‹ L'éducation progressive, ou, Étude de cours de la vie [microform]Chapitre 67 sur 67 · LIV. in, BÊSUMÉ · texte numérisé non relu

LIV. in, BÊSUMÉ

rige ceux qui le portent^ et sa volonté^ impuissante chez luirmême, anime. des êtres plus forts que lui. Il existe dès-lors des communications indéfinissables entre l'enfant et ses gardiens. Lorsqu'il n^a aucun moyen de s^entendre avec nous par les idées , on le voit éclairé par une intelligence de sympathie qui se crée bientôt un langage particulier. Et quand à cet instinct du cœur vient se joindre une tendresse véritable^ il s'établit entre l'en&ht et nous un échange de^ sentimens dont la vivacité et les variations rapides sont souvent une épreuve trop forte pour sa fragile constitution.

Cependant les forces de l'en font ^ qui s'accroissent, donnent à ses facultés un exercice plus salutaire^ ses mouvemens, plus sûrs et plus faciles, lui permettent d'exécuter quelques entreprises qui sont toujours des occasions de plaisir. Le penchant à l'imitation, fruit du besoin d'agir et de la sympathie, lui suggère l'idée de mille tentatives , et des situations plus variées amènent de nouveaux progrès. Dès-lors la plupart des mobiles de l'ame humaine se mettent en jeu successivement. On voit un enfant d'un an éprouver tour-à-tour des sentimens d'amour-propre, de fierté, de dépit, de honte, de rancune, spuvent, de générosité et de pitié. Etranger à toute pensée suivie, il est ému par ces désirs, ces goûts, ces prédilections, ces antipathies qui influent sur nous comme sur lui, et qui sont sou vent expliqués par notre raison sans qu'elle en soit pourtant la véritable cause.

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Maû l'objet du plus graud iotérét pour l'obser^valeur ^ c'est de voir se former lés traits qui caractérisent l'espèce humaine et lui assignent un rang à part dans la création. Malgré les preuve» de connaissance que nous donne le nouveau-né , il est inférieur à tous les animaux du même âge sous le rapport le plus essentiel, le pouvoir d^ veiller à sa propre conservation. L'éducation des organes des sens, beaucoup plus lente chez lui, nous paraît, il est vrai, plus rationnelle , c'est-àrdire que qou3 réussissons mieux à l'expliquer par l'enchaînement régulier des effets et des causes. Soit que la vie plus courte des ai^iimax ne laissât pas un espace suffisant aux longues leçons de l'expérience , soit qu'une intelligence inférieure exigeât plus de se^ cours directs, il est certain que les miraeles de l'instinct sont dès l'enfance plus nombreux et plus frappans- dans les animaux que dans l'homme* Mais à travers l'abaissement de la créature hu-* maiue à son début, il est curieux d'apercevoir les signes précurseurs de son élévation future.

Un de ces indices de supériorité, c'est l'impression vive et agréable que produisent sur l'ame de l'^n*' fant des objets entièrement étrangers à l'instinot de conservation et aux jouissance» matérielles, mobiles des ètTi^s moins richement doués» Dès l'âge de six à sept mois il se montre capable d'admiration, et l'éclat des couleurs comme l'harmonie des sons lui causent des transports de joie. Le pur sentiment du beau, source des arts, est accordé

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asi iubie .en&nt qui n'a pae i'idëe de Tutiie ^ et bientôt x>n verra naître en lui la curiosité , premier g&PXQ^dm go&t des sciences. Ces deux nobles inaUfiations ont ainsi une origine désintéressée que trop souvent nous leur permettons de dénicAtir.

A peine commence la seconde année qu'un autre privilège de J'espèce liumaine vient s'offrir à aatre examen. A l'aspect des objets qui le frappent^ l'ei^nt prononce le nom qu'il leur a entendu donner^ et ce nouvel eiercice ne parait d'abord avoir pour lui d'autre but que le plaisir. Mais ^land une fois il a découvert l'usage utile de la parole^ quand il a vu que ces mots si agréables à |iro£érer poavaieat être un moyen de se faire obéir^ toutes ses facultés sont employées à le mettre en poMessioii de ce moyen. Aussi ses progrès dans l'art de parler spnt^ils étonnans ; la rapidité néBie €n serait iaeiplicable , si l'enfant n'était pas doué^ tous ce rapport^ de dispos itions bien supérieures Il celle des adultes ^ comme l'a prouvé un faabile inédecin ^ M. Itard. L'étude de l'ordre dans lequel il commence à se servir des diverses parties du discours est faite pour jeter du jour sur la mar-* dbe de son développement intellectuel.

Haia quelque sagacité que déploie l'enfant dans le cours de cet apprentissage^ il ne faut passe faire illusion sur la nature de son esprit. On a cru ^ parée qu'il se servait du pluriel et désignait des animaax et des fruits par les noms d'espèces , qu'il

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concevait des idées abstraites ^ opinion que je n'ai pu adopter. Les noms d'espèce ainsi que les autres termes généraux ne sont pas ^ à ce qu'il me sem- . ble y cliez lui y Pexpression d'une idée abstraite déjà conçue ; ils seront l'instrument qui lui servira à la concevoir. Pour que l'enfant attachât un sens abstrait à ces termes, il faudrait que sa pensée revint en arrière , afin d'envisager dans un objet les qualités, qui permettent de le classer avec d\iutrès à-peu-près pareils 5 or, ce mouvement rétrograde est l'effet d'une opération volontaire de l'intelligence dont l'enfant de deux à troi^ ans n'a nulle habitude. S'il n'en est pas absolument incapable , il a du moins peu de motifs pour s'astreindre à cette contention <i'esprit y et la réflexion lui reste étrangère.

Sans chercher de nouveau à expliquer comment l'enfant est conduit à se servir de termes abstraits je dirai que nous sommes, constamment sujets à nous tromper en supposant que tout se passe dans l'esprit des enfans de la même manière que dans le nôtre. Nous prenons pour une suite de pensées ce qui n'est chez eux que l'anticipation d'une suite d'impressions. Leur imagination transporte dans l'avenir certaines sensations déjà connues, et ils jugent que tel objet leur procurera un plaisir plus grand ou plus prolongé que tel autre. S'ils donnent à ces prévisions une apparence raisonnée c'est que l'emploi de nos formules ne leur coûte rien ; c'est qu'avec leur étonnante facilité à nous imiter

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ils peuvent exprimer en termes généraux l'idée particulière qui les occupe.

Le petit eniknt, à ce qu'il paraît^ forme donc un jugement y résultat d'une comparaison rapidement faite ; mais il ne s'élève pas jusqu'au raisonnement ', opération d'un esprit qui confronte des jugemens antérieurs et parvient à en tirer une conclusion générale. Il lui manqué à-la-fois et les matériaux du raisonnement , c'est-à-dire des faits déjà jugés en dépôt dans sa mémoire y et des motifs assez pressaus pour employer le peu de matériaux qu'il a rassemblés. La nécessité oblige l'homme fait à se proposer des buts précis^ et dès-lors il lui faut raisonner pour les atteindre; mais comme il n'y a pas de nécessité pour un être qui ne pourvoit pas à ses propres besoins y il n'y a pas non plus de but déterminé auquel il attache de l'importance. Les desseins passagers que forme l'enfant ne sont que des occasionsd'exercer ses forces. L'essentiel est pour lui d'agir y ce n'est pas d'obtenir le résultat de son action. Des désirs d'imagination y variables et mobiles comme leur source, mettent en jeu ses facultés sans exiger de grands efforts d'attention.

Si l'imagination règne en souveraine dans le premier âge , c'est qu'il ne pouvait pas en être autrement. Pendant le temps où le nouveau-né ne parlait pas, son ame n'était pas oisive : il était animé de différentes émotions. Que se passait-il donc dans son esprit ? sans d(7u te des scènes variées; les

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oljjets qui l'avaient feappë se pei^^iHÉralt éM» ma cerveau d'après nature pour aiimdiye^ « M i »< Wé M I signe de eonventiofli^ et le tableM dû pAUsé^ M se renouvelant pouv luir^ «citait s^ wisiiiafêâ^ Mi #éê espérances. Lors même que TenfiBmt a&mt&t^m à parler ^ ce spectacle intérieur n'a rteit perd# exf^ core de sa vivacité. PetH-étf e à t<yttt dgie ^ ééiHl«nue-t-il obscurémdsit dans i»>ûfê seitf. Ëf defôpees retours d'images et de souvenirs qui vienn^eif j^ttpfois nous assaillir au milieu de notre vie ]^s^ t^ fléchie^ d'une vie dans laquelle les pensées revétoés de mots ôtent quelque chose à l'écbit des ooideuffs des représentations intérieures; Gfaiez l'es^btit^ des mots isolés y peu nombreux ^ long-^emps é^anf^ gers à ses intérêts ^ ne recouvrent point ks imagés et n'en tempèrent pas l'effet. De nouveaus déve^ loppemens ajouteront encore long'-^tempâà la fcM^oe de ses impressions ^ avant qtie l^afeilude^ de^ si servir du langage ait pénétré au^^dedhs^dé luiy él que son intelligence en travaillam^stlr leasigfitea^^ ait un exercice plus calme et j^uê régdlktt^.

Si le dessein du Créateur àJ'égariiËcferhoiiMi^tf été que l'ame immortelle {nât de» eeUe vie HH grand élan y le moyen de lui faire parcourkr P^ chelle de développement la plus étendue^ était de la placer au degré le plus bas au commencement* De là son état de dénument etde misère dîBina-lfen<^ fance. Mais pour que le mouvement de l'ame fut volontaire ^ il devait y avoir dani^soil essence' in ti-' me des mobiles d'activité^ 'et c'est là ce que la Pro«

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Tidence^'eat attachée 2i former chez le nonveatit'né. De même qn'elle en a préparé poui; le cœur dan^ la sympathie , elle en a suscité pour l'esprit dans des goûts d'imagination qui deviennent bientôt très-vife. N'ayant pas pourvu Pendant de connaissances innées ^ il fallait lui donner des motife pour en acquérir. Le besoin qui stimule si puissamment les facultés de l'homme feit , ne pouvait pas rem*^ plir ce rôle auprès du nouveau-né auquel l'utile est fourni sans qu'il s'en occupe ; il devait donc avoir d'inutiles désirs , et l'imagination dont il est doué en est la source féconde. Le mouvement moral et physique était nécessaire au développement de l'enfant, et il a aimé l'activité avant que le sentiment de la nécessité donnât à ses actions un but raisonnable. A Fége ou il mettra du prix au résultat de ses efforts , il sera capable de réfléchir.

Notre esprit préoccupé de ce qui manque à l'enfant méconnaît , ce me semble y à son égard Ta fibéralité de la nature. Nous ne remarquons pas que Tordre de développement , nécessité par son ignorance , est l'ordre le plus avantageux pour sa moralité comme pour les progrès de sa raison. Capable de sentir de tendres affections qui sont déjà pour lui un commencement de conscience , il est soumis par là à l'influence de l'éducation y et bientôt il devient accessible à l'amour de Dieu, source de perfectionnement des années futures. Avide de sensations variées, il prend intérêt à mille objets qui , en excitant des sentimens divers,

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tiennent en activité son esprit mobile. Le plaisir qu'il prend à nous imiter, joint à Fadmiratioa dont il est de plus en plus, susceptible, ne tarde pas à éveiller chez lui le goût des arts dans sa simplicité native. Les récits, la musique , les images coloriées , les figures en relief enchantent Ten&nt, et bientôt il est artiste lui-même. Copiste et inventeur tour-à-tour , on lui voit tenter de réaliser dans ses créations et ce qu'il apprend et ce qu'il imagine. Mille fictions burlesques ou gracieuses remplissent sa vie; des jardins, des édifices, sortent de ses faibles mains , et ses jeux sont ceux d'un jeune génie.

C'est' ainsi que s'annoncent dans la tendre enfance nos attributs les plus éclatans. De grandes, d'audacieuses facultés , humbles et timides à leur naissance^ préludent par des essais frivoles qui nous font sourire de pitié. Et pourtant elle est bienfaisante la dispensation qui rend leur développement infaillible. Il est heureux pour nous que l'imagination soit indispensable au premier âge. Car, tandis que la marche de la civilisation assure les progrès des sciences exactes , et favorise sans cesse l'exercice du pouvoir d'analyse et de raisonnement , le beau luxe des dons en apparence plus inutiles se perdrait peut-être pour l'humanité s'il n'eût pas été mis en sûreté dans les dispositions de l'enfance. Ainsi éclate toujours la fécondité delà nature ; ainsi la jeunesse passagère de l'individu garantit la jeunesse éternelle de l'espèce^

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Ainsi 86 condervent intactes les richesses de l'esprît humain ; ainsi les talens sont impérissables , et Ton pourrait encore entendre au sein de notre vieux monde^ retentir les accens inspirés des temps primitif.

Mais s'il a été pourvu à la variété des esprits , et à une originalité toujours renaissante dans la race humaine , par la puissance de l'imagination chez les enJËanl , il a été préparé une source d'harmonie générale dans la sympathie qui existe en eux. Lorsque leurs sentimens s'accordent trop mal avec ceux de la société dont ils commencent à faire partie , on voit languir en eux des dispositions qui ne sont presque jamais partagées. Sans perdre alors les traits saillans de son empreinte originelle , peu-àpeu l'enfant devient à d'autres égards l'homme de son pays et de son siècle.

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