés de la jeunesse. Il a consacré son dernier ouvrage à la question des Cercles d'études' et nous ne saurions trop en recommander la lecture. Dans un des récents numéros de l'excellente Revue des patronages ^, il a publié l'article suivant qui contient des renseignements dont nos lecteurs sauront apprécier la haute valeur.

S'il est une idée sur laquelle tombent aujourd'hui d'accord tous les éducateurs, c'est bien celle-ci : quiconque se contentera d'entourer l'àme de l'enfant et du jeune homme de toutes les précautions capables de les mettre à Tabri des tentations de toutes sortes qui peuvent les assaillir, n'aura accompli qu'une partie de sa tache; il les aura momentanément préservés; il ne les aura pas formés.

Nous devons chercher à préparer à TEglise des chrétiens complets, instruits de leur religion, possédant une vertu intègre, armés pour exercer une salutaire influence sur la société de leur temps. Nous n'y parviendrons que dans la

\. L'Éducation sociale el les Cercles d'éludés (Paris, Bloud, 1911). 2. Cf. numéro du 10 avril 1912.

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mesure où nous aurons éclairé leur foi, affermi leur moralité, développé en eux le goût et la science de l'apostolat.

Un jeune catholique doit être élevé dans cette pensée Ifiu'il a, dans le ..monde, une mission à remplir; toute la question est de savoir, si, une fois parvenu à l'âge d'homme, il sera réabsorbé par le milieu à demi païen qui l'entoure, ou si, vainqueur de toute cette ambiance, il y fera pénétrer, par son exemple et son action, les idées catholiques.

Le but des œuvres de jeunesse est donc de préparer à l'Église des croyants, à la Patrie des citoyens, à la Société des valeurs. On les a heureusement définies de véritables « collèges populaires », oîi l'enfance et l'adolescence reçoivent tout ce dont elles ont besoin pour leur éducation intégrale.

Or, le Cercle d'études nous apparaît aujourd'hui comme un rouage indispensable des patronages catholiques. Il est comme le couronnement de toutes les autres institutions qui y fleurissent, parce que c'est lui qui peut concourir le plus directement au but que nous venons de marquer.

Au point de vue religieux, le plus important de tous, le Cercle d'études aidera le jeune homme catholique à acquérir une connaissance plus méthodique et plus approfondie des vérités de la foi; il s'y prémunira par une science sérieuse contre les objections que l'on multiplie contre la religion.

Au point de vue social, il apprendra sur quels principes chrétiens repose la bonne organisation des sociétés humaines; quel est le rôle de l'individu, de la famille et de l'État; comment s'est exercée, dans le passé, l'action bienfaisante de l'Église parmi les peuples; et de quelle manière le catholicisme peut et doit être encore, parmi nous, une source de progrès.

Au point de vue moral et civique enfin, il sera initié aux règles du devoir.

Cette science, à la fois théorique et pratique, ne constitue qu'une partie des avantages que l'on doit attendre du Cercle d'études. Ceux qui en font partie doivent y acquérir des qualités intellectuelles et morales, plus que jamais indispensables à tous, à l'heure où nous vivons.

La première de toutes, celle qui donne à l'intelligence sa valeur, c'est le jugement.

Avoir du jugement, c'est être capable de s'orienter, dans le conflit présent des opinions, savoir peser le pour et le contre, afin de se prononcer ensuite en connaissance de cause. C'est pouvoir aussi ne pas être la dupe du premier venu, autrement dit, avoir un bon sens assez sûr et assez informé pour ne pas se laisser prendre à l'appât des sophismes dont est nourri le public qui pense par son journal ou par le cerveau de quelques meneurs. C'est enfin se prémunir, dans sa conduite pratique, de fautes et d'erreurs de tactique préjudiciables aux idées mômes que l'on a entrepris de défendre.

Au jugement, le jeune catholique doit joindre l'esprit d'apostolat. Celui-ci nait dans l'âme d'une foi religieuse plus intense, de la considération réfléchie des maux dont nous soufîrons, du désir enfin de travailler au bonheur de tous avec toutes les ressources de dévouement que l'on possède.

11 ne faut donc pas demander aux Cercles d'études de nous fournir des savants, spécialisés dans un ordre de connaissances, mais des esprits droits, débarrassés de ce que l'on appelle quelquefois une mentalité de primaire, c'est-à-dire des intelligences averties de la complexité des problèmes et des principes qui doivent servir à leur solution.

Il faut attendre d"eux encore qu'ils nous fournissent des hommes d'action, c'est-à-dire des cœurs vaillants, soucieux d'entrainer leurs frères au bien par l'éloquence de leurs exemples et de consacrer leurs efforts à rétablir la société sur des bases plus justes et, partant, plus chrétiennes.

Le Cercle d'études sera, si nous le voulons, une pépinière d'apôtres actifs et avertis, doués d'un courage inlassable et (i'une compétence réelle pour accomplir tous leurs devoirs.

ii. — de la méthode a employer dans les cercles d'Études.

Ce qui fait Toriginalité, en même temps que la valeur éducatrice du Cercle d'études, c'est la méthode qu'on y emploie. Celui qui enseigne s'efforce d'associer le plus possible celui qui est enseigné à la recherche de la vérité. Au

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lieu de la lui donner toute faite, il l'aide à la trouver et à s'en convaincre lui-même; il lui apprend ainsi à se débrouiller plus aisément, dans le chaos présent des doctrines et des opinions.

On ne saurait formuler une règle fixe de travail, capable de s'appliquer à tous les Cercles d'études, sans exception. Sans doute, tous les Cercles ont le même but : acquisition d'une science suffisante pour que soit réalisées la formation du jugement et l'éducation du dévouement. Mais, en pratique, l'organisation du groupe lui-même dépend du degré de culture ou d'intelligence de ses membres.

Un seul point importe, c'est que ceux qui font partie d'un Cercle d'études soient progressivement associés au labeur qui s'y poursuit, selon leur âge et leur capacité, jusqu'à devenir capables de se tirer d'affaire à peu près seuls, c'est-à-dire d'exposer clairement une question, de la discuter et d'arrêter enfin une ligne de conduite en conformité avec les vérités découvertes et acceptées.

On se gardera donc bien de se faire un type immuable et intangible de Cercles d'études. Tenant compte de la valeur intellectuelle et morale des éléments dont on dispose, on réalisera d'abord le possible, ce possible ne dût-il être que très peu de chose. Sans jamais perdre de vue le but définitif, on choisira avec tact et discernement les moyens que l'on jugera les plus propres à l'atteindre.

On commencera, s'il le faut, très modestement. On cherchera, en premier lieu, à éveiller le désir de s'intéresser aux questions sérieuses, dans l'esprit de l'adolescent ou du jeune homme. On lui fera faire des lectures appropriées à ses goûts, à ses besoins, à ses aptitudes, à sa situation. On s'adressera à lui, dans des entretiens particuliers, sans se laisser rebuter par les fins de non recevoir qu'opposeront longtemps aux efforts tentés, son insouciance, sa légèreté ou même son respect humain.

Quand un Directeur de patronage parle aux jeunes gens qui l'entourent, dans les entretiens qu'il leur fait collectivement, il peut essayer de les entraîner, par des exhortations appropriées, à l'envie de réfléchir et de se créer des convictions et des idées.

11 peut encore avoir recours à un autre procédé : dans des réunions organisées pour obtenir ce résultat, qull

cherche à les mettre en contact avec des camarades de leur âge, déjà plus formés ; qu'il les conduise à des congrès de Cercles d'études; qu'il les fasse participer à des retraites fermées; bref, qu'il place sous leurs yeux des exemples et des faits qui les détermineront à imiter ce qui s'accomplit ailleurs.

Qu'il leur fasse parler enfin par l'un des leurs, venu d'une autre œuvre; il a chance de frapper ainsi plus aisément les esprits jusque-là rebelles au travail intellectuel.

C'est dire qu'il faut, au Cercle d'études lui-même, une préparation, plus ou moins lointaine. Il s'agit d'un désir à faire naître dans les âmes, d'une nécessité à faire comprendre, d'un besoin, plus ou moins latent, à éveiller, pour qu'il puisse ensuite réclamer d'être satisfait.

Le Cercle d'études fondé, autant que possible, avec quelque enthousiasme, comment le fera^-on vivre?

Ici encore, impossible de déterminer des règles uniformes. Si l'on ne tient ""pas compte des contingences, on ira à un échec, qui rendra plus difficile un essai nouveau et sera une source de découragement pour des bonnes volontés déjà flottantes.

Voici, en tout cas, ce que l'expérience semble bien avoir appris à ceux qui se sont occupés de créer et de diriger des Cercles d'études. C'est une erreur grave que de vouloir demander à tous et du premier coup la même somme de travail. C'est une faute de tactique que de vouloir, d'emblée, un Cercle parfait, où tout se passera comme si ceux qui eu font partie étaient rompus au labeur intellectuel, aux méthodes de discussion et à l'action elle-même.

Connaître ceux auxquels il s'adresse, les prendre tels qu'ils sont, savoir choisir les moyens qui feront d'eux ce qu'ils devraient être, dans l'emploi de ces moyens mettre une gradation ascendante et toujours en rapport avec l'état intellectuel et moral des intéressés, voilà la règle de toute éducation. Quiconque croira ne pas devoir s'y conformer et tentera de brûler les étapes, échouera dans son entreprise.

On peut expliquer, par l'ignorance ou l'involontaire oubli de ce principe, bien des tentatives de Cercles d'études qui ont avorté.

Ni hâte, ni timidité, telle est, croyons-nous, la vraie for-

mule. Point de hâte, c'est-à-dire point d'exigences qui seraient au-dessus des forces de tel groupe donné de jeunes gens ; point de timidité, c'est-à-dire point de crainte exagérée de n'élre point compris ni suivi immédiatement. Certains marcheront, ceux-ci très vite, ceux-là plus lentement; d'autres se déroberont. En matière de Cercles d'études et au début surtout, il faut se garder d'avoir la superstition du nombre. La qualité importe, et non la quantité. Une unité de bonne volonté ne doit pas être négligée et il faut faire, pour ce seul combattant, ce que l'on ferait pour tout un bataillon. Un homme est une force. Le recrutement d'un groupe d'élite-se fait souvent âme par âme. Or, c'est l'élite qu'il faut dégager de la masse afin qu'elle réagisse ensuite sur celle-ci.

C'est là un nouveau principe dont l'oubli encore amène des déboires. Qu'on s'adresse aux meilleurs, qu'on ne redoute pas de voir s'opérer des sélections. L'heure viendra où ceux qui valent mieux, portés à leur maximum relatif de valeur, entraîneront ceux qui valent moins.

De ces réflexions, une conclusion se dégage à laquelle, chaque jour, l'expérience apporte sa confirmation. C'est la connaissance des hommes, jointe à la science du but à atteindre, qui doit régler nos attitudes pratiques. Il ne suffit pas de faire des œuvres ; il faut savoir pourquoi on les fait et vers quelle fin on se dirige. 11 faut avoir sur cette fin des idées arrêtées, afin de ne pas disperser ses efforts sur un travail stérile.

Par ailleurs, il faut s'être enquis des besoins, des dispositions, des aptitudes de ceux auxquels on s'adresse, afin de choisir les moyens qui, devant mener plus ou moins rapidement vers la fin, sont ceux qui s'adapteront le mieux aux individus concrets que l'on a devant soi.

Enfin, dans ce choix des moyens, l'éducateur se rectifie et se perfectionne sans cesse, parce que la vie l'enrichit incessamment d'observations nouvelles et que chacune de ses expériences lui est une leçon.

Voici maintenant sur la question des Cercles ruraux, la leçon professée à la Semaine sociale de Lyon ' par M. Joseph Ferrand : on ne saurait traiter avec plus d'entrain et de compétence une question délicate et soulevant nombre de difficultés pratiques.

Vous connaissez l'objection à laquelle se heurte notre action sociale et agricole : On nous la représente comme une utopie et une inutilité. » Utopie, nous dit-on, que de vouloir réunir et grouper les bonnes volontés rurales, comme si elles existaient seulement! Mais ne savez-vous donc pas que l'agriculteur, le « paysan » (et l'on met dans la prononciation de ce mot, je ne sais quel air de mépris) est, par essence même, terre'à terre et égoïste? Son but I mais il est de cou rir à la recherche de quelques pièces de monnaie, bien vite enfermées dans un bas de laine d'où elles ne sortiront plus!... Et puis, est-elle si utile que cela, votre action sociale? à quoi voulez-vous, en définitive, aboutir? à donner à ceux que vous cherchez à atteindre une conscience plus nette de leur devoir professionnel? Des mots, tout cela, des mots! Nous avons vécu tranquilles, jusqu'à ce jour; la terre nous a fourni tout ce dont nous avions besoin. Vos leçons et vos € cours sociaux » augmenteront-ils et sa productivité et son rendement? non? — eh! bien, alors, trêve de discours!... Vivons comme par le passé!... »

J'espère que le cours de notre ami Salvy vous aura suffisamment édifiés sur la valeur de cette objection trop répandue, même dans certains milieux catholiques. Non, l'éducation de l'élite agricole est nécessaire et elle s'impose à tous. Elle est en outre possible, et l'initiative que vous avez prise vous-mêmes, en organisant cette semaine rurale, suffit à le prouver surabondamment. Parce qu'elle est nécessaire et possible, il vous appartient de la réaliser avec les méthodes qui vous ont été indiquées et sur lesquelles je

\. Nous empruntons le texte de cette « leçon » à la Chronique sociale de France (décembre 1911).

ne reviens ici que pour < jeter le pont », pour établir un lien entre l'exposé qui vient de vous être fait et les idées que je vais émettre.

C'est dans le Cercle d'études que se réalisera cette éducation sociale. Dans le cercle d'études (et je n'ai nullement en vue ici ces organisations qui sont bien plus des caricatures que des modèles de cercles d'études et qui constituent en réalité des garderies pour la préservation des jeunes gens), dans le cercle d'études, dis-je, où la première place sera réservée à l'étude des intérêts religieux, moraux et professionnels et dans lequel régnera le véritable esprit chrétien, seul moteur efficace de l'apostolat que nous avons rêvé d'entreprendre, qui se traduira par un esprit de camaraderie, de fraternité et de simplicité.

Et les cercles d'études d'une même région devront être réunis entre eux par des liens étroits qui rendront leur tâche moins pénible et leur, action plus féconde. Puisque c'est le même but que tous poursuivent, tous doivent faire converger leurs efforts vers le même point. Or, cette convergence ne sera réelle que si les cercles d'études mettent entre eux, pour accomplir leur action sociale^ une grande émulation. Elle ne sera féconde que s'il existe entre eux une sérieuse organisation.

D'où, tout logiquement et comme suite à la causerie de M. Salvy, se pose la question de savoir « comment susciter l'émulation entre les groupes d'études ruraux et comment collaborer à l'organisation sociale rurale »? — La réponse à cette question, voilà l'objet de ces quelques mots.

Et, puisque c'est un « cours » qu'il me faut faire, voici, pour mettre de la clarté et de l'ordre dans mes développements, la division à laquelle je vais m'attacher :

1*^ Les rapports entre les groupes d'études ruraux;

2^ Les instruments de propagande;

3° L'action sociale et économique des groupes.

1° Les rapports entre les groupes d'études ruraux.

Il y a longtemps qu'on le répète : l'union fait la force. Jamais, je crois, cet adage ne pourra recevoir une plus belle application que dans la matière qui nous occupe. L'isolement : voilà le grand mal qui a emporté bon nombre de l'éducation populaire. 19

cercles d'études dont le succès paraissait assuré. C'est pour les groupements, comme pour les individus, la réalisation du V'e soli. Et d'ailleurs, il ne peut pas en être autrement : le but que poursuivent les cercles d'études, c'est, si je ne me trompe, la mise en pratique, dans la vie de chaque jour, des principes évangéliques, dans leurs conséquences individuelles et dans leurs répercussions sociales. C'est là (et si nous ne l'avions expérimenté, les quolibets de ceux que gêne notre action nous le rappelleraient) xme tâche immense pour la réalisation de laquelle il faut le concours de toutes les bonnes volontés., de toutes les éncroies, à quelque groupe spécial qu'elles se rattachenx! En un mot, la difficulté de la tâche rend nécessaire le soutien mutuel.

Pour se soutenir, il faut se connaitre, et pour se connaître, il faut se mettre en relations avec ceux que l'on veut voir. Donc il paraît indispensable que les cercles ne mènent pas une vie renfermée, sans aucun contact avec les groupes avoisinants. Ce contact s'établira notamment :

1° Par les « réunions inter-cerdes ». Il ne s'agit nullement d'un Congrès, fùt-il cantonal; non, c'est quelque chose de plus simple : c'est la visile que font un ou plusieurs cercles d'études à un autre cercle, dans laquelle il se produit un échange de vue sur les efforts accomplis, sur les initiatives prises par chacun et oîi s'élabore tout un programme d'action, d'autant plus efficace et pratique qu'un plus grand nombre de cercles y aura souscrit. Et si j'en avais le temps, j'aimerais à vous donner, à titre d'exemple, l'horaire d'une journée, voire même d'un après-midi de réunion intercercle, et vous n'hésiteriez pas, de retour dans vos campagnes, à pratiquer ce moyen qui donnerait, comme il en a donné ailleurs, de réconfortants résultats. 1 2° Il s'établira encore, ce contact, par les Congrès : ils sont une merveilleuse occasion de rencontre entre les membres de différents groupes d'études; ils sont peureux un excellent moyen de se mettre en rapports. Permettezmoi, à ce propos, de retenir un instant votre attention sur cette idée que ces congrès ne doivent, à aucun prix, sous peine de rester sans etfet, être des manifestations de parade, dont le bluff tient la première place, de ces manifestations riches en belles déclarations claironnantes et dont le seul but est de frapper l'imagination du public.

3° Un très bon moyen d'accroître l'intimité des groupes entre eux, serait de créer, d'organiser des services communs. Un exemple : il est indispensable que chaque groupe ait à sa disposition une petite bibliothèque où il ira puiser les renseignements dont il pourra avoir besoin. Oui, mais encore faut-il que ses ressources budgétaires le lui permettent.

a) Pourquoi alors plusieurs groupes de la même région ne se réuniraient-ils pas pour créer entre eux un service de prêts de livres, de revues et de brochures? Chacun contribuant pour une part relativement minime aux frais généraux que nécessiterait une telle organisation, il deviendrait possible de concilier ces deux choses : la faiblesse des revenus avec l'abondance des sources de renseignements.

b) Dans le même ordre d'idées, il serait très souhaitable que les groupes d'études d'une même région s'habituent à compter les uns sur les autres, pour le cas, toujours possible, où des circonstances pénibles rendraient cet appui nécessaire.

c) Je vois également une immense avantage pratique à la réation d'un petit bulletin des cercles d'études, qui, à périodes fixes, apporterait à tous des nouvelles précises sur l'action commune entreprise, à condition toutefois que ce petit bulletin ne devienne pas un organe de « bluff » sur lequel seront mentionnés des groupes qui n'existent pas en réalité et où on relaterait (comme cela s'est vu) des prouesses... tout à fait imaginaires.

(/) Enfin, il est une autre institution qui me parait appelée à de féconds résultats. Voici ce que je veux dire : dans une région déterminée, quelques membres de divers cercles d'études se donneraient -la mission dé visitei", régulièrement, les groupes de la région. lisseraient commodes « agents inspecteurs » chargés de stimuler et parfois même de réveiller l'ardeur de leurs camarades, et, à ce titre, pourraient constituer de précieux points de contact entre les groupements.

A" Mais, à coup sur, c'est dans la prière que se trouve le plus solide lien d'union entre les groupes d'études, dans cette prière en commun que constituent les retraites fermées ! C'est toute une causerie qu'il me faudrait vous faire si je voulais vous en montrer tous les profits qu'on en peut retirer. Qu'il me suffise de vous les avoir signalées comme un

moyen puissant entre tous de créer et d'affermir les rapports des cercles, et de vous rappeler que c'est après une retraite au cénacle que les apôtres ont conquis le monde • aux idées du Christ !

Voilà brièvement (trop brièvement) indiquées les formes qu'il est possible de donner aux rapports des groupes ruraux. Arrivés au point où nous en sommes, nous avons en main les éléments qui permettront aux cercles d'avoir une organisation solide et d'exercer une action profonde. Nous avons, jusqu'à présent, considéré le cercle seul, en luimême, et nous avons recherché ensemble quelles étaient les conditions de sa force ; il nous faut maintenant porter nos regards ailleurs pour envisager le groupe dans ses rapports avec l'extérieur, et vous savez ce qu'il faut entendre par extérieur. Ce sera, suivant les moments ou les contrées, la vie professionnelle, la masse des indififérents, des hostiles mêmes, etc.. Ainsi, étant résolue la question de savoir quelles formes donner aux rapports des groupes, un autre problème surgit, auquel nous devons répondre et qui va fournir la deuxième partie de mon développement.

2° Quels sont les meilleurs et les plus opportuns moyens de propagande.

A) Propagande individuelle.

a) Et elle est nécessaire, cette propagande! Tout autour de nous, dans nos familles, dans notre milieu professionnel, vivent des personnes que n'intéressent pas notre action, qui la dédaignent et en sourient. Je sais même beaucoup de bons chrétiens et de saints prêtres que vous étonneriez, que vous scandaliseriez fort, si vous leur exposiez la conception qui est la vôtre sur les cercles d'études. Un cercle d'études, pour eux, c'est un lieu de réunion où vont les jeunes gens qui ne veulent pas passer au cabaret le temps qu'ils ont à perdre ; et où toute la besogne qu'on y fait se ramène à préparer des chants, à réciter des monologues ou à répéter des comédies. Eh! bien, notre rôle est précisément de montrer à ceux dont le secours et le concours nous sont indispensables, l'inutilité de tels moyens d'apostolat, quand ils sont employés à l'exclusion de tous autres et de faire voir, par contre, les heureux effets que

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peut engendrer, au triple point de vue religieux, moral et social, l'action que nous voulons entreprendre. Et pour établir cette preuve, le meilleur moyen est l'exemple : quand le prêtre, vicaire ou curé, aura vu que ses meilleurs paroissiens sont ceux qui fréquentent le cercle, quand il se sera rendu compte des bienfaisants résultats chez tous, soyez persuadés qu'il n'hésitera pas à se donner au groupe. Il ne s'agit nullement, bien entendu, de, nous ériger en censeurs de nos curés. Dieu nous préserve de prendre une telle attitude lamentable, peu chrétienne et bien indigne de notre cause!

b) Et puis, il faudra accomplir notre travail de pénétration, en nous tournant du côté des jeunes de notre paroisse, qui ignorent et notre action et nos efforts. Comment? Oh ! évidemment, ce n'est pas ,en organisant des réunions bruyantes et tapageuses dans la salle d'un cabaret. Le bruit ne fait pas de bien... et le bien ne fait pas de bruit. Le bien ne fait pas de bruit! voilà toute la formule à laquelle se ramène notre propagande. Elle sera individuelle, calme et silencieuse, d'autant plus calme et silencieuse qu'elle sera plus tenace et plus dévouée.

Tous, nous connaissons de ces jeunes que l'indifférence a éloignés de nos croyances, et qu'un bon mot, dit à propos, une parole réconfortante ramènerait à jamais vers nous. C'est à ces âmes qu'il faut nous attacher. Avec tact, avec ce tact que nous inspirera l'amitié que nous devons avoir pour elles, parlons-leur des choses que nous aimons; laissons bien simplement transpercer le bonheur que nous éprouvons à vivre une vie intégralement catholique. Peu à peu, lentement, et comme à petites doses, nous infuserons dans cette âme un peu de cette sève dont nous sommes débordants... Ce sera par des conversations, par de petites discussions, un Uvre, une brochure que nous aurons habilement fait passer, que sais-je, enfin? par les mille moyens ingénieux que nous offrira notre esprit d'apostolat.

B) Propagande collective.

Mais ceci ne forme que la partie individuelle de notre propagande. Pour être vraiment efficace, elle devra revêtir aussi une forme collective, c'est-à-dire être exercée non seulement par les membres du groupe envisagés isolément, mais par le groupe lui-môme.

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Il s'agit pour lui de se faire connaître de ceux qui l'ignorent. Vous n'attendez pas de moi que jindique tous les moyens qu'il pourra prendre à cet effet : ils sont infinis et variés. Voici, brièvement indiqués, les principaux :

a) Ce seront les réunions oii seront invités tous les habitants de la paroisse, ce seront les réunions interrcercles auxquelles on donnera plus de compréhension, en ce sens qu'elles ne comprendront pas exclusivement les « membres actifs » des groupes. Je vous signalerai aussi les congrès, comme un instrument de propagande, car toutes ces manifestations, un peu plus solennelles et de grande envergure, si elles ne sont elles-mêmes d'aucune utilité pratique pour les camarades zélés des cercles, ont un très sérieux avantage : celui d'entraîner les timides, les hésitants qui ne marchaient pas parce qu'ils se croyaient ou nous croyaient isolés.

b) Mais, à coup sûr, la meilleure propagande sera, pour le cercle d'études, d'entrer résolument dans la vie professionnelle et sociale de la localité, de s'y mêler pour la revivifier. Sachons le reconnaître : nous avons été, nous, catholiques, la cause de notre faiblesse. Nous avons trop longtemps vécu en isolés, loin de toutes les réalités sociales. Or, aujourd'hui, notre place est bien marquée, pour l'y atteindre, il nous faut faire une trouée. Pratiquons-la donc, cette trouée, et ne croyez-vous donc pas que du jour où les plus ardents propagateurs de la vie et de l'action sociale seront les catholiques, il n'y aura rien de changé dans notre pays et qu'un grand pas en avant n'aura pas été fait vers la solution de la question sociale? Si. Eh ! bien, il en est de même pour les cercles d'études : leur action sociale et économique est la condition de leur succès et de leur diffusion.

3^ L'action sociale et économique des groupes.

Cette partie — la dernière — de ma causerie, me retiendra peu de temps, non qu'elle soit la moins importante, au contraire, mais ce serait m'exposer à revenir sur des choses déjà dites et bien dites cette semaine, que de m'y appesantir. Qu'ont été. en effet, ces cours sociaux agricoles, sinon l'exposé de l'action économique et sociale rurale qui s'impose à nous? Aussi bien, je me contenterai

d'en parler ici d'une manière très générale, en examinant quel doit être le rôle du cercle d'études dans la préparalion à cette action sociale?

A) Préparation : tel est le but des cercles et telle est l'œuvre dont ils ont à se faire les instruments. Ils sont et doivent être, les cercles, comme l'arsenal où se forgent les volontés en vue des réalisations économiques qui s'accompliront ailleurs que dans le cercle d'études. Car ce serait une grave erreur de croire que nous voulons les ériger du jour au lendemain en véritables œuvres professionnelles, en syndicats ou en mutualités, par exemple. D'abord, la plupart d'entre nous sont trop jeunes pour prendre la tète d'un mouvement économique, même dans les plus petites localités; et puis^ nous ne groupons pas tous les individus de la même profession, tous les individus susceptibles d'entrer dans une mutualité!

Nos prétentions sont plus modestes et plus pratiques : nos cercles se proposent simplement de faire l'éducation de leurs membres pour les mettre -à même de devenir les promoteurs de certaines réformes; ils cherchent k préparer les voies à une fondation sociale ou professionnelle, en formant chez eux des hommes qui pourront assurer les premiers services... et, d'une façon plus générale, ils se donnent comme mission de « lancer » l'idée qui doit engendrer une réalisation et de faire tout ce qu'il est en leur pouvoir pour que cette réalisation aboutisse.

B) Et je ne vois pas de meilleur exemple où notre rôle de préparateurs à l'action sociale se manifeste avec plus d'évidence que le suivant : il s'agit du rôle que les groupes peuvent jouer dans les enquêtes rurales. Les enquêtes, vous le savez, sont le préliminaire indispensable de toute création, de toute réforme (en matière sociale, comme en matière administrative ou politique). Avant d'entreprendre quoi que ce soit, il faut se demander si ce que l'on veut entreprendre correspond à un besoin professionnel : et le meilleur moyen de le savoir, n'est-il pas d'aller interroger ceux qui peuvent être le plus intéressés à la réforme que l'on veut réaliser? Or, ce travail d'interrogation et d'enquêtes, ne voyez-vous pas le profit qu'en retireront les groupes d'études à l'entreprendre? 11 les mettra directement en rapport avec la vie sociale de leur localité et il

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serait le meilleur instrument de leur propre préparation à l'action sociale qu'ils accompliront un jour.

Nous serons € sociaux » dans la mesure où nous connaîtrons, d'une façon pratique ce qu'est la « vie sociale » de chaque jour; et si, pour cela, il nous faut accomplir parfois un travail aride, n'hésitons pas à Texécuter, il sera pour nous plus tard la source de grands réconforts, parce qu'il nous aura permis d'apporter à des situations économiques fâcheuses des remèdes d'autant plus efficaces que nous aurons touché du doigt la source du malaise. Et ce sera, une fois de plus, l'application et la justification de cette devise qui doit être celle de nos Semaines rurales, comme elle est celle des Semaines sociales : La science pour l'action!

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