‹ L'éducation progressive, ou, Étude de cours de la vie [microform]Chapitre 1 sur 67 · PAULIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PAULIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR

33^ RUE DE SEIME-ST.-GERHAIN.

Db nombreux exemples autorisent aujourd'hui la publication successive des dirers volumes d'un ouvrage. Cette marche qui a parfois besoin d'être justifiëe, semble indiquée naturellement , lorsqu'une des parties forme un tout par elle-même^ et.€'est là ce qui se présente dans cet écrit; un sujet important, l'éducation morale de la première enfance , se trouve ici ^ non point assurément épuisé, mais traité avec toute l'étendue qu'il a paru exiger.

Dans un ouvrage quia pour objet Péducation progressive de toute la vie^ on peut donc envisager ce volume sous un double aspect : c'est une première partie destinée à être bientôt suivie d'une seconde, qui complétera ce qui concerne l'enfance, et c'est en même temps un essai séparé; c'est . l'étude d'une période de l'existence humaine , courte , il est vrai » mais parfaitement distincte des autre», et riche en faits intéressans pour l'observateur.

Il existe* en effet entre cette période et la suivante une ligne de démarcation qui n'est point tracée arbitrairement , mai» qui tient à l'ordre immvable et nécessaire du développement de Findividu. L'enfant de cinq ans est en possession de toutes les facultés intellectuelles accordées à l'humanité; quelques-unes de ces I. I

facultés 9 faibles et peu exercées , souvent mises en jeu par les plus frivoles motifs y ne s'^xpnment encore que par des actes insignifians ^ Inais on les voit se manifester chez lui néanmoins, et il en fait usage à sa manière. Avant quatre ans, au contraire, Tenfant est un être à part; il lui manque Un des élémens essentiels de la raison humaine , la réflexion. Son esprit déjà trèsactif ne se replie point sur lui-même et ne s'aperçoit pas de ses propres opérations» Dé plus y les IfiKi&eti du premier âge sont encore ches lui dans teat vis^etiri tk constitution morak et physique se compoêd eneoïe igâ grande partie de» dons àceordés au ^rililitir Ag« pMr un but tetnpotaire et spéc^ ) A^ns qui M se feti^duvênt plus dans Ift suite. ÂiÊ^si dés dispositions qui participent à la nature mystérieuse de rinstiut^t^ telles que Ut syfii'pathi^ et le penchàùt à Timitatioû , cessent bieûldt de se faire remarquer, soit qu'elles aient réeU^mtetit fbtt dimiuué ^ soit que le nôût^èàU déVdoppem«ût des Acuités qui nous sont mieux ctotiues attité seul làotre AI* teniion. Enfin ^ lors txiéme que Tenfont se seH ét^ du langage , il ne • ^^emploiik «ncOï^ qu« iH^mmè uà moyen de communiquer au-dehoïS», sa pensée fte se défoule pas intérieurement en mots > si l'on peut s^^** primer aînst, et il vit toujours de cette Yîe de sensa-» lions, d'images, de désirs, d*impressibbs dIVetses qill est celle des nouveaux-nés et des animaux. De ce tùdAt d'existence si différent du ndtrtd ^ il ïésulte qtl« te premier âge est le seul qui H sépkfe t^ettement d«s àig» suiyans, tandis que oeuk*<;i se lltot enti^ euis^t-dèé gtadation^ ii^nsibtés.

NéAnn[iolns ce n'est pas bvusqu^imiit qt'dB ^tAt AH^ pàVattre les dispositions du pl^smier i&ge%' Ia piifiiKlè éê

<^iiff| à d<lli29e Ms iest «in int^r^illè éè ttvtnsition Avant lequel les instincts d« TenAint s'affaiMisient gradadte* tiitent & mesure que grandissent les facultés de Phorame. Mais ces instincts subsistent encore dans le eein de Hn^ divSdu quand ils sont devenus difficiles & reconnaître. Si do*c on a négligé de les étudier lorsqu'ils régnaient seuls , on ne les distinguera pas dans une eitistence plus compliquée. Un des élémens de la constitution morale de PëièYe nous échappera toujours , si nous n'avons paa observé Tenfant en baè-âge.

A ces considérations il s'en joindra de plus gravti encore , sî Ton peut se convaincre de deux vérités, Tune que d'après les conditions imposées & Famé à son arrivée dans ce monde , les facultés qui décident de la formation du caractère sont les premièrei & se mani«i> ffester chez l'individu 5 Tantre que l'influence de l'éducation sur le développement de ces fhcultés est im* mense. Cette dernière vérité viept d'être mise how d* doute dans les nouvelles écoles qu'on fi instituées pour les en fans de deux & six ans. LA on peut juger des heureux effets que produisent dans Inapplication les principes qui m'ont dirigée. Et si d'une part les résultai» heureux qu'offrent ces établissemeni donnent la skttc^ tion d'une expérience plus étendue aux indactioms que f ai tirées de faits observés dans un ccrdc étroit $ d'âutte part , j'ose me flatter que ces inductions serviront â ea>pliquer d'une manière raisonnëe ie succès de U méthode «mployée dans ces écoles*

Cet espoir n'est passais quelque fendemetttdulxu>là8 pour ^ienive où. l'on s'occupe i. présent à fonaer des étaMimniens semblables. Le souv»nirde M* dbeSâustmw «st eœdte si vif duns sa patrt» , «m a^it si fateo 4qu€

seèle pour l'instruction publique n'y a cëdë en rien à celui qu'il a dëployë dans ses travaux, comme^ physicien, que sa fille a quelque chance d'y être ëcoutée quand elle parle d'éducation. C'est un des motifs pour lesquels j'ai hâte la publication du volume qui peut dans ce moment inspirer à Genève le plus d'intërét.

A la tête de ce volume se place naturellement une introduction qui contient le plan de l'ouvrage entier. Ce morceau sera pour moi l'occasion d'entrer dans quelques dëtails sur les intentions qui m'ont successivement animëe.

Lorsque j'ai entrepris de traèer l'histoire morale de la vie, en indiquant autant que possible- les moyens d*amëlioration qui s'offrent à nous aux diffërens âges, je comptais passer rapidement sur les annëes de l'en- £einoe. Frappëe de la grande idëe que notre existence icibas n'est que le prëlude d'une autre existence , que notre passage dans ce monde-ci n'est qu'une éducation pour un autre monde , je désirais suivre cette idëe dans ses diverses applications. M'appuyant sur ces belles paroles de l'Évangile: Toutes choses conoourefii ensemble pour opérer le bien de ceux qui aiment Dieu , mon dessein était de montrer que celui qui sait seprëvaloir du secours céleste , trouve dans les évènemens , dans les intérêts variés qui contribuent & développer nos diverses facultés morales , les moyens d'avancer vers sa véri-

table destination. Sans trop savoir ce que deviendrait mon travail, j'aspirais peut-être surtout à m'étre utile à moi*même , i trouver dans de hautes pensées un soutien^ un refuge^ des consolations^ à ^irer quelque fruit des silencieuses leçons du temps , et à recommencer par mes souvenirs l'œuvre i{ue la réalité avait trop peu

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ayancëe. Ainsi mon attention se portait plutôt sur les résultats de la vie que sur cette préparation à la vie même qui en occupe le commencement ; et l'éducation de l'enfance se {présentait à moi comme un sujet nécessaire sans doute à traiter d'après mou plan, mais déjà épuisé par les écrivains distingués qui y avaient con« sacré leurs méditations.

Néanmoins , en examinant ce sujet de près ^ je l'ai trouvé bien neuf encore , surtout relativement aux premières années de la vie. Les penseurs n'ont presque pas regardé les très-petits enfans^ les instituteurs par état ne les ont point encore sous leur garde , et quand ils se mettent à l'ouvrage , ils envisagent l'élève futur comme la matière brute destinée à recevoir sa valeur de leurs mains. C'est comme un ignorant à instruire qu'ils le considèrent, et ils ne songent pas que pour en ^nir au point où il est susceptible d'instruction raisonnée , l'enfiint a dû être doué d'une tout autre manière que ne le sont les hommes faits.

Les femmes, d'un autre côté, habiles à saisir les plus légers indicea^à deviner les moindres intentions, se contentent souvent de comprendre par sympathie. Leur sentiment va droit à l'utilité pratique, et une fois qu'un discernement rapide les a décidées , il leur importe peu d'arriver à des résultats générajax. Moi aussi je m'étais long-temps et sérieusement occupée d'éducation , mais j'avais étudié mes enfans sans croire étudier les enfans , et toutes mes observations me semblaient individuelles. Les différens systèmes dont j'avais acquis la connaissance pour m'^clairer, n'ayant jamais pu me satisfaire, j'avais pris pour guide une expérience acquise à mesure et ce que Je croyais le bon sens. Néanmoins , quand cette

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expérieikce «'e$t confiimëe» qu«ud plus de loitir m'a permis d^approfondir mes réflexions , j'ai cru voir l'effe^t de lois générales dans la constance des phénomènes que Fenfaoce présente à^nqs yeux. Peut-être qu'en les dicrivant y le charme attaché à la contemplation de cat âge m'a trop entraînée y mais , soit par les faits que j'ai cités 9 soit par les conclusions que j'en ai tirées, le sujet s'est étendu sous ma main.

Sans renoncer donc à mon entreprise ^ telte qu'eUe est indiquée dans l'introduction dont je rends coixipte , j'en ai TU peu^ à-peu se changer les proportions. Pressée par le temps ^ par l'âge qui s'avance, j'ai senti la né^ cessité de réduire les dimensions de la partie du plan qui m'avait d'abord le plus occupée, et ce qui devait former les deux tiers de l'ouvrage n'en offrira guère q^e le tier^

Le livre ou ]^ réunion à% chapitres , qui suit immé^ diatement l'introduction, est consacré & l'exposition des principes qui s'appliquent à toutes les périodes de l'éducation. Rien de plus essentiel assurément pour l'instituteur que de se rendre compte denses vues^ que de se demander d'abord quel est son but , puis quelle est la meilleure route paur arriver à ce Imt, Cependant, sous ces deux rapports, que de réflexions se présentent! quel champ immense de pensées s'ouvre devant nous , à la simple contemj^lation de cette entreprise si grande et si commune à^la-fois , le prcyet d'élever un enfant ! La destination finale de l'homme, les obligations que lui imposent et la loi divine et la constitution de œ mondé-ci, les qualités qui peuvei^t le rendre capable de remplir ces obligations, deviennent autant d'objets de méditations infinies. £t quand on fuient à s'occupei; d^

nioy W8 d'é4ficatiou i i penser qu'il s'agit d'influer sur

la Tolontë de iVlèye , d'imprimer à son ame un mouYeméat qui «e prQlonge dans la yie entière , on découvre uon*«eulement que l'étude sans bornes de l'esprit humain est indispensable à l'instituteur « mais qu'il doit connaître encore l'ordre selon lequel les facyltës morales se. déYeloppent« Ce n'est point comme une oiseuse' spéculation qu'une telle étude se présente, on la voit comme le fond ou l'essence même de l'art de l'éducation. Il eit bieJ) superflu de dire que je n'ai fait qu'effleurer de si grands sujets. Guidée par les principes sublimes de la morale évangélique , je n'ai pas dû craindre de m'éçarer 9 et j'ai pu me dispenser d'entrer dans des dis- OUS^ns interminables. Peut-être, en appliquant ces principes i la vie bum.aiae 9 ai-je regardé comme accor* dés certains points encore débattus -, mais pour appuyer solidement chficune de mes convictions par des preu* ves f pour résoudre toutes les difficultés et répondre à toutes les objections, il m'eût fallu dépasser également les bornes de mon sujet et celles de mes forces. Je n'ai l^oint ftffeqté l'impartialité philosophique -, le sentiment qui m'animait , je l'ai exprimé *, mais sans en exagéreig la mesure ^ W3S m'indigner contre ceux qui ne le partal^ent paSt ^t surtout sans me permettre jamais, en faTdur du meilleur but , d'alléguer des raisons faibles ou dûuUnsea h mes yeux* Si j'ai osé tiborder des questiona ti^ élevées, c'est qu'elles m'ont paru inhérentes à mon m^et| c'est aussi qu'elles ont fixé malgré moi mon attemtiojn I 6t que l'idée m'en a poursuivie plutôt que j^ p'ai été la chercher. Enfin , tout en prévoyant les reproches de divers genres que méritera plus ou moins la ijiUtiSf tKéorique de mon travail , j'ai cru devoir indi-

quer des aperçus qui pouvaient être fëconds en applications utiles.

Le second livre est consacre à l'ëtude des deux premières années de la vie , temps important durant lequel rëduc^tion' est réduite à se diriger d'après de vagues aperçus, puisque l'enfant qui ne parle pas encore, n'aide point l'observateur à démêler ce qui se passe en lui. Néanmoins l'instinct pénétrant des mères perce souvent l'obscurité dont cette tendre enfance est environnée, et fournit des données précieuses que la réflexion peut ensuite développer.

En revanche , la période de deux à quatre ans , dont l'examen occupe le troisième livre ^ est pour nous l'intervalle le plus instructif. Alors les nouveaux progrès de l'enfant , sans avoir encore changé son existence morale^ servent à la révéler à nos yeux; alors on voit la nature particulière du premier âge se manifester clairement au moment où elle est prête à s'effacer. Les résultats des faits relatifs à l'élude de l'ame , durant cette période et la précédente, se trouvent rassemblés dans un chapitre à part , qui donne ainsi une conclusion à l'histoire de la première enfance.

Toutefois ce n'est là que le résumé des observations ^ et rien ne semble s'y rapporter au sujet principal de cet écrit, la formation de la moralité chez les enfans.

Mais pour l'intérêt même de la moralité, j'ai cru devoir essayer de fixer les regards des instituteurs sur les faits qui ont le moins attiré leur attention. On commence i sentir que pour assurer les progrès de l'éducation , il faudrait découvrir la méthode psychologique^ ou , en d'autres termes , découvrir les lois du développement moral de l'individu. Mais sans prétendre connaître

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encore la nature iotime de Famé j on peut s'attacher i suivre la marche des progrès intellectuels dès la naissance. Et comme la connaissance du monde physique et moral ne peut parvenir que successivement et dans un ordre dëterminC( à un être plonge dans une entière ignorance , on s'aperçoit bientôt que cet ordre décide du rëveil des facultés diverses dans l'ame de l'enfant. C'est ainsi que l'examen des faits «n amène presque toujours l'application à sa suite.

Un des fruits que nous retirerons de l'ëtude du petit enfant sera de nous apprendre à estimer davantage les dons qui lui ont éié accordés par la Providence^ dons tellement adaptés à sa destination future, que toute autre constitution morale l'eût rendu moins susceptible de progrès. En le considérant relativement à l'avenir j on Toit que bien des défauts apparens j que sa faiblesse même et son développement incomplet sont les effets d'une ordonnance parfaitement sage. Il a la perfection d'un être i|piorant, une disposition inconcevablement heureuse pour s'instruire , et il a encore la perfection d'un être dépendant , hors d'état de se suffire i lui* même , un talent merveilleux pour obtenir du secours» Il sait exciter en nous des mouvemens de bonté j de dévoùment , dfaffection constante , que nous n'éprouvons que pour lui; il réussit à nous inspirer une pitié tendre et pénétrante , et pourtant il nous amuse et nous plaît. Trop imprévoyant pour être asservi par ses besoins, il a la grâce ^ parfois la fierté de l'indépendance, et quand il reçoit tout de notre main , son amitié a encore l'air désintéressé. Œuvre immédiate de Dieu , magnifique par ce qu'elle prômet,et déjà intéressante par ce qu'elle ofiSre , le petit enfant est à-la-fois une charmante création et une ébauche habilement préparée.

Bai

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