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Justice socialeûM 8 décembre

« L'abbé organisa les causeries du jeudi. Chaque semaine, la dernière demi-heure de la réunion était consacrée à une causerie sur des sujets suivis. L'abbé se charg-ea de faire cette causerie. 11 traita d'une façon aussi intéressante que possible des sujets tels que ceux-ci : la société domestique ou la famille, la société religieuse ou l'Église, la société civile ou l'État, l'autorité qui les domine, les lois qui les régissent, etc. Bref, il fît un véritable cours philosophique et social. Les plus âgés devaieiit faire de ces causeries un résumé très succinct. »

Cette première transformation du patronage en amena d'autres. Le vicaire résolut de ne plus monologuer et d'amener ses jeunes gens à parler. On se constitua donc en Cercle d'études ^ Voici comment se passent les réunions : « On élit le président. Celuici donne la parole au rapporteur qui traite son sujet; celui-ci répond aux objections que tout le monde, même le plus jeune des membres, est libre de lui adresser, et, en général, capable de lui poser, car, à la fin de chaque séance, on fait connaître le sujet qui doit être traité le mois suivant et l'on distribue des documents à tous les membres. »

Cette méthode de travail a porté des fruits : « Les intelligences se sont ouvertes à des horizons nouveaux; les volontés se sont fortifiées à l'action du bien, et les questions vitales qui préoccupent l'opinion ont eu leur répercussion dans ce petit groupe. » Comme les membres de ce patronage sont tous des fils d'agriculteurs, ce sont surtout des questions rurales qu'ils

i. A ceux de nos lecteurs qui voudraient organiser des Cercles d'études sociales à la campagne, nous recommandons deux brochures : l'une de M. l'abbé H. Quillet, Programme d'études pour groupes ruraux 'aux bureaux de la Chronique du Sud-Est, Lyon, 10, quai Tilsitt, Ofr. GO); l'autre de M. l'abbé JJazelin, le Conférencier agricole, documentation V. Lecoffrc, éditeur, Paris, 0 fr. 23).

ont discutées jusqu'à présent : ainsi, ils ont notamment étudié le métayage et l'assurance mutuelle contre la mortalité du bétail. Cet examen, ils l'ont d'abord fait au point de vue théorique et ensuite au point de vue pratique.

Mais ces vaillants ne sont pas des égoïstes. Ils ne gardent pas leur science pour eux. Ils veulent, avant tout, être des apôtres. En conséquence, ils ont inséré dans leur règlement un article par lequel chaque petite conférence mensuelle sera suivie, quinze jours après, d'une conférence publique devant tout le patronage. A cette réunion, où l'on invite les parents et les amis, on traite le sujet déjà exposé, sur lequel on a prévu toutes les difîicultés. C'est ainsi qu'à une séance de ce genre on a parlé de ralcool et de l'alcoolisme devant quatre-vingts assistants, ne comprenant que des hommes. Cette séance a eu un lendemain puisqu'elle a été l'origine d'une société de tempérance qui groupe aujourd'hui de nombreux adeptes et exerce une action utile dans le canton en répandant tracts et brochures.

Pareil résultat a été atteint par une autre conférence, publique et contradictoire, consacrée à 1 assurance contre la mortalité du bétail : à l'issue de la réunion, qui comprenait environ cent cinquante auditeurs, on a créé une association d'assistance mutuelle contre ce fléau qui parfois ruine les pauvres paysans.

J'ajoute, pour prévenir une objection, que si, dans cette ceuvre, on s'occupe aussi activement des questions sociales, « le côté religieux cependant n'a pas été négligé : la piété est en honneur; la communion fréquente, hebdomadaire ou mensuelle, sans être obligatoire, se pratique généralement ».

Avions-nous tort de dire que l'exemple du patronage de Chauché était suggestif? Xolcz que tout ceci a été

réalisé en quelques mois, dans une petite paroisse de six cents âmes, par un jeune prêtre livré à peu près a ses seules forces et qui, dans sa modestie vraiment sacerdotale, ne pense pas avoir accompli un tour de force... Et tandis que j'écris ces quelques lignes, il me revient à l'esprit cette phrase de Tévêque de Châlons : « Le jour où, à défaut d'autre local, tout curé écrira sur la porte de son presbytère ce mot : Patronage de la Jeunesse, ce jour-là sera la date d'une ère nouvelle : nous aurons notre renaissance de la foi... » Ah ! si les catholiques convaincus comprenaient et remplissaient leur devoir — tout leur devoir — le mouvement irait vite s'accélérant, et ce ne serait plus seulement quatre à cinq mille patronages que nous compterions en France ! Malgré les difficultés de l'heure présente, nous aurions notre « renaissance de la foi ».

Nous venons de voir ce que l'on a pu réaliser avec un patronage rural. Mais il ne faudrait point croire qu'il soit impossible de faire choses analogues avec une œuvre urbaine. Voici, entre plusieurs autres exemples ^ , ce qui s'est passé à Saint-Louis de Brest. Dans le patronage on a créé en 1898 un Cercle d'études qui, à l'origine, ne comprenait que douze membres. Aujourd'hui, le groupe s'est subdivisé en deux sections : hommes et jeunes gens. « On travaille ferme dans l'une et dans l'autre, nous dit un trop laconique compte rendu ^. Sont sorties du Cercle d'éludés les œuvres suivantes : coopérative de consommation, congrégation de la Sainte-Vierge, caisse de famille, syndicat de charbonniers; il y en a pour l'âme et le corps ; les revues reçues au groupe sont analysées à chaque séance. »

Nous pourrions citer bien d'autres faits du même

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