CHAPITRE V
LES MUTUALITÉS SCOLAIIIES
Les catholiques et les mutualités scolaires. — Quelques initiatives. — M. l'abbé Gossard et la Société de secours mutuels et de retraite des patronages de l'Oise. — Une œuvre urgente. — Question de priorité : mutualités établies dans des écoles chrétiennes antérieurement à la fondation des « Petites Cave ».
Dans un précédent chapitre, nous avons montré que, parmi les œuvres complémentaires de l'école, ce sont les « Petites Cave » qui, aujourd'hui, semblent surtout en voie de développement. Aussi, dans les œuvres catholiques, l'attention des directeurs et confrères se porte-t-elle de plus en plus de ce côté. La Commission des patronages s'occupe activement de la question; d'autre part, la « Fédération des groupes d'études du Sud-Est » vient de publier une notice qui contient les renseignements nécessaires pour fonder des sociétés mutuelles libres K
1. Cette notice est envoyée rianco contre demande accompagnée de Ofr. 2i> au secrétaire de la Fédération des groupes d'études, i(j, rue du Plat, Lyon. Le secrétariat de la Fédération est à leur disposition pour leur donner les renseignements complémentaires dont ils pourraient avoir besoin.
Nous signalerons également un très intéressant article de M. l'abbé Brouillet dans la Sociologie catholique d'octobre 1800.
Dans la partie documentaire de ce livre, nos lecteurs trouveront des renseignements pratiques concernant la tondation et le fonctionnement des Mutualités scolaires.
Dans plusieurs diocèses, notamment dans ceux de La Rochelle, de Laval, de Lyon, on nous signale des mutualités catholiques déjà prospères '. INIais c'est dans le diocèse de Beauvais, croyons-nous, que ces œuvres sont aujourd'hui le plus développées : ce succès est dû surtout à M. l'abbé Gossard, directeur de la maison Saint-Paul de Beauvais. Ce prêtre zélé a organisé la Société desecours mutuels et de retraite des patronages de l'Oise qui compte déjà 500 enfants participants et autant de membres honoraires. Après paiement des frais généraux et des indemnités de maladie, il y avait en caisse au 15 novembre 1899 plus de 2.000 francs dont les trois quarts ont dû être versés à la Caisse des dépôts et consignations afin de fructifier en vue des retraites. Ce sont là des chiffres encourageants.
La Société de secours mutuels et de retraite des 'patronages de l'Oise a été approuvée par décret ministériel du 6 septembre 1898. Nos lecteurs seront sans doute curieux d'avoir quelques détails sur son organisation. Nous les empruntons à une notice de propagande publiée par M. l'abbé Gossard.
La Société a pour but :
1° De venir en aide aux pai^ents des enfants [Sociétaires] malades, en leur payant une indemnité pendant le temps de la maladie de leurs enfants.
Cette indemnité est de 50 centimes par jour pendant le premier mois de maladie et de 25 centimes par jour pendant le second mois pour ceux qui ont acquitté la cotisation hebdomadaire de 10 centimes ; elle est de 1 franc par jour pour le premier mois et de 50 centimes par jour le deuxième mois pour ceux qui ont acquitté la cotisation hebdomadaire de 15 centimes. Cette in-
1. Au Congrès de Besançon, M. l'abbé Jlourot a signalé le succès obtenu par la Mutualité organisée au patronage Saint-François-Xavier de Besançon. Cf. Compte rendu du Congrès de Besançon, p. 284.
demnité n'est versée qu'après admission définitive du Sociétaire, c'est-à-dire après trois mois de stage.
2° De constituer en faveur des Sociétaires un capital de retraite inaliénable, conformément au décret du 26 avril 1856.
Ce capital de retraite, formé au moyen des prélèvements effectués sur les excédents des recettes de la société, augmenté des subventions accordées par l'État et des intérêts capitalisés, est destiné à servir des pensions aux sociétaires âgés, après 40 années de sociétariat.
3" D'établir au profit de chacun des enfants les premiers éléments d'un livret personnel de retraite [à capital réservé .
Dans ce but, un prélèvement de 5 centimes est fait chaque semaine sur la cotisation du sociétaire. Cette somme est portée à son compte particulier et est ensuite versée sur son livret personnel de retraite dès que la quotité minima fixée par les règlements est atteinte.
Les sommes versées restent la propriété exclusive du sociétaire et reviennent, après sa mort, à ses parents héritiers.
Le capital de retraite, ainsi formé par deux moyens différents, assurera à Tenfant qui continuera de faire partie de la Société, une rente viagère qui, dès l'âge de cinquante-cinq ans, l'aidera efficacement à se garantir contre les misères de la vieillesse.
Mais pour jouir de ces avantages, le sociétaire doit payer régulièrement sa cotisation; il existe deux sortes de cotisations : l'une est de 10 centimes, l'autre de 15 centimes par semaine. On peut adopter l'une ou l'autre.
Le non-paiement de la cotisation choisie entraîne une amende de 5 centimes par chaque quinzaine de
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retard. Les amendes encourues sont exigibles avant la cotisation.
En cas de non-paiement de la cotisation, le sociétaire ne rentrera dans l'exercice de ses droits qu'un mois après la régularisation de son livret. Il cessera de faire partie de la Société s'il est resté plus de deux mois sans payer sa cotisation.
Cesse également de participer aux avantages de la Société celui qui aura quitté les patronages de son propre mouvement ou en aura été exclu.
Telle est, dans ses grandes lignes, l'organisation de la Société de secours mutuels et de retraite des patronages de l'Oise. Nous avons tenu à la faire connaître parce qu'elle nous a semblé pouvoir servir de type ^ . Nous ajouterons que l'activité de son fondateur doit être aussi un exemple.
Les catholiques des autres diocèses pourraient très utilement mettre à prolit l'expérience acquise à Beauvais. Il est un point sur lequel M. l'abbé Gossard insiste avec juste raison, et que nous croyons devoir signaler à notre tour, c'est l'utilité qu'il y aurait à « étendre le plus possible le territoire de fonctionnement d'une mutualité » : il serait désirable que l'on arrivât à grouper les associations d'un même département, peut-être même de plusieurs départements. C'est d'ailleurs une tendance que l'on constate dans les mutualités non confessionnelles. Enfm, nous ferons remarquer que la formule de M. l'abbé Gossard est très
i. Xous publions dans la partie documentaire de cet ouvrage les statuts de cette Société de secours mutuels, ainsi que des modèles de livrets individuels, de lettres et d'avis divers. Nous espérons ainsi être utile à ceux de nos lecteurs qui auraient l'intention d'organiser des Mutualités scolaires.
Dans le même but, nous reproduisons, dans la 4= partie de cet ouvrage, les statuts d'une Société scolaire de secours mutuels, placée sous les auspices de la Ligue d'enseignement.
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compréhensive : elle permet, en eiïet, de réunir les enfants et les parents, les enfants des écoles laïques ei ceux des écoles libres : tous peuvent, en effet, être rangés sous la rubrique « Patronages ^ ».
Mais que Ton adopte tel ou tel système, telle ou telle organisation, l'accord doit immédiatement se faire sur la nécessité de créer très promptement ces institutions post-scolaires. De différents côtés, on fail des tentatives, mais trop souvent encore ce sont là des efforts isolés; aussi souhaiterions-nous voir dans chaque diocèse un homme dévoué se consacrer à cette mission; nul doute qu'avec de la volonté et de la persévérance, il arriverait à instituer ces associations et à les faire prospérer. Il y a là, ce nous semble, une des œuvres les plus urgentes.
Sur ce point, les catholiques se sont laissé considérablement devancer. Assurément c'est là une chose qu'il faut savoir loyalement reconnaître ; mais il est bon aussi de faire remarquer que les catholiques n'ont pas attendu la Ligue de l'enseignement pour avoir l'idée des mutualités scolaires. Là encore, ils ont été des novateurs, des initiateurs.
Nous avons jadis prouvé, textes en mains, que les institutions post-scolaires avaient une origine chrétienne. M. Edouard Petit, M. Bourgeois lui-même, l'ont, aprèv nous, publiquement reconnu. Or il en est de même pour
1. Nous voulons signaler ici particuliérfraent les efforts de l'Institut des Kréres de l'Instruction chrétienne qui se préoccupe d'une façon spéciale de la question des patronages ruraux. Au Congre > d'Auray (septembre 1898) des rapports fort intéressants ont été présentés par des membres de cette congrégation {Chronique de ^Institut dr^ Frères de l'Instruction chrétienne de Ploérmel, janvier 1896 et février iS99). Parmi les patronages organisés par cette congrégation, nous dc- \onsmeniionner celui de Biarritz, qui possède un Bulletin mensuel.
Pour tout ce qui concerne les patronages ruraux, on peut consulteiîa 4'>'« édition du Petit Manueldes patronages ruraux de M. le chanoine Lecomle.
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les mutualités. Deux faits et deux dates le montreront. A l'école des Frères de La Rochelle (école Notre- Dame), une œuvre de patronage avait été fondée en 1849 ; douze ans plus tard, on y établissait une société de secours mutuels. Cette société fonctionne encore à la satisfaction générale : elle compte plus d'une centaine de membres participants et un peu plus encore de membres honoraires.
D'autre part, à Dunkerque, en février 1855, la Société de secours mutuels Saint-Éloi était organisée entre les anciens élèves des Frères ; elle fut autorisée en 1858 et approuvée en 1864. Un décret du 2 avril de cette même année nomma président le Frère Catien qui devait garder ce titre jusqu'à sa mort; en 1879, il eut pour successeur le cher Frère Florimondis.
La Société Saint-Éloi est aujourd'hui très florissante : au 31 décembre 1898, elle accusait 362 membres honoraires et 403 participants. Durant l'année écoulée, elle avait accordé à 107 malades pour plus de 4.000 francs de secours. Depuis sa fondation, cette Société a dépensé en frais de maladie plus de 130.000 francs ^ C'est là un joli chiffre, qui ne fait pas trop mauvaise figure à côté des résultats déjà obtenus par les « Petites Cave ».
On m'affirme que ce ne sont pas les seules institutions de ce genre, créées à cette époque par les catholiques, mais je n'ai pas de renseignements précis à ce sujet 2. Néanmoins les faits que je cite et qu'il est facile
i. cf. les Comptes rendus annuels de la Société de secours mutuels de Saint-Éloi (Dunkerque, quai des Jardins, 13).
2. Je puis cependant signaler une troisième société scolaire de secours mutuels : elle a été fondée en 18G9 à Marseille par les Filles de la Charité de Saint-Vincent de Paul, dans leur maison de la rue des Princes.
Cette société a pour but de venir en aide à ses adhérentes lorsqu'elles sont malades; elle leur procure gratuitement les soins d'un médecin,
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de vérifier, suffisent, je crois, à établir le droit pour les chrétiens de revendiquer la priorité de l'idée des sociétés scolaires et post-scolaires de prévoyance,
les médicaments et en outre une indemnité pour chaque jour de maladie.
La caisse est alimentée : 1° par les cotisations mensuelles des associées (0 fr. 50 par mois) ; 2° par les dons et offrandes des personnes charitables.