‹ L'éducation populaireChapitre 6 sur 178 · Cf. La Nouvelle Revue, i" septembre 1898, p · texte numérisé non relu

Cf. La Nouvelle Revue, i" septembre 1898, p

2. Ces pages ont paru d'abord dans la Revue du Clergé français (1" et 13 décembre 1899).

l'édl'c.vtion populaire. 1

2 LLDLCATION TOPULAIRE AVANT 1900.

Je suis certain — plusieurs faits m'ont confirmé dans cette certitude — que les catholiques ont, depuis un an, réalisé de notables progrès; malheureusement il est impossible de constater la chose par des chiffres nombreux — par ces chiffres dont l'éloquence est toujours si grande. Aussi suis-je obligé de formuler les mêmes regrets que déjà je formulais l'an passé '. /

Pour stimuler le zèle et entretenir l'ardeur des hommes d'œuvres, il est de toute nécessité que chacun ' d'entre eux sente et sache, de façon précise, que cette vaste association du dévouement, dont il est un membre militant, recrute chaque jour quelques unités et voie de plus en ^lus son action s'étendre et s'affermir. Le Français aime le succès, — et l'homme d'œuvres ne fait pas exception à cette règle. Si donc nous vou- . Ions augmenter le nombre des collaborateurs des institutions catholiques postscolaires, il ne sera pas inutile que le public chrétien ait nettement conscience des progrès croissants de ces institutions. Peut-être mon frauc-parler taquinera-t-il quelques susceptibilités. Certes, je le sais et je tiens à le dire, il y a en France des centaines et des centaines de braves gens qui, uniquement par vertu, se donnent tout entiers à une mission généreuse. Mais je crois qu'à côté de ces abnégations admirables, il y a beaucoup de dévouements en disponibilité qui se porteront de préférence du côté où les choses paraîtront marcher de meilleure façon. De celte tendance très humaine, il ne faut ni s'étonner ni se scandaliser : il vaut mieux en tirer parti. Souvenons-nous donc que, selon une remarque plaisamment profonde, rien ne réussit comme le succès. Or le succès, nous l'aidons obtenu pour nos œuvres coinplé-

1. Ces pages, nous tenons à le rappeler pour éviter toute confusion, étaient écrites eu 1900.

mentaires de l'école. Il faudrait seulement qu'on le sût un peu plus, et surtout qu'on pût le dire avec chiffres à l'appui. Ces chiffres, on nous les promet pour l'Exposition de 1900 : il y a lieu d'espérer que la très louable initiative de la Commission des patronages obtiendra l'adhésion de tous les directeurs d'œuvres et que vis-à-vis de leurs concurrents les catholiques pourront faire bonne figure.

Mais si, par extraordinaire, l'enquête entreprise ne donnait pas les résultats complets que l'on est en droit d'en attendre, je prends la liberté de recommander une méthode qui me paraît excellente : je puis la qualifier aussi favorablement, car elle m'a été suggérée et je ne suis ici que l'interprète de la pensée d'autrui.

Il y a quelques mois, le président de la conférence d'œuvres du grand séminaire de Bourges m'écrivait pour me dire qu'ayant lu mes études sur les patronages, ses confrères et lui avaient été convaincus de la nécessité d'une statistique générale des œuvres postscolaires catholiques. Et comme ces futurs prêtres sont des hommes de dévouement effectif, ils proposaient de donner, pour leur diocèse,- un relevé exact dçs institutions confessionnelles complémentaires de l'école. A titre d'essai, la chose a été faite. Nous reproduisons un peu plus loin les chiffres très intéressants qui ont été ainsi recueillis, mais ici nous ne voulons retenir que l'idée.

Il me semble que la conférence d'œuvres de chaque grand séminaire — et il y en a à peu près partout — pourrait se charger de faire cette enquête annuelle pour son diocèse ^ On centraliserait tous ces docu-

1. La Conférence du grand séii.inaire de Grenoble vient, paraît-il, d'eulrepreudre pareille enquête.

ments et l'on aurait ainsi les éléments d'un rapport d'ensemble sur le mouvement post-scolaire durant l'année écoulée. J'ajoute que la Commission des patronages me paraît toute désignée pour rassembler ces renseignements épars. Toutefois, avant de prendre une décision ferme, il vaut peut-être mieux attendre la fin de l'Exposition; mais lorsque la pioche des démolisseurs opérera au Champ de Mars, alors il faudra songer à organiser cette enquête annuelle qui sera, en quelque sorte, le complément de l'enquête officielle menée avec tant d'ardeur par M. Edouard Petit. D'ici là, vivons d'espérance.

Mais, de ce que nous citerons peu de chiffres, il ne faudrait point conclure que les institutions postscolaires catholiques sont en décadence. Nous affirmons tout le contraire, et nous insistons sur cette affirmation parce que, récemment, on nous a fait dire autre chose que ce que nous avions écrit.

Nous n'incriminons les intentions de personne ; nous aurions d'autant plus mauvaise grâce à le faire que l'auteur de l'assertion inexacte, M. Edouard Petit, a toujours mis une certaine coquetterie à parler avec v faveur de nos travaux. Assurément, nous savons gré à M. l'inspecteur général de l'Université de l'aimable courtoisie dont, en maintes circonstances, il a fait preuve à notre égard, et nous sommes heureux d'avoir une nouvelle occasion de lui exprimer notre gratitude. ' Mais la satisfaction que l'historien social peut éprou- . ver à se voir cité avec éloges ne saurait cependant lui faire oublier les droits de la vérité. Et c'est pourquoi nous sommes obligé de rectifier une erreur de M. Edouard Petit.

Dans son dernier rapport, l'enquêteur officiel mentionne, en passant, les œuvres de jeunesse « confession-

«elles » et, croyant résumer ce qui est dit à ce sujet dans la 2"^ édition d'Au sortir de Vécole, M. Edouard Petit écrit sans hésiter et avec une satisfaction mal dissimulée : Hauteur ne signale aucun progrès.

Il y a là une appréciation singulièrement erronée. Trois ou quatre citations suffiront à en convaincre M. le rapporteur lui-même. Ainsi, page 171, nous lisons : « La constatation qui domine toutes les autres, c'est qu'en 1897-1898, les progrès réalisés ont été très considérables, tant dans les œu<^res catholiques que dans les œuvres concurrentes; partout on a rivalisé d'ardeur, et il semble que le développement menaçant des institutions « neutres » ait accru le zèle des directeurs et confrères de patronages religieux. » Ce n'est pas là, on nous l'accordera, propos de quelqu'un qui se lamente sur la décadence ou même sur l'état simplement stationnaire d'œuvres dont le succès lui tient au cœur.

Mais poursuivons notre lecture et nous trouverons « signalés » par le détail quelques-uns de ces « progrès » que n'a pas aperçus la critique, cependant si pénétrante, de M. Edouard Petit : ainsi, page 191, on fait connaître, avec chiffres à l'appui, le développement des œuvres de jeunesse organisées par les Frères des écoles chrétiennes ; au feuillet suivant, il est question du Syndicat parisien des employés de commerce de l'industrie dont l'effectif, dans les deux dernières années, augmenta de plus de 700 membres ; un peu plus loin, on parle de l'Œuvre des « catéchismes », et l'on indique qu'à Paris elle a réuni, en 1898-1899, 523 nouvelles dames catéchistes et assuré l'instruction religieuse de 25.229 enfants. « Cette œuvre, ajoute-t-on, n'est pas spéciale à Paris : elle est en pleine activité et prospérité dans 26 diocèses. »

Nous arrêtons là ces citations qu'il serait d'ailleurs

6 LÉDUCATIOX POPULAIRE AVANT 1900.

facile de continuer, mais ces quelques extraits suffisent, ce me semble, pour établir que l'auteur du rapport sur « les œuvres complémentaires de l'école » commet parfois d'assez fortes inexactitudes. La chose, nous l'avouons, nous a surpris chez un enquêteur qui pousse le souci de l'information jusqu'à donner, à une unité près, le total des cent seize mille et quelques conférences, faites en France, lan dernier.

Ce n'est pas la seule erreur que Ton pourrait relever dans le document officiel. Il en est une au moins que nous devons signaler afin de prévenir une confusion regrettable.

Je ne sais par qui M. Edouard Petit est renseigné sur le monde catholique; charitablement je veux le prévenir que son informateur ne mérite nulle créance. Je ne prendrai qu'un exemple, mais il seja tonique. Je serais fort curieux de savoir où et comment M. le rapporteur a pu découvrir le moindre rapport entre le beau Congrès de Besançon et le « parti royaliste » ? Seraitce, par hasard, parce que l'un des orateurs, M. de Montenach, a déclaré, en assemblée générale, qu'il apportait « le salut de la Suisse républicaine à la France républicaine » ? Cette déclaration — qu'avec la plus mauvaise volonté INI. l'inspecteur général lui-même ne saurait qualifier de monarchiste — a été saluée par une triple salve d'applaudissements. Dans ces bravos des congressistes bizontins, la subtile psychologie de M. Edouard Petit aurait-elle donc reconnu trace de r « action royaliste »?

Il y a, affirme-t-on, d'étranges et sombres républicains, toujours navrés, toujours irrités d'apprendre qu'eux et leurs amis ne sont pas seuls à aimer la République, M. Edouard Petit serait-il du nombre de ces farouches jaloux? A notre vif regret, nous sommes presque tenté de le croire en voyant la hâte qu'il met à

confondre catholiques et monarchistes. Mais là encore, comme tout à l'heure, M. l'inspecteur général prend trop vite ses désirs pour des réalités et force nous est de le détromper. Qu'il parcoure, en effet, le très intéressant Compte rendu du Congrès de Besançon\ et il constatera que délibérations et résolutions ont été inspirées uniquement par l'esprit chrétien. Il le reconnaîtra, nous en avons la certitude, à moins que, pour cette lecture, il n'use encore de la méthode trop expéditive et vraiment défectueuse qu'il avait adoptée pour examiner notre étude.

Enfin, et puisque nous en avons à M. Edouard Petit, nous irons jusqu'au bout de notre pensée, et dirons ce qui, dans l'œuvre entreprise par M. l'inspecteur général, nous paraît inacceptable.

Certes, très impartialement, nous avons loué et nous tenons à louer de nouveau le zèle et l'ordre apportés par lui dans cette vaste enquête ^. De plus, nous ne voulons pas être de ceux qui contestent les chiffres produits : nous estimons qu'entre gens honorables, mais d'opinions différentes, on se doit accorder une réciproque confiance et que, jusqu'à preuve du contraire, on ne saurait présupposer le mensonge.

Mais cet hommage rendu à l'activité de M. Edouard Petit, nous voulons protester contre son esprit sectaire. Le mot n'est pas trop fort. Nous ne saurions admettre, en effet, que, dans ViXi rapport officiel, établi aux frais de tous les contrihuahles, on étudie, en détail, avec éloges, les œuvres post-scolaires dues à la maçonnique ^ Ligue d'Enseignement, tandis que,

1. Cf. Congrès de Besançon (Besançon, H. Bossanne, imprimeur-éditeur, 1890).

2. En récompense de ce zèle, M. Edouard Petit vient d'être nommé chevalier de la Légion d'honneur.

3. Le caractère maçonnique de la Ligue d'Enseignement ne saurait être mis en doute. Cf. Au sortir de l'école (5« édition), p. 142, note 1.

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(l'autre part, l'on traite les institutions chrétiennes en adversaires, en ennemies, auxquelles dédaigneusement on consacre quelques méchantes lignes — d'ailleurs riches d'inexactitudes.

C'est là un déni de justice; ce n'est plus de la neutralité.

Et si nous formulons ces protestations, ce nest point seulement comme catholique, mais aussi comme républicain désireux de voir respecter par tous — même par les fonctionnaires — le principe de l'égalité devant la loi. Nous sommes certain que tous les esprits indépendants et vraiment libéraux penseront comme nous.

Ceci dit, et sous le bénéfice de ces diverses réserves, nous allons passer en revue ce qui, dans la dernière « campagne », a été fait, de différents côtés, en faveur de l'enseignement complémentaire de l'école.

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