Cf. page 2 et suiv
nant, nous possédons les cliifTrcs globaux donnés par une vaste enquête.
Jadis, nous avions regretté l'inexistence de mutualités scolaires organisées par les catholiques, et, maintenant, un peu partout, nos amis prennent l'initiative de ces utiles associations.
Jadis, enfin, nous avions regretté l'insuffisance desœuvres chrétiennes denseignement populaire, et, maintenant, à Paris, en province, jusque dans les campagnes, on s'applique à créer des groupes et des cercles d'études.
Ce sont ces trois progrès que nous voudrions mettre en lumière.
Une première infériorité que nous avions à l'égard de nos actifs concurrents, c'était, avons-nous dit, l'ignorance où nous étions du nombre et de l'importance de nos œuvres complémentaires de l'école.
Il n'en est plus tout à fait ainsi.
Nous commençons à savoir de façon un peu précise le chiffre de nos groupements de jeunesse, et cette connaissance doit être pour nous un vrai réconfort, car elle nous permet d'affirmer aujourd'hui ce que nous avancions timidement hier : désormais nous pourrons, en connaissance de cause, parler de nos succès et comparer nos statistiques aux statistiques officielles. Je ne crois pas que cela soit un résultat indifférent. Le Français aime la victoire, — et l'homme d'œuvres ne fait pas exception à cette règle. Si donc nous voulons augmenter le nombre des collal)orateurs des institutions catholiques postscolaires, il ne sera pas inutile que le public chrétien ait nettement conscience du développement croissant de ces institutions.
L'Exposition de 1900 nous aura valu ces renseignements d'ensemble que l'on avait jusqu'ici vainement
essayé de réunir. L'entreprise n'est d'ailleurs pas allée sans grosses difficultés. Un comité s'était constitué sous la présidence de M»"" Péchenard et avec l'approbation de S. Em. le cardinal Richard, en vue d'organiser la participation des œuvres catholiques. Nous ne raconterons pas les mille et mille démarches qui furent nécessaires pour assurer une brillante représentation des groupements chrétiens. Il nous suffira de dire que le Comité ouvrit dans toute la France une vaste et sérieuse enquête dont les résultats détaillés ont été publiés * .
Ce fut la « Commission centrale des patronages » qui se chargea de tout ce qui touchait aux œuvres de jeunesse. A cet effet, elle lança plus de quarante mille lettres-circulaires. Les réponses sont arrivées par milliers. Aussi les enquêteurs ^ peuvent-ils affirmer, preuves en mains, l'existence actuelle de trente-six mille huit cent quarante-deux œuvres catholiques de moralisation de la jeunesse.
Mais il ne suffit pas de citer ce résultat global, si satisfaisant soit-il, il faut encore le décomposer et l'étudier dans le détail.
L'enquête, disons-nous, a révélé l'existence de plus de trente-six mille œuvres vivantes et agissantes. On les a réparties en trois catégories : les patronages de garçons, les patronages de filles et les catéchismes de persévérance. Quelques lecteurs s'étonneront peutêtre que l'on ait compté ces derniers dans les œuvres
1. M. E. Védie a publié, en le faisant précéder d'un rapport d'ensemble, tout ce qui a trait aux œuvres sociales. Cf. L'Église et les Œuvres sociales en 1900 (Poussielgue, éditeur, 1901).
2. Le travail a été effectué sous la direction de MM. Griffaton, védie et D' Michaux, au zèle desquels nous tenons à rendre un particulier hommage : grâce à eux, les • œuvres de jeunesse » ont eu une exposition qui a été remarquée et qui méritait de l'être. Le jury leur a d'ailleurs accordé la plus haute récompense.
l'éducation populaire. U
182 L'ÉDUCATION POPULAlllK DE 1900 A 1912.
de jeunesse. Pour faire cesser cet étonnement, il suffira, croyons-nous, de rappeler que les catéchismes de persévérance sont des réunions périodiques de jeunes gens dont le but est éminemment moralisateur. Puisque nos concurrents font entrer dans leurs statistiques les « amicales » convoquant leurs membres une ou deux fois par mois, pour une ou deux heures, nous ne voyons pas pourquoi nous n'aurions pas le droit de classer les catéchismes parmi les institutions complémentaires de l'école. Ils ont d'ailleurs été inscrits dans une colonne spéciale, comprenant aussi les œuvres de jeunesse, assez nombreuses, qui, à proprement parler, ne sauraient être qualifiées de « patronages », telles les fanfares, chorales et associations diverses.
Nous devons faire une seconde observation. En publiant les résultats de sa vaste enquête, le Comité central déclare n'avoir pas la prétention d'englober toutes les œuvres existantes. Il en est sans doute qui ont soit échappé aux recherches, soit préféré garder le silence. Le Comité affirme donc qu'il existe au moins 36.842 œuvres de jeunesse, mais, d'autre part, il estime que ce chiffre est inférieur à la réalité.
Voyons maintenant comment se décompose ce total.
Ce sont les catéchismes et les œuvres diverses, malaisées à cataloguer, qui en forment la majeure partie : nous arrivons, en effet, de ce chef à un chiffre de 32.67'^ groupements. Quant aux patronages, on en compte 4.168 (pour les garçons, 2.351; pour les filles, 1.817).
Si l'on compare le nombre des catéchismes et œuvres variées au nombre des paroisses de France, on est en droit de se féliciter des résultats indiqués par l'enquête et que, pour ma part, je n'aurais pas espérés. Il n'en est pas tout à fait de même en ce qui concerne les patronages proprement dits : à côté de départements très riches en institutions postscolaires, comme le Nord, la
Marne, et même la Seine \ on en découvre d'autres vraiment trop pauvres en œuvres de jeunesse. En Seine-et-Marne, par exemple, 2 patronages de garçons et 31 de filles; dans l'Orne, 3 de garçons et9 de filles; dans la Nièvre, 8 de garçons et 17 de filles ; dans le Jura, 5 de garçons et 6 de filles !
J'avoue que, lorsque je me mis à étudier ces statistiques dans le détail, je fus parfois un peu déçu. Il y avait des régions par trop stériles : je les aurais voulues — et je les croyais — plus riches en dévouements apostoliques... Mais après quelques instants de réflexion, mon lecteur fera comme moi : il se reprendra en songeant que les chiffres donnés représentent un simple minimum; ils mentionnent uniquement les œuvres qui ont répondu à l'appel du Comité central. En dehors des œuvres ainsi enquêtées, il en existe certainement un bon nombre d'autres qui ne figurent point dans les totaux indiqués. Ce n'est pas là une affirmation optimiste, portée à la légère : elle repose sur des faits contrôlés. Je ne citerai que deux ou trois preuves, mais elles me paraissent de nature à convaincre.
Pour les deux départements de l'Indre et du Cher, dont le territoire constitue le diocèse de Bourges, l'enquête accuse l'existence de 27 patronages de garçons et de 14 de filles. Or, en 1899, les membres de la conférence d'œuvres du grand séminaire eurent l'idée de faire, durant les vacances, le relevé des groupements de jeunesse fonctionnant dans les paroisses de l'archidiocèse. Les recherches menées très consciencieusement, ont porté sur 41 cantons et 344 communes : elles ont fait connaître 39 patronages de garçons groupant 1.201 jeunes gens, et 168 patronages de
1. Dans le Nord, 230 patronages de garçons eH48 de filles; dans la Marne, 88 de garçons et 27 de filles; dans la Seine, 199 de garçons et -213 de filles.
184 L EDUCATION POPULAIRE DE 1900 A 19i2.
jeunes filles réunissant 4.741 adhérentes. Nous sommes loin, on le voit, des 27 œuvres de garçons et des 14 œuvres de filles.
Pareille constatation a été faite dans le diocèse d'Aucli par un groupe de séminaristes * : au lieu des 8 patronages de garçons et des 6 patronages de filles signalés dans l'enquête pour le département du Gers, on nous indique 15 œuvres de garçons et 39 œuvres de tilles.
On peut donc penser que d'autres diocèses fourniraient des écarts sensiblement analogues. Dans tous les cas, il est hors de doute que les totaux de l'enquête, en ce qui concerne les patronages, sont au-dessous de la réalité.
Si l'on adopte cependant le chiffre de 4.168 donné pour les patronages de garçons et de filles, chiffre manifestement beaucoup trop faible, on constate néanmoins la supériorité numérique des œuvres catholiques sur les œuvres non confessionnelles similaires. L'Exposition ne nous aurait-elle valu que cette constatation qu'elle n'aurait pas été inutile. Nous avons bon espoir que les catholiques seront réconfortés par
1. Dans plusieurs diocèses, des séminaristes zélés avaient bien voulu, il y a trois ou quatre ans, entreprendre ces enquêtes (Cf. plus haut, page 3 et suiv.). Malheureusement ces recherches n'ont pas été poursuivies. Nous le regrettons, car on aurait pu constituer ainsi une statistique très précise et exactement tenue à jour. Nos concurrents se rendent compte de l'utilité de ces statistiques pour le succès de leur propagande. Quelques-uns s'efforcent même de faire le relevé de nos œuvres. Ainsi la revue Après l'École a publié dans son numéro du 5fe- \Tier 1904 une circulaire de M. R. Périé, inspecteur d'Académie de Loirot-Cher, aux instituteurs 'et institutrices de son département. Elle a pour objet d'instituer une enquête sur la i situation des adolescents, garçons et filles ■. Que font pour eux les amis de l'éducation laï(|uer et que pourraient-ils faire? M. Périé compte que cette enquête ne saurait manquer de produire des résultats utiles.
Sur la question de la statistique des œuvres catholiques, on lira avec intérêt une étude de M. Ed. Naudin, dans le Semeur (novembre \'M\).
LliS ŒUVRES CATHOLIQUES. 185
cette révélation : ceux d'entre eux qui déjà se dévouaient au mouvement postscolaire continueront à le faire avec plus de zèle que par le passé; et ceux qui, découragés, étaient peut-être tentés ou de s'arrêter ou de ne rien entreprendre, ceux-là auront à cœur de maintenir l'avance que, pour les patronages, nous avons sur nos très actifs concurrents, et ils s'efforceront aussi de rattraper le terrain perdu pour les autres institutions complémentaires de l'école.
L'enquête de la Commission centrale n'indique pas seulement le chiffre des patronages pour telle ou telle région, pour tel ou tel département. Elle nous fait aussi pénétrer dans la vie même de ces institutions; nous ne voulons pas fatiguer nos lecteurs par l'accumulation des chiffres, aussi nous contentons nous de dire que les statistiques ainsi établies montrent que, dans la plupart des œuvres, soit de garçons, soit de filles, on se préoccupe d'assurer non seulement le développement moral des jeunes gens, mais aussi leur développement intellectuel, physique, professionnel et social. Un peu partout, en effet, on signale des séances littéraires et musicales, des conférences, des bibliothèques, des promenades organisées; parfois, des sociétés de secours mutuels et des caisses d'épargne, des cours professionnels, des cercles d'études sociales — et tout cela aussi bien dans les associations féminines que dans les groupements masculins ^
Il semble que de plus on s'applique à faire du patronage une œuvre de vraie formation. M. l'abbé Lemire l'a excellemment dit ^ : « Le patronage devient
1. Pour l'organisation et le développement des patronages, nous ne pouvons répéter ce que nous avons dit dans Au sortir de l'école.
2. Le Congrès sacerdotal de Bourges et l'Église de France. Cf. Revue politique et parlementaire, février 1901, p. 296.
1^6 LÉDUCATION" POPULAIRE DE 1900 A 1912.
une façon d'école mutuelle pour la préparation solide à la vie. et toujours un outil de relèvement pour l'âme humaine. »
Les exemples, d'ailleurs, abondent. Nous ne pourrions peut-être en citer un plus significatif que celui de l'œuvre de Chauclié (Vendée;, dirigée par M. l'abbé Rivalin. Une vivante monographie, parue dans la Justice sociale sous la signature de M. Louis Marnay', va nous faire connaître l'histoire et les traits caractéristiques de cette institution. Il y a là un récit qui nous a paru éminemment suggestif, et c'est à ce titre que nous voulons en reproduire les parties essentielles. «... Un jeune prêtre arriva dans une paroisse comme vicaire, raconte M. Marnay. Il trouva un patronage fonctionnant à l'ancienne mode : c'était une réunion de jeu et de conversation où l'on acceptait les enfants depuis la seconde communion jusqu'au service militaire et après. Vingt-cinq à trente, grands et petits, étaient inscrits. Notre vicaire ne fut pas ébloui de cette œuvre. 11 se rappela vaguement que nos patronages ne doivent pas seulement être des serres chaudes, mais aussi un laboratoire où se forment les hommes, les chrétiens utiles à l'Église et à la patrie. Et, à la première réunion, il adressa, en substance, le petit speech suivant : « Mes chers amis, mon ambition est de faire de vous, de plus en plus, de bons chrétiens et de bons citoyens, aussi dévoués à l'Eglise qu'amoureux de la France... Et ne gardez pour vous, en égoïstes, ni votre amour, ni votre dévouement. Soyez apôtres. Quiconque viendrait ici seulement pour s'amuser ferait mieux de rester à s'amuser en famille. » On comprit et l'on se mit à l'œuvre pour réaliser ce beau programme.