Rapport de M. Ackermann, Journée des Patronages
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à échanger sa terre natale contre une région lointaine, s'il n'y trouvait les moyens d'y mener une existence plus tolérable. » N'est-il pas permis d'espérer que le patronage, avec sa formation professionnelle, sera capable de retenir le jeune homme dans son village en lui procurant un peu de bien-être et d'agrément?
Mais ce n'est pas seulement la gêne de nos populations agricoles qui a jeté cette foule de robustes jeunes gens sur le pavé inhospitalier des villes.
Permettez-moi de vous signaler — après bien dautres — la grande coupable. C'est cette instruction superficielle que l'on donne aujourd'hui à l'école primaire, ce sont « ces programmes et ces examens qui n'aboutissent à rien, comme le disait, en 1894, M. Gibon, secrétaire-adjoint du Comité catholique à Paris, sinon à faire croire aux parents que décidément leurs enfants sont des aigles, et qu'ils doivent être dirigés vers la ville ».
Sans doute, nous ne pouvons songer à ouvrir dans nos petites paroisses des instituts agricoles, encore moins à modifier les programmes universitaires, mais nous avons une ressource, le patronage. Au lieu de cet horizon, factice comme le mirage du désert, qu'une instruction mal comprise ouvre aux yeux du jeune homme, le patronage le ramènera au sentiment de la réalité, lui fera aimer son oasis.
Et cultiver le champ que cultivaient ses pères.
La formation professionnelle, si importante quelle soit, ne doit pas être exclusive ni accaparer toute la vitalité du patronage; il y a aussi une formation religieuse et sociale dont je n'ai pas parlé pour rester dans les limites de mon sujet. Tout cela s'enchaîne, se complète, s'harmonise. J'avoue que cette œuvre si complexe et si délicate est la plus difficile à établir
dans une petite paroisse rurale, qu'il faut apporter à sa direction beaucoup de bonté, de condescendance, de ménagements. On a dit aussi qu'un peu d'optimisme et quelques illusions sont parfois d'un grand secours : « Il n'y a, disait Guizot, que les optimistes qui fassent quelque chose dans le monde. » Si Guizot avait été catholique, il aurait dit : « les optimistes et les Saints ». L'optimisme et les illusions doivent rester au second plan comme tous les moyens humains. Non, ce n'est pas avec cela qu'il faut aborder les jeunes gens, si l'on veut éviter les déceptions et les découragements, c'est avec la foi et la charité.
Et comme cet Anglais qui prétendait doter son pays de l'admirable institution des Filles de la Charité, nos adversaires auront beau copier nos méthodes, imiter nos œuvres, ils^ auront beau élever les subventions accordées par l'Etat, il leur manquera toujours la force tjui fait mouvoir le mécanisme, la charité chrétienne.
Sachons profiter de cette supériorité !
En conséquence, résumons notre pensée et travailons ensemble au résultat nécessaire formulé en ce Iriple vœu :
1° Que des œuvres de jeunes gens — cercles ou paronages — soient établis, en aussi grand nombre jue possible, dans les paroisses de campagne;
2^ Que ces œuvres, au lieu de rester isolées, soient inies entre elles de la façon la plus avantageuse;
3" Qu'une formation professionnelle soit donnée îans chaque patronage rural.
LE PATRONAGE INTERPAROI S SIAL
Nous trouvons, dans le Patronage de février 1904, l'article uivant qui préconise une « idée neuve * : Le patronage inerparoissial. Cette solution peut convenir dans certains
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cas, mais elle ne nous parait pas devoir être généralisée, car, ainsi que l'a excellement montré M. l'abbé Roland-Gosselin, € la paroisse doit être le centre désœuvrés^ ». Néanmoins, nous le répétons, la solution préconisée dans les lignes qui suivent peut convenir en certaines circonstances, et c'est pourquoi nous reproduisons en grande partie l'article du Patronage :
Partout la persécution s'affirme, et tandis que les hommes du pouvoir poursuivent avec brait la guerre aux Congrégations, la Ligue de l'Enseignement, toute aux ordres de la Franc-Maçonnerie, travaille dans l'ombre et multiplie dans nos campagnes les œuvres post-scolaires laïques qui ont pour but avoué de déchristianiser la France lentement, sûrement.
Conscient des devoirs nouveaux que lui impose l'état ; de choses actuel, le clergé séculier ne saurait rester I spectateur navré mais inactif de la dislocation et de la " ruine d'un grand nombre des œuvres de jeunesse dirigées par les religieux.
Au clergé paroissial incombe aujourd'hui la mission de continuer les œuvres des Congréganistes dispersés. " Or parmi ces œuvres il n'en est pas de plus urgentes, croyons-nous, que les patronages. « Si l'on avait à choisir entre les écoles religieuses, suivies d'un délaissement complet, et des écoles laïques suivies d'un patronage religieux, c'est la seconde solution qu'il faudrait préférer », écrivait dernièrement M. H. Joly. « C'est dans les années qui suivent l'école que l'élève prépare sa véritable destinée. »
Or, il est encore un grand nombre de villages, de bourgs et même de localités importantes qui n'ont aucune œuvre déjeunasse... chrétienne.
Dans les paroisses assez importantes pournécessiter
\. cf. le Patronage, novembre 1900, p. 162 et suiv.
la présence d'un Vicaire, Tidéal d'un patronage dans chaque paroisse est parfaitement réalisable, et. Dieu merci, en beaucoup d'endroits, réalisé.
Mais dans les pays — et ils sont la majorité en France — où la plupart des villages ne comptent pas plus de trois cents à six cents habitants, il est à la vérité souvent assez difficile de créer un patronage à l'ombre de chaque clocher.
Prenons par exemple trois paroisses, situées dans un rayon de dix à douze kilomètres :
M. le curé de A... est âgé, très absorbé et très fatigué chaque dimanche par un binage éloigné; il ne peut guère avoir de patronage. La chose, d'ailleurs, n'est pas de son temps.
M. le curé de B. . . possède la plus importante paroisse de la région. Il lui a été facile, à son arrivée dans la paroisse, de réunir les jeunes gens dont il emplissait son église aux jours de fêtes. IMais les quolibets des esprits forts du village, les menées hostiles des cabaretiers, furieux de voir le presbytère leur disputer leurs clients, eurent bientôt fait de multiplier peu à peu les défections. Bientôt la dispersion fut complète et le pasteur, découragé, crut devoir abandonner la partie.
M. le curé de C..., jeune, actif, intelligent, aime la jeunesse et sait s'en faire aimer, car il sait l'occuper, l'intéresser, l'amuser, et c'est là un don qui n'est pas accordé à tous, même aux plus zélés et aux plus saints... Mais sa paroisse est petite, et la plupart des jeunes garçons quittent le village au lendemain même de leur première Communion pour se placer comme valets de ferme ou apprentis. 'SI. le curé consacre bien toutes ses après-midi du dimanche à ceux qui demeurent. Mais leur petit nombre ne saurait constituer un patronage ayant assez de f^ie pour retenir des enfants devenus jeunes gens.
Voici donc trois paroisses dont l'avenir religieux est gravement compromis — pour ne pas dire plus — patl'absence de toute œuvre de jeunesse. C'est fatal, dirat-on, le patronage paroissial est impossible dans h plupart des paroisses, soit : Mais alors, pour l'amoir de Dieu, essayons du patronage interparoissial.
Puisque M. le curé de C... a reçu du Ciel des dons naturels et des grâces surnaturelles qui le rendent particulièrement apte à l'apostolat de la jeunesse, puisque l'exiguïté de sa paroisse Ini laisse plus de temps qu'à ses confrères, ceux-ci ne voudront-ils pas lui envoyer les jeunes gens de leurs paroisses respectives?
« Non, nous disait quelqu'un dernièrement, parce qu'ils ne permettront jamais à un jeune confrère de faire plus et mieux qu'eux. ^>
Ah! pour l'amour de Dieu, pardonnons à ceux qui nous entourent de valoir autant ou mieux que nous. Dieu attend peut-être que nous remportions sur nous cette première victoire pour nous accorder l'autre... C'est le renoncement de soi qui. entre ouvriers de 1 1 même heure, produit l'harmonie de l'action et la puissance du résultat.
Mais revenons à nos chers enfants. Quelques-uns craindront que les distances qui séparent les villages entre eux ne soient un obstacle à un groupement interparoissial. Mais l'expérience est là pour le prouver : à quinze ans, à dix-huit ans on ne regarde pas à faire dix ou douze kilomètres à pied pour avoir le plaisir de faire une bonne partie de barres ou de quilles, suivie d'une séance de projections, d'une petite tombola, voire même d'un frugal goûter champêtre.
Pour peu que M. le curé de C... — ou de toute autre paroisse dans les mêmes conditions — ait quelques notions de la musique, il lui serait facile de trouver, dans son patronage, les éléments d'un orphéon, d'une cho-
raie, qui, chaque dimanche, irait chanter g'rand'messe dans l'une ou Fautre des trois paroisses alternativement. On devine que l'assistance à l'office divin y serait ces jours-là plus nombreuse.
Société de secours mutuels, caisse rurale, comité de la Croix ^ bibliothèque chrétienne, etc., etc., viendraient peu à peu se greffer tout naturellement sur le patronage.
11 y aurait grand avantage aussi à en faire le noyau d'une» petite Conférence de Saint-Vincent de Paul ». h' Action catholique nous prouvait dernièrement (n° de mars 1902, p. 46) que les « Conférences de Saint- Vincent de Paul » pouvaient être organisées dans les campagnes aussi bien que dans les villes. On ne s'efforce peut-être généralement pas assez de développer Vesprit de charité chez nos jeunes paysans. On ne fait pas non plus souvent appel à \ esprit d'apostolat dont le germe a dû être déposé dans leurs âmes cependant, au moment de leur première Communion. La meilleure manière de rendre nos jeunes gens meilleurs serait de leur montrer que Von compte sur eux pour maintenir ou pour ramener leurs condisciples dans le chemin du devoir. L'esprit de charité et d'apostolat a moralisé, élevé, transformé depuis soixante ans la jeunesse de nos villes : l'amour des âmes et celui des pauvres ne sauraient davantage rester stériles dans les cœurs de nos jeunes campagnards. Mais peut-être ne cherchonsnous pas suffisamment à leur procurer les occasions de venir en aide aux plus pauvres qu'eux et à'améliO' rer de plus mauvais qu'eux...
Cette double tâche sera celle du patronage interparoissial.