L'EXTENSION UNIVERSITAIRE
Les étudiants lillois ont, dans la jeunesse chrétienne de France, bien des imitateurs. Nous n'avons malheureusement aucune donnée statistique qui nous permette d'évaluer le nombre des conférences faites par des orateurs catholiques, mais nous sommes certain qu'il est considérable ^ .
D'ailleurs, ces conférences se font le plus souvent sans réclame tapageuse. Quelquefois, c'est le curé de la paroisse qui, à défaut d'un laïque, prend la parole.
A ce sujet, la Vie catholique racontait récemment un fait qui est une excellente leçon de choses.
Donc, dans un département voisin de Paris, un bon curé se lamentait en voyant son église à peu près vide. Deux douzaines de femmes, quelques enfants sur les bancs du catéchisme, et trois ou quatre hommes au fond de la nef, derniers survivants d'une foi qui s'en était allée, constituaient l'assistance ordinaire de ses dimanches.
Pour cet auditoire si modeste, le saint prêtre dépensait des trésors de science et des heures répétées d'un travail assidu. Vains efforts : sa parole ne frappait guère que les murs froids. « Un brave homme de prêtre », disaient de leur curé les habitants de Saint-B...; mais ils restaient chez eux ou au café, au lieu de venir aux offices.
Cependant Léon XllI venait de parler, invitant le clergé à « aller au peuple ». Cette parole bourdonnait sans cesse aux oreilles du bon curé, répétée par le journal, la voix des confrères et autres échos.
« Aller au peuple », c'est bien. Mais comment? Courir de porte en porte pour entreprendre l'évangélisation
1. 11 ne faudrait pas considérer comme étant faites dans un esprit anticatholique, les cent seize mille conférences relevées dans la statistique officielle de M. Edouard Petit. Un très grand nombre de ces réunions n'ont présenté en réalité aucun caractère antireligieux.
de ses paroissiens, n'était ni pratique ni convenable. Monter sur une estrade au milieu delà place publique, et de là adresser une harangue enflammée... A qui? C'était folie. Alors, quoi?
Il eut une idée. Bien sûr qu'elle venait de Dieu. La curiosité est un défaut de la nature humaine ; il ne s'agissait pas de l'inventer, mais simplement de l'utiliser.
Abonné de la 6'/'o/a:i^e/?o«e/2, il avait lu maints comptes rendus de conférences avec projections lumineuses.
Intéresser à son idée une personne généreuse, courir à Paris, en rapporter un appareil avec tous les accessoires pour projections fut l'affaire d'une semaine.
Le dimanche, dans l'après-midi, toutes les bonnes langues de Saint-B... avait déjà semé la nouvelle! « Pd. le cure venait d'apporter de Paris une machine merveilleuse, et, le soir, il donnerait une représentation dans la grange du trésorier de la Fabrique. »
Certains souriaient, quelques-uns allèrent jusqu'au haussement d'épaules, les fortes têtes du Café du Progrès s'oublièrent même en invectives injurieuses. iNIais à l'heure dite, la grange était pleine. Et dès les premiers tableaux, la foule était conquise. C'étaient des cris de saisissement aux mystères douloureux de la Passion de Notre-Seigneur ou des bravos répétés, en présence des épisodes les plus glo lieux de notre histoire nationale.
Le dimanche suivant, le local était trop petit; on était venu nombreux des communes voisines. Le vaillant pasteur en profita pour commenter les tableaux religieux qui passaient éblouissants de lumière. C'était un prône d'un nouveau genre.
Bref, cet enseignement, joint aux prières les plus ferventes du digne curé, a changé du tout au tout la paroisse de Saint-B... Les offices sont suivis, et ce n'est plus la grange, maisl'église qui se remplit tous les dimanches.