‹ L'éducation progressive, ou, Étude de cours de la vie [microform]Chapitre 66 sur 67 · LIV. III^ RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

LIV. III^ RÉSUMÉ

dres à donner au commencement. En revanche, les organes, tels que ceux des sensations, qui ne sont -que de simples informateurs pour l'ame, remplissent leur offîce presque dès la naissance ; ainsi l'oreille et l'œil lui font toujours des rapports, peu compris d^abord, il est vrai, mais parfaitement fidèles. Les progrès des jBacultés morales et physiques semblent donc avoir été coordonnes pour qu'à inesure que l'ame est en état de commander), elle trouve dans le corps un serviteur adroit et docile.

Une fois que Tenfant est parvenu à mettre d'accord le témoignage de ses sens divers , ses notions prennent de la fixité , le monde extérieur lui apparaît sous des formes toujours plus distinctes, il se croit entouré d'objet réels , et commence à se réveiller d'un état de rêve où tout était pour lui confus et vacillant.

L'ame cependant , essence spirituelle , n'est pas uniquement appelée à entrer en relation avec le monde matériel, et ses plus nobles facultés demandent un autre exercice. Il est donc un autre ordre de phénomènes qui ne tarde pas à se manifester chez le nouveau-né , et à se séparer nettement de l'ordre des idées sensibles. On peut même s'étonner du peu de connaissances qu^il faut à l!enfant pour que son sens moral se développe. Avant qu'il se soit encore servi de ses mains, et qu'en saisissant les choses qu'il voit il se soit convaincu de la réalité de leur existence , un objet est

sorti pour lui du nuage qui enveloppait Tunivers^ et a donné l'éveil aux sentimens tendres* Cet objet, c'est une physionomie expressive^ un visage qui sourit à l'enfant. A cette nouvelle apparition^ son ame s'est élancée vers une autre ame; il a reconnu son semblable quand il ne discernait rien encore. Ainsi s'annonce la sympathie^ instinct étonnant, divination merveilleuse^ qui ^ dès le commencement^ indépendante de l'expérience^ initie l'âge le plus tendre à ces mystères du cœur qu'aucun âge n'approfondit.

Le sentiment d'attente que produit chez l'enfant la succession généralement régulière de ses sen** sations, prouve qu'il croit confusément à la con*^ stance des lois qui régissent la nature. Un premier événement lui en annonce un second^ et quoique son imagination seule soit en jeu, il y a dans ses prévisions la source de la raison future. Bientôt le nouveau-né s'aperçoit qu'il exerce un pouvoir sul^'*Iui-même, qu'il prolonge, par exemple, ou suspend à son gré des cris qui d^abord avaient été involontaires ; et quand il voit qu'eu agitant ses petits membres il communique un mouvement à d'autres objets, il se sent lui-même une cause, et la grand idée de cause se développe insensiblement dans son esprit. Conçue d'abord dans l'ordre physique, cette idée ne tarde pas à^se transporter dans l'ordre moral. Aussitôt que l'enfiint a connu qu'il pouvait agir sur ses semblables^ il se sert d'eux comme d'instrumens ; il pousse ^ il di*-

Page 1