‹ L'éducation progressive, ou, Étude de cours de la vie [microform]Chapitre 39 sur 67 · LIV. lïy CHAP. V · texte numérisé non relu

LIV. lïy CHAP. V

leur £aire adopter nos senttmens à leur insu^ et pour mouler leur volonté sur la nôtre. Aussi un tel instinct. dans toute sa puissance ne dure^t-il guère : dès qu'il n'est plus indispensable ^ il com* mence à être retiré par la main qui semblait l'avoir prêté comme un supplément à l'intelligence. Bientôt la scèiie entière est changée. Une fois que nous entreprenons de conduire l'enfant par le raisonnement , c'est-à-dire en lui montrant [qu'il y a une nécessité imposée par la nature des choses ^ celle de s'accorder avec nous diminue pour lui. Il s'attache à juger nos paroles plutôt que notre disposition; il vit de sa vie et non de la nôtre. Sans doute il faut viser à pouvoir abdiquer un jour , mais il n'en est pas temps encore.

Avant trois ou quatre ans votre enfant ia'a de bonheur qu'avec vous. Sqs besoins^ ses plaisirs^ la sécurité dont il doit jouir le mettent en votre puissance. Les autres enfans l'amusent un instant et l'importunent bientôt ; les petites passions mises en présence se heurtent^ et l'impossibilité de s'entendre avec eux vous le ramène. Mais quand une fois les jeunes intelligences ont pris l'essor^ quand l'usage fecile de la parole leur permet de se proposer un but commun et d'y concourir ensemble^ votre enfant vous échappe de toutes parts. Courir, sauter, grimper, exercer ses forces avec les compagnons de ses jeux, voilà ses vraies jouissances, elles sont indépendantes de vous ; et si vous ne vous êtes pas emparé à temps de s^s affections ,

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il pourra rom revenir pAt néeêsAté, tuaii ttfti p» Feffet d'un choix volontaire.

Je dis plu8^ à six ans^ les goûtd^ le caractère^ sont presque formés^ du moins il y a àijk une empreinte très difficile à efFacer. L'enfent est-Il malin, entêté, colère, il restera tel jusqu'à l'époque d'un nouveau développement qui ne peut s'opérer encore. Si certains pencbans ne âe sofit pas déjà déclarés chez lui, si les fleurs, les oiseaux les objets champêtres , ne disent rien à son imagination , il ne sera pas aisé de lui faire aimer la nature, et le goût des beaux-arts qui en sont l'image , pourra bien lui rester étranger ; enfin si les affections de famille, si le sentiment religieux, si un certain respect pour les idées d'ordre et de devoir ne se manifeste pas dâtks son ame , je ne prétends assurément point que tout soit perdu , mais je dis que Fenfant était bien malheureusement doué ou que les parens ont déjà de sérieux repro^ ches à se faire.

Il semÊle qu'on cherche à fermer les yeux sur l'importance des premières années,' on parle de ce temps avec dédain. De ce qu'un petit en&nt ne comprend pas nos grands discours ^ de ce qu'il n'est pas susceptible d'une instruction régulière, on conclut que c'est un être sans CQuséquence qu'on ne peut soigner que physiquement. Gomme sa viese passe en jeux , on le voit c<Hnme un jouet lui-même. Tout en lui semUe insignifiant, parce

if tf . li , CriAp. t. 491

cpÊK tout ait Vague I mtto ii tottt étati arrêté, nous n'aurioni plus de pouvoir*

Quand voué aveas laiMë paMer la saiaon fiivora^ bie de la sympathie sans en tirer les fruits henreux^ tels que le désir de plaire^ celui d'obliger^ le besoin de éeeourir les êtres qui souffrent^ le pouyoir de se priver en fiiveur des autres de quelques plaisirs^ vous Aittigùa bientôt une époque fâcheuse^ celle oh Fenfent comprend jusqu'à un certain point vos exhortations y mais sans en recevoir d'impression sensible. Vos raisonnemens seront alors écoutés , compris, approuvés peut-être, mais ils produi-» Tont.en réalité peu d'effet sur lui^ parce que vous en appelerez& des mobiles qui n'auront pas acquis assez d'activité dans son ame. L'enfant saisira pas-* sablement la suite logique des idées ^ il sentira qu'elles découlent bien les unes des autres, mais c'est leur enchaînement qu'il admettra , non les idées mêmes. Il sera dans l'état de celui qui vous entendrait additionner tout haut une colonne de chiffres, qui jugerait que vous procédez régulièrement y qui y si vous veniez à dire trois et trois font cinq, vous redresserait , mais s'en qu'il s'ensui vtt de là que ces nombres fussent pour lui la représentation de valeurs réelles.

Cest ainsi qu'un enfent de six à sept ans écoute bien souvent votre morale. Il ne peut en contester les principes ; souvent même il parait les admettre avec plaisir ; s'il a de la fecilité à parler , peut-être en déiuira«t-il sur^Ie-^hamp quelque belle consé-

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quence^ mais ne comptez pas trop sur les résujr tats de sa conviction. Quand le cœur n'est pas déjà bien disposé^ un tel exercice d'esprit a peu d'influencé sur la conduite.

Le développement de cette idée fondamentale nous mènerait loin et serait actuellement prématuré^ mais je ferai pourtant cette remarque : Puisque l'enSant a été rendu capable d'éprouver des affections avant qu'il pût encore former aucune combinaison d'idées , ne serait-ce pas que le Créateur a commencé par préparer les élémens dont la moralité future doit se composer ? Négliger de communiquer à l'enfent deboift sentimens^ en nous servant du secours si passager de la sympathie^ c'est renverser un ordre admirable. Alors quand la saison que nous attendions pour entreprendre l'œuvre est arrivée ^ nous n'avons point de bon levier à faire agir. Nos principes de morale deviennent des formules vides qui ne répondent à rien dans le cœur.

Si l'importance des sentimens que nous inspirons aux très petits enfens n'était pas prouvée^ encore faudrait-il la supposer ; ce serait d'abord le parti le plus sûr^ ensuite ce serait le moyen dont il y aurait le plus à espérer pour l'avenir. Toutes les ressources imaginables ont été employées pour d'autres âges. Le raisonnement a &it ce qu'il a pu^ l'enseignement de même ; les punitions , les récompenses^ l'extrême excitation de l'amour-propre^ toute la grosse artillerie de l'éducation a joué^

souvent avec bien peu d'avantage. La seule chose^ qu'on n'ait pas tentée , du moins avec régularité^ c^est de donner une sorte d'éducation positive au premier âge, c'est non seulement d'éloigner du petit enfant l'exemple du mal , mais de lui imprimer un léger mouvement vers le bien, et de le faire entrer avec une heureuse direction dans la vie. *

Néanmoins , si cette route n'a pas été suivie méthodiquement , que de fois ne Ta-t-elle pas été par inspiration I Que de caractères heureux, que de qualités aimables ne sont p'as dus à cette sympathie du premier âge , que les mères savent si bien développer , dont elle font un usage toujours si doux et parfois si judicieux ! Mais quel plus grand service rendre à la première éducation , que d'étendre et de régulariser, s'il se peut, ce que la tendresse et le bon sens ont bien souvent dicté aux mères ?

Le moyen d'influer sur les petits enfans leur est bien connu ; il leur est bien aussi indiqué par la Providence, puisqu'il consiste d'abord à les aimer. Ce sont elles, c'est leur amour qui doivent exciter une douce chaleur dans l'ame nouvelle; leurs regards, leurs caresses, y font éclore des affections qui semblent ne demander qu'à naître. Sans ces témoignages d'attachement, de telles affections ne se formeraient peut-être pas. Un malheureux enfant privé des caresses maternelles n'admettrait peut-être que bien tard un rayon d'amour dans son cœur. Il en serait ainsi des sentimens tendres

4ft4 l'édvc^vmmt mo^wmivb.

commftdM iinrity tiM qa-U y • d«mttUtiir«htt les tD&iM MlendMii une impoUott êilériMre poar «6 développer* llaîe quand cda eenii^ qu^'mporterait eneore ? En eeraient-iU moilie enrs d'être animég de liions moûveinem? Qu'y â-4F4I de phu inftiiUible que remour dee mères i lÀ, rien d'accidentel ^ rien qui dépende de eireonâtanteSy des qualités mêmes de Tenflni* Ce n'est pas seulement pour là conservation de sa £réle existmce qu'il a été confié à Tinstiftct le plus fort de tous I c'est pour qu'il ait la vie morale ) son corps et son ame si neuve ont été mis sous la mette sauve-garde y la plus certaine ellà plus puissante

L'enfiant^ comme nous l'avons vit^ a doue le ccmir éveillé avant l'esprit ) l'étiûc^le du sentilnent est chez lui la première à s'alluiliWy ccmimt Me est la moins sujette à s'éteindre. La laide famçur, ^uiproduU /'ousomt, dit l'illustre Cholmers^ se maintiendra dans l'éternité* C'est le trait le plds indélébile de notre nature; l'injaooente créatirt^ encore au berceau le manifeste ^ et on le reiroute encore chez le criminel le plus endarcL Un mùheureux qui pardt mort à tcwte moraUté se toit^ il l'objet d'une bonté sincère $ un €omâieiieMrle»t d'émoi ioA est excité dans son coeur desséché^ et il admet un nouveau principe de vie«

C'est si bien l'amonr qui produit l'amour ekei: l'enfant^ qu'il a un tact extraordinaire poof lai^ comptaitre. Ses j^râEsrences qui semblent bnanes

JMUt ilMMHff $M une t^TYyj|?tfVtl ioCGBC^VBh]^ ii

4jggi 4^|anL La laideur, les mBnoixé» de Vigfy ne Je ««butent foiiit$ les jervices les pUm esseDliels jq^ ie toiidbeptfflère : c'est de l'acMur qu'H lui &utj illiiîea faut wns beauté, ^aos jB^émeni extérieur^ Mi» titre aème à la recoanaissaoce; mais jquaod ilea trouve Texpressioa^ Jes actes de boiUé qui ea saut la frauve redoublent aou attachenient* £u jrevmache son ai^rsion pour les {ihy:siojQNOxale$ Jbndef et sèche» ml insurmoatable.

U âwt 4'atttant fius éviter d'exciter cette der- Mène Jsnprfissioii qu'il n'en peut résulter que dit «mL Les peraornies que Ten&At n'alnae pas n'on t sur lui qu'une influence fâcheuse ^ il pread d'elles les «naunis eaein{3iles et non les bons« La peur, riiifAtîenœ, la colère^ tSe transmettent d'un indif- JamntàMiantre, la haine uènie en faciliterait la wmmmicêiâotu Mais, .pour adopter des affectîoasAMces, M £pkutamer; la tendresse est la «hakMHr nécessaire pour le développement des germes beuremL. C'est la première nourriture^ et £mauBae le liût de la jeune ame qui ne peut croître et m ibrtifier qu'au moyen d'un tel aliment*

Ce wl&a «dooc pas assez que les enfans soient bienveillans , il faut qu'ils i^ment^ la bienveil- Jiaaœ'Ou vre le cœur ^ maisl'amour seul Jie réchauffe mt le raeasnplit. Il s'aJJlie de plus près à la force 41aGBe'«|ue laafjnpathiej celle-ci peut exister et freAdcepiuJcHs trop d'empire chez des êtres £aibles, mmiX «'y a>qu'.ane ^certaixie TJjgueur morale qui

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rende capable' d'attachement . Aussi je ne conseillerai jamais ^ sans cause majeure, de dérouter les premières affections des en£ans« Un changement de nourrice ou de bonne est tine crise qu'on doit leur épargner 9 quand on le peut. S'ils ont naturellement une vive sensibilité , il y a du danger à une telle épreuve; on a vu de pauvres en&ns séparés de la personne qu'ik aimaient le plus^ prendre une mélancolie noire et mourir; si au contraire, ils sont froids et légers, ils le deviendront toujours davantage; leur sentiment ae se fixera nulle part, et bientôt on verra naître Fégoïsme , vice bien odieux en lui-même , et qui ôte toute prise à l'éducation.

La jalousie des mères les porte parfois à éloigner des rivales subalternes qui leur semblent usurper leur place dans le cœur des enfans ; mais c'est mal entendre leur propre intérêt. Les affections se transplantent plus aisément qu'elles ne croissent ! Le sentiment déjà formé peut changer d'objet , mais là difficulté c'est qu'il prenne assez de force pour détourner l'enfant de s'occuper uniquement de lui. Une fois qu'on se, préfère à tout, il n'y a plus à espérer d'inconstance , et l'amour de soi est le plus fidèle des amours.

A l'âge de cinq ou six ans, les enfans finissent presque toujours par s'attacher de préférence à leur mère. Reine de la maison, distributrice des grandes faveurs , seule en état d'apprécier et de récompenser le mérite, pour peu .qu'elle ait en*-

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