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LES QUATRE PIERRES FONDAMENTALES

D'une lettre extrêmement intéressante adressée à la Commission des patronages, par M. l'abbé C, curé-doyen, et publiée par le Patronage, nous donnerons la plus grande partie : il y a là, comme dans les précédentes pages de M. l'abbé H. Quillet, d'excellentes choses fort bien dites.

... Savez-vous, Monsieur le Président, ce que c'est qu'un patronage de campagne? Si vous pouvez m'en indiquer la définition précise et m'en faire connaître l'organisation générale, je vous en serai infiniment reconnaissant. Quant à moi, je renonce à m'en faire une idée exacte; et je crois même que ce serait une bien grande erreur que de vouloir façonner dans un moule analogue toutes nos œuvres villageoises. Je professe sur ce point une théorie diamétralement opposée, et si j'avais à définir le patronage de campagne, je me bornerais à en indiquer le but, laissant à chacun le soin de choisir les procédés pour l'atteindre. C'est, si vous le voulez, l'œuvre de l'éducation religieuse profession-

nelle et sociale de nos jeunes paysans. Comment se fera cette œuvre? De vingt façons différentes suivant les milieux, l'état des esprits, le caractère des populations, l'étendue de la paroisse, les habitudes, coutumes de la région, etc., etc. L'important, c'est qu'elle se fasse. La personne qui est seule capable de définir la forme de l'œuvre, c'est le curé ou le vicaire qui doivent en être les directeurs. IMais voyez-vous comme je suis imprudent! à peine ai-je tracé sur mon papier ces quelques axiomes que je me repens de ma hardiesse et que je m'empresse d'y apporter des correctifs.

Ce serait, je crois, dériver vers les écueils les plus dangereux que de livrer l'organisation de nos œuvres de jeunesse à la campagne à la spontanéité unique de prêtres, très dévoués sans doute, mais qui n'ont reçu (hélas!) aucune éducation pour cette forme importante de leur ministère apostolique. Et rappelons-nous qu'il ne faut pas perdre de temps : l'ennemi nous guette. Alors que faire? Il y a, à mon humble avis, pour édifier un patronage de campagne, quatre pierres fondamentales à rassembler. La première s'appelle la volonté arrêtée de fonder l'œuvre. La seconde est représentée par quelques renseignements généraux donnés par d'utiles et fécondes lectures. La troisième pierre est plus importante encore que les deux précédentes : elle consiste dans l'étude sérieuse et approfondie des patronages ruraux organisés dans la région à laquelle on appartient ou dans les régions analogues. Il n'y a pas de département qui ne possède aujourd'hui quelques-unes de ces organisations. Il faut les étudier, les pénétrer dans leurs détails intimes, causer longuement avec ceux qui ont l'expérience de ces sortes d'associations, comparer les situations différentes, etc. La quatrième pierre, celle-là, c'est de toutes la plus précieuse et la plus difficile aussi à se procurer : si j'avais à grsver sur elle un nom, j'y

inscrirais : âme d'apôtre. Oui, pour faire à la campagne un patronage, il faut avoir, dans le sens le plus profond du mot, une àme d'apôtre. Avec elle le patronage naîtra, vivra et prospérera; sans elle nous ne ferons qu'une œuvre aussi éphémère que celles des instituteurs laïques, et moins attrayante, car il nous manque l'argent. Je veux dire jusqu'au bout le fond de ma pensée sans froisser personne, puisque je parle d'une façon très générale.

Il s'agit, dans l'entreprise qui nous tente, de faire des chrétiens solides, non pas de se contenter d'une statistique de présence à l'église. — Il s'agit non point de cultiver l'esprit de religiosité qui persiste encore dans beaucoup de nos campagnes, mais d'infuser dans le cœur des générations futures le véritable esprit du christianisme, le seul qui transforme les sociétés. Car, ne l'oublions pas, en éduquant la jeunesse, il ne faut pas seulement penser au bien individuel, mais encore et surtout à l'œuvre nationale de régénération.

J'ajoute que, pour le plus grand malheur de l'influence du clergé dans nos paroisses rurales, la plupart de nos prêtres sont considérés par leurs administrés comme des fonctionnaires rétribués par l'État et chargés d'assurer l'exercice du culte; on n'y vénère plus le pasteur des âmes. Cette conception de leur mission et l'indifférence qui les entoure, l'absence de consolations surnaturelles, les ont souvent, à leur insu, et par la force des choses, relégués en fait dans ce rôle de fonctionnaires qu'on essaie de leur faire jouer. Ils en ont souffert; mais on prend l'habitude^ de souffrir. Ils en gardent rancune aux ennemis de l'Eglise ; mais on prend l'habitude de la rancune, et cette rancune elle-même développe souvent je ne sais quel espritcombalif qui immobilise dans la fierté et le dédain les ardeurs généreuses

et la largeur d'idées nécessaires pour ouvrir à tous des bras paternels.

Eh bien ! après bien des regards jetés autour de moi, bien des confidences reçues, bien des expériences encouragées, je crois que pour fonder une œuvre viable et féconde dans nos campagnes, il faut laisser une bonne fois dans nos sacristies les allures de fonctionnaires, déposer aux pieds du Christ les rancunes et les animosités, se fortifier par la méditation dans l'esprit de l'apostolat, et, hommes quelque peu nouveaux, nous rendant enfin un compte exact des misères profondes que cache la religiosité de beaucoup de nos ouailles, vouloir entreprendre, en commençant lentement, mais sûrement, une œuvre de sanctification des âmes. Je sais que cette conception de notre rôle nous est souvent moins familière qu'à nos confrères citadins. Dans les grandes villes, l'indifférence religieuse saute aux yeux. Le sentiment qu'il faut reprendre les choses par la base s'impose à tout le monde et l'on voit clairement que tout est à faire. Heureusement, dans un grand nombre de paroisses de campagne, il n'en est pas ainsi. Mais l'esprit religieux qui persiste ne doit pas être pour nous un trompe-l'œil. Il va en s'affaiblissant d'une part, et de l'autre il n'est qu'une apparence décevante. Hâtonsnous, s'il est encore temps, de profiter de ces ressources, mais avertis de la ruine qui nous menace et quittant les vieux errements qui nous ont menés si près du précipice, adoptons sans regrets les procédés nouveaux qui seuls peuvent non seulement ramener dans les âmes de nos jeunes gens la connaissance des dogmes du christianisme, dans nos églises la présence des adolescents et des hommes, mais qui seuls peuvent faire pénétrer dans les cœurs l'ssprit de Dieu et l'amour des vertus chrétiennes. Et maintenant que cette conception est bien affermie en notre esprit, à nous les pro-

cédés extérieurs, les allraits. les fêtes, tout ce qui peut nous aider dans notre tâche. Je ne suis pas inquiet sur l'avenir de l'œuvre.

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