LIV. Il, CHÀP. I
diverses causes qui agissent si puissamment sur le jeune homme à son entrée dans la vie. La question se complique par là beaucoup, puisque nul ne peut entièrement échapper à l'esprit dominaût de son pays et de son siècle. Mais comme la première impulsion doit être assez forte pour modifier toutes les autres et leur imprimer une direction salutaire, il reste toujours dans le domaine de la religion , de la moralité et des lumières , une part considérable qui peut être attribuée à la première éducation. A travers toutes les différences d'opinions et de coutumes , des instituteurs dignes de ce nom forment presque à coup sûr des élèves éclairés et honnêtes. Si des adultes considérés en nombre suffisant , manquent des qualités nécessaires au bonheur de la société et de l'homme , on peut hardiment prononcer qu'il y a eu un vice secret dans la manière dont leur enfance a été gouvernée, et il reste encore là un vaste champ pour l'observation.
L'uniformité des produits de la civilisation actuelle nous porte à oublier deux choses importantes, l'une que les peuples moins éclairés que nous diffèrent infiniment entré eux pour le caractère , l'autre que l'enfant a une aptitude à-peu-près égale à revêtir le caractère de chacun de ces peuples. Je ne jprétends assurément pas nier qu'il n'y ait de la différence entre les races , même sous le rapport moral. Tacite , d'accord sur ce point avec des savans tout-à-£ait modernes , croyait que ces
différences étaient accidentelles , et qu'elles disparaissaient même après un petit nombre c^e générations y quand la cause qui les avait produite^ cessait d^agir. Mais en leur supposant plus de permanence, toujours sera-t-il certain qu'une même éducation établira une eptière parité à mille égards entre les en fans de tout pays, soignés ensemble. Relativement aux habitudes et aux mœurs, chaque nouveau-né deviendrait , avec une' égale fecilité y un Chinois , un Lapon ou un Anglais , tant est grande la flexibilité de notre nature. lies siècles écoulés sont nuls aussi pour l'enfant : a'il n'est pas étranger au mal , il Fest aux progrès de la corruption dans le monde , et on le formerait pour rage d'or ( tel du moins qu'il est pennis de se le figurer avec des hommes ) peut-être plus aisément que pour Fâge où nous vivons.
Il semble donc que parmi cette multitude de formes possibles , il n^y aurait qu'à choisir pour l'éducation; qu'en prenant même dan? chaque forme ce qu'il y a de mieux , on rassemblerait dans la personne de l'enfe^nt tout ce qu'offre à notre admiration l'élite de la race humaine. Cet espoir est sans doute chimérique , nqiais pourtant l'examen attentif des moyens employés pour obtenir chaque résultat désirable, serait plus iitile qu'on ne le croit. Si pour chacun et pour tous, le mal moral est inévitable , la quantité peut en être diminuée infiniment. Quand on songe que les quakers ont anéanti parmi leur nombreuse popu-