cf. Le Fasctnaleur. mai 1912, p
ractère, la dignité de la vie et un grain d'apostolat dans l'âme. Or, notre éducation ne nous a pas préparés à jouer ce rôle de surhommes. Ajoutons que la monnaie de singe avec laquelle les pouvoirs publics ont jusqu'ici rétribué ces services extraordinaires est bien faite pour tempérer le zèle le plus ardent. Et, lorsque la grande presse, par la plume de Lucien Descaves, proclame la faillite des œuvres postscolaires, nous sommes tout à fait de son avis.
Les instituteurs ne sont pas moins sévères que les institutrices. Un instituteur de la Gironde est encore plus formel. Il écrivait dans l'Aurore (21 mars 1908) :
On ne parle que de la faillite des œuvres postscolaires. Existe-t-elle réellement, cette faillite? A cela, je réponds oui, sans hésitation; cette faillite est un fait accompli. Et comment voulez-vous qu'il en soit autrement? Est-ce qu'avec des programmes qui n'en finissent pas, avec sa mairie où les paperasses administratives deviennent, de jour en jour, aussi nombreuses que les étoiles du firmament, avec sa mutualité scolaire, le maître d'école a le temps et le courage d'accomplir une besogne supplémentaire comme celle qu'on veut lui imposer avec les cours d'adultes et les conférences populaires? Mais l'eût-il cent fois, ce courage, qu'il ne pourrait l'employer longtemps à une œuvre aussi écrasante sans que sa santé en fût altérée gravement. Alors qu'arrive-t-il ? Il arrive tout simplement ceci, que ?es œuvres postscolaù'es sont bluffées^. On ouvre effectivement un cours d'adultes pendant l'hiver dans chaque commune, mais un cours d'adultes, veuf d'élèves, ouvert uniquement pour la forme, je veux dire pour bénéficier des quinze jours d'un congé supplémentaire, bien gagné, malgré tout, après une année d'un labeur scolaire écrasant. Voilà ce qui se passe dans les trois quarts des communes de France.
Il y a peut-être là quelque exagération, mais les derniers rapports officiels confirment implicitement, dans
i. C'est nous qui soulignons cet aveu.
une certaine mesure, les déclarations de l'institutevr girondin. M. l'inspecteur général y reconnaît qu'il est indispensable de surveiller de près le fonctionnement des œuvres postscolaires, et notamment des cours d'adultes : « Au vrai, remarque-t-il. un contrôle sérieux s'impose, et sur pièces et sur place, pour éviter de donner quelque apparence de raison à des critiques trop généralisées certes et trop appuyées, mais que des exceptions susceptibles de s'étendre pourraient justifier ».
Bien plus, au cours d'une réunion du conseil général de la Ligue de l'enseignement, M. Edouard Petit a reconnu que les œuvres postscolaires la'iques ne progressaient plus guère et que les instituteurs paraissaient « se désaffectionner des œuvres qu'ils avaient le plus ardemment propagées' ». D'autre part, l'initiative privée ne semble pas venir beaucoup en aide au corps professoral universitaire; dans l'Action-. M. Edouard Petit manifestait, à ce sujet, son mécontentement et ses inquiétudes. Ainsi donc, nous assistons, sinon à la faillite — le terme serait exagéré — du moins à la crise des œuvres et institutions postscolaires.
1. Le compte rendu de celle réuDion a été publié dans l'Action du 10 mai 1907. Nous l'avons reproduit dans la 5« édition 'p. 262 et suiv., de notre volume, Au sortir de l'Ecole [Gabalda)