‹ L'éducation progressive, ou, Étude de cours de la vie [microform]Chapitre 40 sur 67 · LIV. II, CHAP. V · texte numérisé non relu

LIV. II, CHAP. V

core de talens et de connaissances agréables^ elle procure des plaisirs et déploie une puissance dont' rien ne peut balancer l'effet sur de jeunes imaginations. Elle doit donc pour l'avenir être tranquille^ et ne pas rompre de force d'anciens liens qui sont de nature à se relâcher.

Cependant il vaudrait mieux que le cœur se déclarât d'abord pour la mère. L'infidélité qui le lui ramène n'a rien par elle-même d'intéressant , et parfois elle est assez tardive. Il résulte aussi d'une rivalité mal dissimulée ^ de la vanité chez l'enfant qui voit se disputer ses affections y et parfois une nuance dTiypocrisie. P^ous prétendez me préférer^ disait une mère . à sa fille ; pourquoi donc quand ^ousn êtes pas bien portante désirez-vous que votre bonne vous soigne plutôt que moi? Ce^/ , répondit Fènfant^ que lorsque je suis malalef oublie qiUil faut vous aimer mieux.

De plus, on n'acquiert la connaissance de ce premier âge que par l'attachement qu'on sait lui inspirer; nous avons beau chérir nos enfans^ quand nous ne nous sentons pas aimés , nous manquons de cette confiance, de cet abandon, qui se - communiquent à eux; notre air d'inspection, de surveillance, les rebute ; ils sont contraints en notre présence , et la grande influence de la sympathie est exercée par d'autres que nous. ^

Mais quel est le conseil relatif à cet âge qui ne doive pas être accompagné de restrictions, et que de ménagement n'exige pas tant de faiblesse !

190 iféDVCkTÊfm FBOGHBSSIYE.

La sympathie trop contintrelleinent mhe en jm rend les enfans mobiles^ susceptibles aree ereèi (te toutes sortes d^impressions. De même ^ un seny liment trop rif excite Forage dans leurcorarj sourent 11 les agite , il hs ément I un point dont nous ne nous doutons pas; et va Fincertltudr des choses humaines^ il peut^ ainsi que j[eF« dit^ les exposer k trop de douleurs; aussi les caresses emportées et passionnées sont-elles mauraises. M^ Edgeworth recommande aux mères de se lea interdire^ et les médecins les blâment pour d^utres raisons. Elles sont de plus pour Tavenir une source d^'njusttce, puisqu^on ne les prodigue qu'l la grâce , et que dans la suite on les refuse au mérite plus réel de Fenftint. Il rAulte de là pour hif un ébranlement funeste^ je ne sais quelle' scrff d'amour qui y n'étant pas apaisée dans la seconde moitié de l'enfance , se mêle parfois aux impires^ sions d'un autre âge y et peut en augmenter le danger.

Que vos caresses aient donc quelque chose d*en^ coura géant ^ de fortifiant^ si on peut le dire; met*tez-y de la gatté sans extravagance^ et surtout Itannissez-en une amollissante langueur; Plus vous leur donnerez le caractère de l'approbation^ phis tôt vous en ferez un instrument utile. * , Cet échange de senttmens doux est aussi le seul moy^a dedévelopper Fintelligence de Penfent . Tout autre langage que celui de la bienveillance Fhëbéte , et le feit tomber au-dessous de Iu2*méme. Ainsi

LIT. 11^ CtfAP. ▼. i99

<^Mt \À&ù k tort 9 selon moi , qu'on prend aonyent un accent rode et menaçant poor dëtoumer lea petits enftinâ de certarnea aotiona nuisibles s vous leur faitee suspendre l'action , J^en oonfiena, niais c'est ptree qne tous portei le trouble dans leur ame. Yoos i^mpea le cours de leurs idées. Us ne font plus que pleurer ^ et quand ils sont apaisés^ ils ont osbllé k chose dont ils s'occupaient; mais ils n'i«maginent pas que vous la leur ayes interdite , et ib FêcommmiceHMit h la première occasion. Quand ils mettent un sens à nos paroles , c'est par aymfiitbie s raccentret la physionomie leur eipliquent le sens des mots , ef de là vient une «trème in^ galité dana leur Jbdtttrf à nous comprendre. S! donc voua eoupei court à cette disposition par la violence^ ils m vous entendent pins du tout. Il eat vrai qu'à force d'associer le souvenir d'une im« pression de frayeur à l'idée d'un certain acte, ils pourraient à la longue s'en abstenir ; c'est ainsi qu'on âève les animaus et qu'on les dompte.

Mais si vous adoptée ce genre d'éducation avec l^enfiant, i) en recevra bientôt un autre. Témoin de votre colère, il en prend h coup star Texemple de voua, et les mots injurieux dont voua l'isccablea voua seront avant peu appliqués à voua-^mème. LHnslinet d'imitation eftplus fort chez les enfiins en bas âge qu# la crainte , et à moins d'un excèa de êèfétitè heureusement devenu très-rare, nous sommai pour eux ée» modèles bien pluaque des OBieta €■ ei^foi.

200 L ÉDUCATION P&OQAESSIVE.

. Le contraire précisément s'offre à nous chez les . animaus. La peur agit d'une eèpèce à l'autre^ tandis que le penchant à l'imitation ne s'exerce que dans l'enceinte d'une même espèce. Si vous maltraitez, un chien 9 et qu'il vous menace^ il ne songe qu'à se défendre et non à vous imiter. On ne voit pas, les singes exceptés, qu'aucune créature vivante hors de notre espèce répète nos actes. Toutes , dans l'enfance , prennent l'exemple de leurs père et mère, et le^ créatures humaines particulièrement.

Ne vous fâchez donc jamais ni contre l'eniBant ni en sa présence. Jusqu'à l'âge*de trois ou quatre ans , la plus vertueuse indignation ne sera que de la colère à ses yeux. Vous prendriez sa cause en main que bientôt le motif lui échapperait , et l'effet qui frappe les sens agirait seul sur son imagination mobile. Lorsqu'on pense à l'avantage immense que les gens de sang-froid ont sur les autres dans la vie , comment ne pas chercher à procurer cette supériorité aux enfans ?

Âssujéti comme il l'est par sa condition, le jeune être se sent pourtant libre intérieurement, et il a un sentiment d'indépendance : à son âge il n'est rien de servile dans l'existence , xieu dans les prières, rien dans la complaisance, rien même dans l'effet de la peur. L'enfant de dix-huit mois agit comme il lui plaît ou n'agit pas ; sa faiblesse et notre pouvoir n'entrent point eo ligne de compte. Ses sollicitations qui ne sont pas du tout

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humbles^, ne deviendraient des ordres que trop aisément. Quand il cherche à vous obliger ^ c'est parce qu'il vous aime ^ parce qu'il a du plaisir à vous contenter ; si vos menaces réussissent un mo-« ment à l'effrayer, revenu de son étourdissement, il n'en est pas plus docile, et votre emportement, en déroutant son intelligence , a augmenté sa disposition à s'irriter.

C'est ainsi que si nous savions distinguer les résultats de notre conduite, nous les verrions se multiplier avec le temps, et nous les trouverions toujours plus étendus que nous ne pensions. Les divers stimulans du* développement moral dont j'ai parlé, la sympathie, l'amour , l'instinct d'hnitatiou , l'attente des plaisirs et des peines , sont autant de fils qui ne peuvent être mus que par nous. La nature du premier âge se manifeste par l'avidité du nouveau-<né à accueillir les sensations, par le pouvoir qu'il acquiert bientôt d'employer^ de transformer, de mille manières les matériaux que nous fournissons à son esprit plus ou moins immédiatement. Nous influons sur les enfans sans le vouloir, par l'effet des soins les plus nécessaires ; la question n'est pas de savoir si nous modifierons ou non l'ame de l'enfant , mais si nous le ferons ou non avec discernement.

Laisser agir la nature, dans le sens le plus raisonnable de cette expression , c'est donner à l'équir libre des forces l'occasion de se rétablir lorsqu^ila été , rompu par mésaventure. Alors le libre choix

901 L'^ntJCâtfM MOfrBliftivE.

dt Fenfimt le porter d'oftlinalM k pHMrer VéM. qui lui est le plus salutaire; il exeree les feenltër qui sonl restées oisives^ el Isiise reposer celles qu'on a pu iuttguer y réparant ainsi nos fautes }usqu'à un certain point. Âutrt les eltefnatives entra les situations opposées sont en généml une me* sure de prud^iee dans l^éducation. Quand le calnie et Tactivite , le silence et le bruit, la solitude ci là société se succèdent par mterralles marqués y tcmt n'est pas trooble et confusion obea le nottvea»-4ié; chaque influence agissant à son tour opèps le Men qui lui ert propre^ et nous réussissons h endémèi* 1er Tefiet : delà résulte encore que le petit ^a^nt doit parfois être laissé à lui-même , et pouvoir sa déteriuinw k son gré.

Aussi ^ les mo]^ens mécaniques de sûreté ^ Uh que les bourrelets y ont*-ils du moins Tavanla^ de procurer quelque indépendance à IVnfant. Mais eu contraire, ceux qui, comme 1^ lisières, noue obligent à le suivre constamment, qui Paseujétis* sent à nos caprices ou nous aux s)«is, ceux-là^ dis*]e , joignent un mauvais effet moral aux inconvéniens physiques.

Mais quelque espoir qu^on puisse fonder 9fitr une tendance à Téquilibre dans le premier Age, Û serait bien imprudent de se reposer sur Fénergle d^sn tel principe. Pût-il assea actif pour empédier les mauvaises inclinations de se fofwer , il né fo serait jamais assez pour les détraire, une fois dé-

eisrées. Il y a au cfmtfaire dans dtôqi^ pendhant

LIT. n, cttAP. ti. f09

HOfinfr et à ae tprt^et sans cesse. Alors si le penchsitC est dangerem ^ ce qtt'ôn appelle )a natnre , off le eaurs proliable en déireloppement y est loin étêtre fiiTorable à h morafité fatnre. Tant il est Tra! qite la piemière pente da caractère mërite d'attirer notre plus sérieuse attention , et que le takfit ée bien obserrer eat un don inappréciable Cnes une nwe.

De ma fîiiU# r^Mm je fis TapiirentîsMge; Frappe do aon des mots, attentifs aux objets, Jh^Mjvélfi kanopa, je disthigiiai les trait» , J» Wa P M i» i» imn p n^ y ji oiraaMi mom |<àBau.

IaC^U ^ la seçomdç «ornée est remarquable che^ l« ^fcns par ks Fapi<les progrès qu'ils font or-^^ dinnirçia^at dam k lani^age, Tou« partienaem à f^'éoouçc^r bien qu mal | m^is on remarque entre ei» de. grandes différçnçeaj déj^ l'inégale dUtribuUoA dcA don« de la n^ture^ se &it sentir. LVt de paicler ei^igeaat le couepurs de plusieurs £»cuUés ipqfaleç et physiquea^, sHl ea est une qui reste en arrière^ celle-là met obstacle à l'avancement.

20>l l'jSducatiok p&ogrbssive.

En.efFet^ pour apprécier les sons il faut de Vo-. reilie^ pour les articuler de la souplesse dans le gosier. L'intelligence est indispensable pour comprendre les mots^ et la mémoire pour les retenir. Quand de tels dons se trouvent réunis à un degré éminent^ ce qui est rare ^ l'enfant parle assez bien à deux ans.

Mais comment cet enfant si inférieur aux animaux du mémç âge sous tant de rapports y réussi t-il à se mettre en possession du beau privilège de la parole? Quelle marche suit-il pour, y parvenir? Voilà ce que j'aurais voulu éclaircir par des observations exactes^ et je n'ai que de faibles aperçus à donner. Le sujet est loin d'être traité ici , mais je l'aurai du moins recommandé à l'attention des mères. Rien ne peut être plus intéressant que de voir l'intelligence sortir peu-à-peu du nuage qui l'enveloppait ^ proodre un léger essor chaque fois qu'elle découvre une expression nouvelle, et faire servir ses premiers succès à en obtenir toujours de plus grands. L'en&nt encore, étranger dans le||monde des choses qu'il connaît à peine , sent bientôt le besoin d'entrer dans le monde des mots qui y correspond et qui fournira bientôt des instrumens à sa pensée. Alors commence pour lui une existence plus intellectuelle, une existence où les images et les désirs tumultueux qu'elles excitent régnent toujours, mais où il s'introduit pourtant un élément plus tranquille.

Liv. II, CHAp; VI. â05

Yoicî les fiiîtéque j'ai pu recaeillir, aidée da secours de quelques mères.

II y a des mots qui se détachent, dans le jeune esprit , de la phrase dont ils font partie et y occupent une place à part. De ce nombre sont d'abord les noms ou les signes attachés aux personnes ou aux choses qui attirent l'attention des enfans. Ils en répètent volontiers la syllabe la plus marquante, ce qui a donné l'idée de former de syllabes redoublées les premiers mots^ qu'on leur apprend. Céux-^ci ne sont autre chose que les articulations dont se composait le ramage naturel de l'enfant avant qu'il commençât à parler. Ainsi à l'âge de sept ou huit mois , il prononçait continuellement les syllabes pa, ma, da\ mais sans y attacher de sens. Lorsqu'il vient à les associer par la suite à l'idée de certains objets , et à en faire ainsi un li^Dgage, c'est qu'on a pris soin de lui en donner l'exemple, mais c'est là ce qui a été le moins observé.

Il paraît «ans doute assez simple que l'enlant apprenne à nommer les objets matériels ; quand on les lui a souvent montrés en proférant certains sons , la chose réveille ensuite l'idée du mot ; et le mot celle de la chose. Mais il est plus difficile de concevoir comment il attache un signe à ce qui n'existe pas corporellement. Les actions, par exemple, toujours exprimées ou supposées par les verbes , les actions n'ont point dans la nature de type permanent; elles ne tombent pas sous les

SÛ6 h^émcATiaai npeMfôivE.

sen$ et Featet quand M iei jwwMit » «t «1 aw dit allez que dans un momeiit où Vea ^aUtut ifê^ Jk fstut qu'il aii andadaiis de l«i l'idée eii|n«M par le verbe^ et que c^e idée à la ioîi m^le et mp^ lûle, ê^applique .uiccemvaneiit à tout €eqiii «lié^ cute l'action. Or, comment a«4-ilcoeçu unenaliflot pareille qui jerabk èiz« une albslriœtîoo dii fasm le plus subtil? Il parait que ce «ont lesfCilea ^ la lui (mt donnée; les adâoi» «mt les objeis mttt-* rels de la pantomime qu'on appelle ïoÈ/^Em^ le Im- If^ge d^action^Sans y sos^r on igestioule AieaiMoep avec les en&ns^ aussi .sont-ils jgnmds m^^Mmm^ enz-mâmesu Qeand donc «m certain mot a Km* jours accompagné certains aiouvemeos^ les damr idées se Uent ensemble dans leur tête.

Il est vrai que plusieurs mots qui aont des verbes pour sipus^ n'en .sont pas toqjourii pMr eux,*ainsi kèoire^ c'est de l'eaa ou du lail^^vi^ mener 9 c'est le plein air ou la porte. Mais q^aaaii ils commencent à vouloir qu'on agisse en rnnié quence de ces mots^ l'action prend de pfais ea |plus de la consistance dans leur eiprit^, et ils fff*%nr^* par y attacher véritalbiement un Mfpui,

Il est à remarquer que lesamimaux même firrtUipreosnest les verbes^ ea tant qu'ils exprîmeat naie action. C'est pour l'ofrdiaaire de ces maits qa'im se ^ert avec les chiens et les cbeioiux quaiui aa veut s'en faire obéLr^ et alors on les empl^ na- Jurellament \ rimpâ;atif« L'ea&ot aima que les aègres ne fait 4'abmrd mafft ^pie 4e ^'înfijifttîf

CSmivm il m « foMM toMÉIie édite ém «Inipt «t qu'il ne comprend qiM Ibrt Mrd hes pranMM ^ il M «C rMnil à €0 iiiâde«

Dmt DMts qiMS l^^nfem tippi^ûd très^inrompteiMSit ; lei pâftitmtes om* «t non , août aussi des tridiiMioni degeite». Us désignent T&cte matériel dtt repoMMr Du d'ftcettmllif ^ et detieti&êftt par là 4ei verbea t ee sont t^^fft^ et ntitt^ tt^uloir tt lie Vootoir pkài Ifon est aurtout firéquemment em- ^fé par refthûtt il exprime en parole aa répugnance , Mais qnand la chose qn^on lui of&e lui «it agféabie , il se prédpitë pour là saisir àvtec une telle titticité que le mot décent inntile.

n ^ a ensuite quelques adjectifs qui s^introduisent dans sa tète : ce sont ceUx qui expriment des tënsatîons très-marquantes. Joîi est bientôt de ce nombre , tant est grand cbez lui le besoin de témoigner son admiration.

Il emploie d'abord ces divers mots aans les lier entre eux , maia on peut aiaément juger que son esprit les rassemble. Ainsi un en^t qui voyait son père et sa mère auprès du feu , dit aussi^t \ papapnwman^ chaud ^ en laissant de cÀté les mots intermédiaires* A ce degré si peu avancé de développement, les enfans énoncent à tout moment

« Itat«a ^eÉfc aaWRMi tât^asi a ^^MuMiÉMiit iié dk ffÊsémmkm^ il%td>wi«ratt4t4w4Nlt

SOS l'^ucâtion progbsssiyb •

des obiBwyations désintsëressées sans autre iliolif que le plaisir de les énoncer.

En y réfléchissant y on s'aperçoit que ces trois sortes de mots prononcés dans le premier âge avant les autres ^ les noms , les verbes et les adjectifs^ sont véritablement la matière et comme le corps du discours. Ils expriment les grands intérêts de Famé dans ce monde, celui de distinguer les objets extérieurs par les noms, celui de définir ses propres impressions par les adjecti£s, et enfin, d'énoncer ses déterminations par les verbes. Il y a là connaître, sentir et vouloir. C'est tout l'homme.

Ces mots ont donc de l'importance pour l'enfant y mais comment arrive-t-il qu'il finisse par en employer d'autres ; auxquels il semble difficile qu'il attache un sens ? Comment vient-il à comprendre les prépositions , les conjonctions, les adverbes , ces termes sans nombre qui sont comme des instrumens avec lesquels on manie, on sépare^ on enchaîne, on modifie de mille manières les grandes pièces du discours ? Quel usage fait-il de ces pour, de ces as^ec, de ces quoique y de ces comme y de ces très^ dont il n'y à peut-être pas une grande personne sur dix qui sût définir la signification ? il les emploie fort à propos aussitôt qu'il les a retenus, mais c'est là ce qui paraît incompréhensible.

Quelques observations me portent à croire qu'il ne les sépare pas de la phrase dont ils font partie. Cette phrase lui paraît un seul grand mot dont son

admirable sympathie lai &^it deviner le 9eM, un mot qu'il répète distinctement s'il a l'oreille juste et le gosier flexible , qu'il estropie ou qu'il abrège s'il en est autrement , mais toujours sans le décomposer. Et lors même qu^il vient à retrouver les mêmes termes dans des phrases différentes ^ il ne les reconnaît pas de sitôt. Ces mots sont pour lui ce que sont pour nous les syllabes que nous rencontrons partout dans le discours^ sans y attacher de sens. Il n'y a peut-être que la lecture qui nous iasse connaître la vraie coupe des mots. Aussi voiton les gens du peuple^ qui écrivent sans avoir beaucoup lu^^ lier les termes entre eux de la manière la plus bizarre^ et les unir ensemble ou les partager au hasard.

Ainsi ^ je suppose qu'on dise à l'enfont^ en lui tendant la main : Foulez^ous venir au jardin a9€C moi? il répétera ouiy oui, venir au Jardin a9ec moi, le geste et le mot jardin ayant suffi à son intelligence. Si au contraire on lui disait^ en &isant signe de le repousser : J^irai au jardin sans vQuSi il répéterait long-temps en se lamentant: pas sans vous, pas sans vous. On voit par là que tout en comprenant fort bien la phrase entière^ il n'attribue pas un sens à chaque mot.

Ce qui s'embrouille le plus dans là tête du pauvre en&nt^ ce sont les pronoms. Moi et je surtout restent long-temps pour lui dans le nuage. Comme ces motsVappliquent uniquement à celui

qui les prononce, on ne les emploie pas quand on

parle de lui I Tènfont; il les toit à chMffBié intlim changer d'objet , sens qu'il en soit jâmtrïs l'objet lui-même : de là vient qu^il n'a pas l'idiie de s'en servir. Quand il veut désigner sa propre personne^ il sd considère pour ainsi dire du ddiors ^ et pai^ de lui comme d'un autre en s'appelant par ion nom. Vanner à Albert^ mener AibèH^ voilà bte «tpreasions dont il lait usage. J'mr entendu imaifiint qu'on tutoyait se servir toujours <|a pronom lu en parlant de lui-même. L'introduction àxxfe éerait curieuse à observer^

Eki revanche, ces vestiges du langage aninMd qu'on aconservësdans nos idiomes^ ces ^ris qu'on a reçus dans le langage humain sous le notn d'^dbterjections y l'enfant les saisit et les applique .à merveille. Jamais lé ciA/ de l'étonnement désagréable D'est confondu par lui ovvo le c^ ! du plaisir ^ ni Avec le 6 sentimental de la prière* Que 4e temps s'écoulerait avtot qu'on pàt lui expliquer philosophiquement tout cela^ mais le jettne oiMKU a compris lé chant de sa mère.

Il s'est élevé une que^ion parmi qndquaa wé^ tapliysidensde la fin du siècle dernier» lU se siutt demaiidé comment il se pouvait que l'^ftftnt arp^ prit à se servir des ttonis génériques. Qu'il atCtebe un sigbe à un objet déterminé^ cela se conçoit; mais çi^mment vient^il à TappKquer à toute nm^ classe d'êtres ? Comment appelle^t-il' cbten tons leschiâEis^ quelque peu ; ressemUans qu'ils soient au premier qu'il a eailendu nonnner ainsi ? 9e

ferPM4«tt 4m idéê$ générafoi? Stit^U i|m le»

ooiM d'wpèof •'•ppliqMiil h tout U$ individui qui jp^onitd^at fi^rtainei qnttitéf » eovUag^-t^l «bitt •ip* trâdwt em qwMtéê en le» tëparant dit «ujet qui Iw porte ? Ce •eveit bien fort pour l'esprit nafosrat.

NéemiK>io» €'oH là oe qu'ont cru de profond»

peMeuTf; ttieii quand lea mataphytideuf ont daigo<f ft'oMoper deajaunea enftma^ il» leur oilt^ aaton tam» atlifiboé ploa de raiaoneemeiit et moina de divioetitm qu'ik n'en ont. Voici h cet égard ropîiiion de Lod^e telle qu'elle eat citëe avec ap^ proba tion par CondiUac . >

hIsê idée»! dit^il! que le» «liaii» »e font M dea pergomieaaTee qui il» conver8eni> »oiit »em- K bleblea aux peraonne» même» > et ne »ont que M pertieulièreiié.... Les idée» qu'il» »e font de leur d Aèniried et (fe leur mire sont fort bien tracée» e danale'ÉF eapril^ et , comme autant de fidèles tae bkmax, y représentent uniquement ce» per»onne» . a Le» pôma qu'il» leur donnent »e terminent à ce» N individu». Ainii» le» nom» de nourrice et de

a mematt d»ïA »e servent le» enfians , »e rapportent a tmiquement à ce» peraonne». Quand aprè» cela aie Umpê.et une plu» grande connai»»ance du a monde leur a foit observer qu'il y a pluaieurs a autre» être» qui^ pareertain» commun» rapport»

^ Esiai surtorigirté des Canhaisiances humainàSy s«ct. v,

« de figure et d'autres qualités ^ ressemblent à leur « père^ mère et autrespersonnes qu'ils sont accou-^ « tumés de voir^ ils forment une idée à laquelle ils « trouvent que tous ces êtres participent également^ « et ils lui donnent comme les autres le nom « ^homme. Yoilà comnientils viennent à avoir un (c nom générique et une idée générale. En quoi «ils ne forment rien de nouveau, mais séparant c( seulement de l'idée complexe de Pierre y de Jac- « ques, de Marie et d'Elisabeth ce qui était parti* « culier à chacun d'eux ^ ils ne retiennent que ce « qui leur est commun à tous, m

Je ne nie assurément pas que cette marche ne soit très4ogique ^ et je n'ai même ri^i à objecter contre le point de départ; Fenfant commence par donner un nom à un objet particulier , je l'avoue^ mais la manière dont il p&«se de là à l'idée générale ne me parait pas avoir été indiqué à Loke par l'observation. Procéder par séparation^ par retranchement^ c'est-à-dire par abstraction, me semble peu conforme à l'esprit de l'enfant. Quand il s'exprimera plus facilement, on verra par le grand nombre et la singularité de ses associations, qu'il se montre plus près d'être poète qu'analyste. L'exemple choisi par Loke est d'ailleurs un des moins propres à éclaircir la question, puisque c'est précisément dans le cas cité qu^un enfant aurait le plus de peine à généraliser %t^ idées. Les individus av.ec lesquels il vit jouent un tel rôle dans son esprit, il les voit si fort à part des autres, qu'il

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