CHAPITRE IV
Une documentation officielle. — Les « dangers » courus par l'école prolong(''o. — Comment on doit interpréter les statisticiues officielles. — Cours d'adolescents et d'adultes. — La clientèle féminine. — Leslectures publiques et les conférences. — .Mutualités scolaires. — Petites A. — Patronages scolaires. — <■ Tassement ■' ou déclin dos œuvres postscolaires laïques? — Le mécontentement des instituteurs. — Une crise.
Les rapports que M. Edouard Petit, inspecteur général de l'Instruction publique, adresse chaque année au ministre de l'Instruction publique, sont la source officielle renseignant sur les œuvres et institutions «laïques » qui prolongent l'action de l'école primaire. Ouvrons donc les trois derniers parus '.
M. Edouard Petit s'y déclare satisfait des résultats obtenus dans les années écoulées. D'ailleurs, cette note optimiste lui est habituelle : j'ai lu avec soin les seize ou dix-sept rapports annuels qu'il a consacrés aux questions postscolaires et j'y ai toujours constaté ce ton dominant. C'est une force que l'optimisme — surtout quand il s'agit d'entraîner des troupes au combat. Or, M. Edouard Petit est l'un des trois ou quatre princi-
i. Cf. Journal officiel, G juin ItdO, 15 juin lOll et 11 juin 191-2.
paux meneurs du mouvement postscolaire ou, comme il dit, du « parti de Técole laïque » : ses importantes fonctions universitaires et sa haute situation dans la Ligue de l'enseignement lui assurent une influence prépondérante que son activité vient encore accroître. Donc il commence par manifester son contentement : tout à l'heure, en feuilletant les rapports, nous constaterons, il est vrai, des signes d'inquiétude et de déplaisir. Mais, au début, sa joie est d'autant plus grande que l'école prolongée a couru, paraît-il, de gros dangers. Ecoutez plutôt M. Edouard Petit: « ... 11 était à craindre que, dans une année exceptionnellement défavorable, où la chute des neiges, où les inondations ont rendu les chemins difficiles, parfois même impraticables, l'école prolongée, et dans sa fonction enseignante, et dans sa fonction sociale, n'eût subi un recul. »
Les bourrasques et les inondations, passe encore : ce ne sont maux qu'à moitié redoutables. Mais il y a eu les « curés » et leurs « patronages fidéistes » ! Et, en nous en parlant, M. l'Inspecteur général ne cache point son effroi rétrospectif :
...D'autre part, écrit-il, en effet, les attaques dont elle (récole prolongée) a été l'objet pendant toute la campagne d'hiver, n'ont pas laissé d'être violentes et tenaces. En même temps que les partis d'opposition se livraient à la critique et des livres et des maîtres, ils faisaient eifort pour détourner de la seconde instruction une clientèle sur qui pèse l'inquiétude du gagne-pain, pour renforcer l'influence des patronages fidéistes enveloppant l'enfance populaire. Lutte et résistance, offensive et défensive : c'est le caractère et la marque, en une trentaine de départements, le tiers du pays, par quoi s'est affirmée l'œuvre postscolaire.
A titre de preuves, on cite les témoignages, qui ne sont peut-être pas tout à fait désintéressés, de MAL les
252 LE DÉVELOPPEMEM ACTUEL.
inspecteurs primaires. Cueillons quelques-unes de ces déclarations :
Action du clergé plus violente que jamais cette année et dans cette région (Lamballe. Côtes-du-Nordj. Le clergé a fait une guerre déclarée à toutes les œuvres postscolaires. De nombreux instituteurs signalent les difficultés qu'on leur a suscitées. On va jusqu'àla menace pour leur enlever leurs elere§7~Dn pousse les municipalités à n'accorder aucune subvention. Du haut de la cliaire. on calomnie leur œuvre, on défend la lecture des livres des bibliothèques scolaires et plusieurs cours ont dû se fermer faute d'auditeurs (Poligny. Jura). Les maîtres et les maîtresses sont trop souvent paralysés dans leurs efforts par l'hostilité, l'attitude agressive du parti adverse et la guerre sourde qui leur est faite par les catéchistes qui se sont institués, ces temps dernier.s. dans chaque localité importante et qui réunissent les jeunes gens et les jeunes filles (Yssingeaux, Haute-Loire)...
Et il y en a ainsi tout près d'une colonne pour en arriver à ces douloureuses constatations que, « dans un certain nombre de localités où la population, par misère, est forcée de vivre sous la dépendance matérielle et, parlant, sous l'influence morale de la cure et du château, le cours d'adultes n'a pu être tenu >'.
M. l'inspecteur général va-t-il déplorer cette situation ou tout au moins s'en irriter ?,.. Son optimisme s'y oppose. Au contraire, il s'en félicite non sans vaillance : «... En général, déclare-t-il, il convient de constater que les attaques, parleur exagération même, ont produit un effet contraire à celui que Ton recherchait. Là 0X1 la lassitude, l'indilférence commençaient à pénétrer, l'on a élé stimulé au travail. »
Voilà qui est parler avec crànerie et comprendre les bienfaits de la concurrence ! Seulement, ce sont là singulières prémisses d'un rapport où Ton conclut à l'organisation d'un enseignement postscolaire obligatoire et of'jidcJ, et à l'étranglement des adversaires au nom
ŒUVRES rOSTSCOLAIRES NON CONFESSIONNELLES. 253
de la loi. Il ne faudrait cependant pas se contredire de la sorte à peu de pages de distance, fussent des pages du Journal officiel. De deux choses l'une : ou bien la lutte contribue grandement, comme Técrit M. Petit, au développement des institutions « laïques» et alors, au nom de quoi prétendre supprimer cette profitable émulation dont personne n'aurait à se plaindre? Ou bien la liberté et les critiques n'ont pas de très heureux effets pour les œuvres non confessionnelles, et alors pourquoi avancer le contraire?
Une telle contradiction n'est pas sans enlever quelque autorité à un document où l'on procède par affirmations et par citations de chiffres que le public n'a guère possibilité de contrôler. Jadis, pour les mutualités scolaires, il a été démontré que les statistiques officielles prêtaient — disons pour être courtois — à « discussion* ». Nous ne pouvons accepter les chiffres donnés aujourd'hui par M. Edouard Petit que sous le bénéfice de la remarque qu'il faisait lui-même, dans son rapport de 1908 : « Sans doute, écrivait-il, il ne faut se fier à la statistique telle qu'elle est fournie par les documents officiels qu'avec quelque prudence, car, sous chaque chiffre, qui est soigneusement contrôlé, ne réside pas même effort, ne se manifeste pas même élan d'action, même patiente persévérance dans le labeur. » Rien n'est plus vrai. Aussi ne prendrons-nous que sous grande réserve le chiffre total des œuvres et institutions postscolaires qui auraient fonctionné durant le dernier exercice : dans celles-ci, il en est bon nombre qui n'ont été inscrites que pour la forme. M. Edouard Petit le reconnaît d'ailleurs, dans le rapport de l'an dernier, à propos des cours d'adolescents et d'adultes : « Un certain nombre de cours ainsi totalisés, note-t-il, n'ontété
1. Pour ceUe démonstration, cf. notre volume Au sortir de l'École (î>« édition, p. 2-20 et suiv., Gabalda).
l'éducation POPC'LAIRE. 15
quentr ouverts à cause de la persistance des pluies. 11 arrive aussi parfois que certaines classes du soir ne réunissent pas assez d'auditeurs pour qu'on les maintienne jusqu'au bout ; elle se ferment après quelques séances d'essai. La valeur de renseignement, l'assiduité des disciples varient avec le mérite du maître. Efforts et résultats ne sont pas représentés par un chiffre. »
Si l'on en croit même un très important journal radical-socialiste, la Dépèche de Toulouse^ beaucoup de conférences et de cours d'adultes soi-disant donnés dans les écoles publiques, n'auraient existé que dans le texte du rapport de M. Edouard Petit : sur ce point, le rédacteur de l'organe anticlérical prétend avoir reçu les confidences d'inspecteurs d'académie. Nous notons simplement le fait, ne voulant pas prendre parti dans cette controverse délicate : toutefois les règles de la saine critique nous obligent à beaucoup de réserves à l'égard des chiffres alignés par M. Edouard Petit.
Sous le bénéfice de ces remarques, parcourons maintenant les statistiques officielles, afin de nous faire me idée d'ensemble du mouvement postscolaire que les documents officiels qualifient de « laïque », par opposition aux œuvres confessionnelles.
En première ligne, nous trouvons les cours d'adolesenis et d'adultes, qui sont faits surtout par les instilutrices. Durant l'année 1911-1912, on en a compté 52.797-, soit une petite augmentation sur l'année précédente pour laquelle le rapport de M. Edouard Petit accusait l'existence de 51.925 ',
1. La Démocratie (26 février 1912; a pallié de larges extraits de cet article de la Dépêche de Toulouse.
■2. Il a été tenu 31.888 cours de garçons et 20.909 de jeunes lilles.
3. • L'ne innovation est à noter, dit M. Edouard Petit, qui sous la poussée des circonstances ne saurait manquer de se généraliser. L'on avait craint «jue le cours d'adultes ne fut atteint dans de très nombreuses
Dans ces cours, on s'efforce de donner quelque instruction aux illettrés qui sont encore très nombreux ; on s'applique aussi, avec les élèves à demi instruits, à faire la revision des connaissances jadis acquises à l'école primaire ; enfin, on vise à la diffusion du savoir pratique : notions d'agriculture, rédaction des baux et des pièces d'usage courant, problèmes empruntés à la vie quotidienne : « Les cours d'adultes, nous dit-on, ont surtout réussi là où ils ont échappé à l'imitation de la classe du jour et se sont adressés vraiment à un auditoire d'adolescents et d'adultes. Ils ont attiré la clientèle dans les localités où onles a appropriés aux besoins locaux. »
Alors même que l'on n'attribuerait qu'une importance relative aux statistiques officielles, il est un fait que l'on ne saurait nier : c'est le développement progressif des œuvres visant la clientèle féminine. Il y a là, au point de vue religieux, un danger sur lequel nous nous sommes fait jadis un devoir d'attirer l'attention et dont nous croyons utile de dire encore quelques mots.
Prenons, par exemple, les cours d'adultes pour jeunes filles . Depuis 1894, leur nombre augmente sans cesse.
En 1894-1895, on en comptait 966; en 1898-1899 : 9.429; en 1902-1903 : 15.354; en 1907-1908 : 18.294; en 1908-1909 : 18.967; en 1909-1910 : 19.580; en 1910- 1911 : 20.273; en 1912, 20.909.
Dans ses rapports, M. Edouard Petit constate d'ordinaire — ce qui ne nous surprend guère d'ailleurs —
écoles par les substitutions des institutrices aux instituteurs dont le nombre va décroissant... Les appréhensions ne sont pas sans être justifiées dans quelques départements. Mais les inslitutrices, en bien des communes, ont tenu à cœur de ne pas entraîner par leur nomination la fermeture du cours d'adultes. Aussi a-t-on vu dans l'hiver 1910-1911, des institutrices enseigner des jeunes gens qui, par leur assiduité, leur déférence, ont témoigné leur gratitude aux vaillantes femmes qui se dévouaient pour les disputer à l'ignorance. »
que l'assiduité des auditrices est, en général, bien meilleure que celle des jeunes gens. Il affirme que plus de deux cent mille jeunes filles ou jeunes femmes ont suivi, ravant-dernière année, les cours d'adultes. (Il y aurait eu 257.000 auditrices inscrites et 211.000 auraient été régulières, tandis que l'on aurait compté 520.000 auditeurs inscrits, mais que 400.000 seulement auraient fait preuve de quelque zèle.) 11 serait injuste, croyons-nous, de prétendre que tous ces cours sont faits dans un esprit antichrétien; malheureusement, un trop grand nombre sont professés, non pas dans un esprit de loyale neutralité, mais dans un sens nettement antireligieux. Alors même que linstitutrice aurait scrupule à donner directement un enseignement hostile à la foi, il lui est facile d'arriver indirectement au même but par des lectures à haute voix.
Je crois même que c'est par le moyen de ces lectures que la maîtresse non chrétienne peut modifier lentement et insensiblement les convictions de ses auditrices; car, d'enseignement proprement dit, elle en donne relativement peu : les cours de jeunes filles, remarque M. Edouard Petit, voient « l'orientation vers renseignement pratique s'accuser toujours davantage » . On consacre les quelques heures passées à l'école à l'éducation domestique et ménagère, à la puériculture, à la comptabilité. Mais, après avoir fait du travail à l'aiguille, après avoir appris un peu de cuisine ou après avoir étudié une question d'hygiène, on termine laleçon par une lecture de quelques pages. Et c'est là que se trouve le danger, car ces pages peuvent être adroitement choisies pour jeter dans l'âme des semences de doute... Et, puisque je parle de la lecture à haute voix, je m'en voudrais de ne pas insister sur les services qu'elle doit nous rendre dans les œuvres de jeunesse comme elle en rend dans les groupements « laïques » :
mieux vaut une centaine de lignes, opportunément choisies, lues de façon claire et simple, au besoin commentées sobrement, qu'une allocution ou une conférence filandreuse, languissante, insulTisamment préparée, dont le résultat le plus net et de produire chez les auditrices l'assoupissement intellectuel et physique. Seulement, pour que la lecture ne lasse pas et reste bien vivante, il faut d'abord qu'elle soit bien faite, et en second lieu, qu'elle ne soit pas trop longue. Mais, je le répète, une belle page, encadrée dans un commentaire adapté à l'auditoire, peut produire une puissante et durable impression.
Il semble bien que, dans l'ensemble des institutions non confessionnelles, la lecture publique soit en progrès. Elle réussit, non seulement dans les cours de jeunes filles, mais un peu partout.
L'enquêteur officiel rapportait même ce renseignement qui lui était donné par un inspecteur primaire : il n'est point désormais — ou peu s'en faut — de cours d'adultes qui ne soient terminés par la lecture d'une page d'un grand écrivain. Le rapport de 1911 donne la même note : « La lecture publique, y lisonsnous, s'est définitivement installée dans l'école du soir. » On ajoute qu'elle s'y substitue peu à peu à la conférence. Nous voulons bien le croire, car chaque année marque un nouveau déclin de cette forme d'enseignement populaire : en 1903, la rapport indiquait le chiffre de 117.350 conférences faites durant la campagne 1902-1903 ; en 1908, on ne nous signale plus que 82.481 réunions de ce genre, et, en cette année 1912, on nous donne le chiffre de 66.979 conférences ' . Naturellement, ce sont les sujets d'actualité qui sont les plus goûtés : l'aérostation et l'aviation ont été à l'honneur au cours
1. En 1911, on avait enregistré, 70.310 conférences : la décadence continue donc en s'acceniuanl.
du dernier hiver. La plupart de ces conférences el bon nombre de lectures ont été illustrées de projections: les vues sont prêtées soit par le Musée pédagogique soit par la Ligue nationale des conférences populaires et la Ligue de l'enseignement, qui ont également expédié des milliers de verres. Ajoutons que le cinématographe est en train de détrôner les projections, aussi ces sociétés ont-elles fourni plusieurs milliers de mètres de films.
Fondée, il y a une trentaine dannées, par M. J- C. Gavé qui vient de mourir, la Mutualité scolaire est peut-être la plus ancienne des œuvres « laïques » auxquelles l'école primaire a donné naissance; offrant des ;ivantages, dont le côté pratique frappe facilement les familles, elle est, parmi les institutions complémentaires celle qui a recruté le plus grand nombre d'adhérents. Ainsi, en 1911. l'effectif des mutualistes scolaires, enfants de trois à treize ans versant régulièrement leurs cotisations, s'est élevé, paraît-il, à 856.509 participants, répartis entre plus de trois mille sociétés et fédérés dans une Union nationale.
Viennent ensuite les Associations d'anciennes et d'anciens élèves, que les initiés appellent par abréviation les Petites ^.Depuis deux ou trois ans, le nombre de ces sociétés n'a que faiblement augmenté ; ainsi, le rapportde 1908 accusait l'existence de G. 395 associations de ce genre et l'on enregistre maintenant 6.573 Petites A ^ Il y a deux ans, ces associations ont tenu, au Havre, un retentissant congrès national dont la séance de clôture fut présidée par M. Fallières. Dans cette assemblée, il semble bien que l'on se soit avant tout
1. Il y a 4.61 vrctitcs A de garçons et 1.959 de jeunes filles; les petites \ féminines, cnt diminué de prés d'une cinquantaine depuis une ann(?e.
ŒUVRES POSTSCOLATRES NON CONFESSIONiNELLES. 259
préoccupé de la lutte contre rÉglise. Sans doute, M. Edouard Petit n'insiste pas sur ce fait dans son rapport officiel où nous lisons simplement : « Le congrès a arrêté un plan d'action pour les Petites A et les patronages laïques, pour la culture physique (préparation militaire, jeux, sports, gymnastique rationnelle), pour la mutualité scolaire, pour l'éducation ménagère, enfin, pour les moyens de récréation, notamment en ce qui concerne concerts et représentations dont la surveillance s'impose d'urgence. »
Mais lorsqu'il collabore au Radical, M. l'inspecteur général est moins réservé dans ses propos anticléricaux : « L'idée qui s'est nettement affirmée et qui domine l'ensemble des vœux, écrit-il en effet dans ce journal, c'est que la propagande s'impose et de façon ferme et continue, pour tenir en échec les organisations adverses, et que l'initiative privée et l'Etat doivent s'unir pour faire face au « mouvement tournant » dont on enveloppe l'enfance et l'adolescence. »
Par ce terme de « mouvement tournant » et « enveloppant », on a la prétention de désigner l'action très loyale et parfaitement droite de catholiques se dévouant à des œuvres postscolaires. Nous sommes convaincu que tout esprit impartial désapprouvera ce procédé qui voudrait jeter une sorte de suspicion sur des adversaires.
Pour mieux soutenir leurs efforts contre l'idée chrétienne, les Petites A, depuis deux ou trois ans, ont été doublées de sociétés de tir, composées d'élèves ou d'anciens élèves des écoles laïques : ces sociétés atteignent le chiffre de 1.803. Bien que « l'élan ait été magnifique », nous verrons plus loin que l'on n'est pas sans redouter la concurrence des sociétés similaires catholiques pour ces groupements, puisque l'on songe à rendre obligatoire la fréquentation de ceux-ci : singu-
lièrc façon d'aguerrir des sociétés de préparation militaire que de faire disparaître tous leurs rivaux!
Nous arrivons enfin aux patronages scolaires. Ici, l'avantage — et même un avantage très marqué — pouvons-nous affirmer, appartient incontestablement aux catholiques. Mais, cette réconfortante constatation faite, nous devons immédiatement ajouter que les patronages « laïques » progressent en nombre, quoique cependant avec lenteur : en 1910, ils s'étaient accrus de plus d'une centaine; en 1912. ils ont augmenté de moins de 80 et atteindraient le chiffre de 2.694 dont 1.685 de garçons et 1.009 de filles.
Sur ces œuvres de propagande, il est bon de citer le rapport officiel : « Les patronages laïques ont attiré, d'une façon spéciale, l'attention des amis de l'école laïque, qui se sont rendus compte de l'enveloppement que précisaient de plus en plus, autour des élèves de l'école publique, les patronages confessionnels. »
Après avoir donné les chiffres relatifs à ces institutions, M. Edouard Petit poursuivait dans son avantdernier rapport^ : « Quelques départements n'en ont pas encore ou ne mettent en ligne qu'une ou deux unités. Il est certain que la nécessité d'en ouvrir apparaîtra aux esprits clairvoyants qui estiment que lécole
1. Même note dans le dernier rapport de M. Edouard Petit. M. l'inspecteur reconnaît que les patronages sont les œuvres postscolaires qui exigent l'inslallation la plus coûteuse et le plus de dévouement. « L'émulation, écrit-il, est grande entre patronages laïques, qui datent d'hier, et patronages fidéistes qui ont, il faut le reconnaître, une tradition, qui disposent de ressources abondantes et de puissants appuis, et qui excellent à rempUr le progiamme tracé dès 1791) par l'abbe Allemand : < Faire jouer pour faire prier ■, et l'on peut ajouter : « pour faire agir • . — Le programme ainsi prêté au fondateur de la première œuvre de jeunesse de Marseille, n'est pas tout à fait exact, mais nous ne chicanerons pas M. Edouard Petit sur ces vétilles, nous regrettons bien davantage qu'il n'ait pas reconnu le dévouement dont font preuve, en général, les catholiques qui s'occupent de patronages • fidéistes », pour employer la singulière expression de M. l'inspecteur général.
doit se défendre par elle-même. Il serait bon d'insister à nouveau sur Tutilité des patronages laïques qui ne doivent pas être de simples garderies, mais qui, tout en faisant œuvre récréative, doivent se réclamer d'une doctrine et tendre à neutraliser d'agressives influences. Mais on ne saurait trop recommander aux délégués cantonaux, aux membres des caisses des écoles, etc., d'établir surtout des patronages de filles et d'y intéresser les anciennes élèves des lycées et collèges, des écoles primaires supérieures qui ont savoir et loisirs. C'est le point faible et qu'il faut renforcer. »
La Ligue de l'Enseignement s'y emploie de son mieux en suscitant la collaboration des « Femmes d'oeuvres laïques », groupées dans un comité. Mais, à lire certains appels, on est en droit de se demander si cette collaboration est aussi nombreuse et aussi active qu'on le souhaiterait.
Si nous mettons de coté les mutualités scolaires, dont les avantages matériels suffisent à expliquer le développement, nous pouvons conclure de notre revue des œuvres complémentaires de l'école que, dans l'ensemble, en nous en tenant aux chiffres de l'administration, celles-ci n'ont pas sensiblement progressé depuis deux ou trois ans.
Les patronages, les cours de jeunes filles et les petites A augmentent, il est vrai, mais avec une régulière lenteur. D'autre part, certains groupements sont restés stationnaires. Tel est le cas des « Jeunesses laïques ». « Les cours d'adultes, malgré l'accroissement de leur nombre, continuent , ainsi le déclare M. Edouard Petit ', à produire des résultats de valeur médiocre. » Si nous nous en rapportons au dernier
i. Journal officiel, 13 juin 1911, p. 513, colonne 3.
2G?. Li: DEVELOPPEMENT ACTUEL.
Bulletin de la Ligue de renseignement ', nous voyons que cette société n"a prêté, durant l'année 1911-1912, que 5(3.50.") vues — ce qui est à peine un peu plus que le cliilTre des pi'êts qu'elle effectuait, il y a dix ans, en 1902-1903. Quelques œuvres « laïques » subissent même un déclin, commencé il y a déjà cinq ou six ans : ce sont les conférences populaires qui, du chiffre total de 117.000 en 1903, sont tombées, en 1911, au chiffre de 70.000! Et il y a enfin des institutions autour desquelles on a mené jadis grand tapage et dont M. l'inspecteur général ne souffle plus mot aujourd'hui : non s avons nommé les universités populaires.
Ainsi donc, si l'on analyse les documents officiels, si l'on rapproche soigneusement les uns des autres les chiffres des rapports des dernières années, on constate que, pour plusieurs œuvres « laïques », l'apogée semble avoir été atteint et que, même pour quelques-unes d'entre elles, l'heure de la décadence a sonne : pour employer l'amusant euphémisme de M. E. Petit, disons qu'elles opèrent un « tassement )i. C'est un fait qui paraît nettement établi.
D'autre part, le corps professoral, sur lequel repose, presque exclusivement, la lourde charge des organisations postscolaires, n'est pas sans trouver que l'on abuse un peu de sa bonne volonté. Des instituteurs ont manifesté publiquement leur mauvaise humeur.
C'est, par exemple, une institutrice, vice-présidente de l'Amicale du Cher, qui écrivait, dans le journal l'Aurore (10 mars 1908y :
... Hors de l'école, que peut être l'influence morale de rinstituteur? Assez faible, je pense. Elle exigerait, pouiêtre profonde, outre des rapports fréquents avec le populaire, un savoir indiscutable, une grande élévation de ca-