LIV. IV, CUAP. V
siquede rester étrangères aux idéesmorales. Maisrenfantn'a point son esprit formé; l'instruire, selon l'étymologie du mot, c'est le construire en dedans^ c'est le faire devenir un homme, un être composé de sentiment et de raison. Les études qui ne peuvent réveiller en lui aucun autre sentimentque l'amour de Dieu doivent exciter cet amour pour répondre aux besoins de râmc.
D'ailleurs, la raison elle-même qu'on veut développer refuse à tous les âges de se renfermer dans l'enceinte où Ton prétend la retenir captive. Universelle dans son action, elle franchit les limites assignées à nos sciences, et, en poursuivant la vérité à travers le monde matériel, elle atteint le seuil des vérités divines. L'origine du moindre des êtres la fait arriver à l'Être éternel, l'explication du plu& petit fait la conduit à la cause des causes.
Si telle est la marche de la raison dans une âme saine, un instituteur éclairé ne craindra pas de lui conserver de justes droits ; mais il s'opposera à la formation des habitudes exclusives qui enchaîneraient la raison môme tout en paraissant tendre à la faire régner. Pénétré du sentiment de la haute vocation humaine, il croira que tous nos dons sont nécessaires pour la remplir, et il mettra d'autant plus de prix à la connaissance de la nature, qu'il lui semble y découvrir la forme «ensible ou le symbole des grands attributs de son auteur.
Mais cette uni té de dessein que doit offrir toute œuvre parfaite, et celle de l'éducation, en particulier, n'est point un objet essentiel pour les esprits tournés vers la terre.. Point occupés du ciel et peu de l'âme, ils voient chaque étude isolément. Portés à n'admettre de vérités que celles dont leurs sens témoignent, ils aiment à s'occuper de faits matériels, et leur goût pour les sciences physiques vient surtout de ce qu'elles satisfont en eux ce penchant. Sous de tels maîtres, les élèves qui seraient constamment renvoyés à l'observation matérielle se trouveraient assujettis à une sorte de méca-
3 ou LEDUCiTION PROGRESSIVE.
nisme jusque dans Tcxercice de leur raison, cl si cette raison même les obligeait à reconnaître un créateur dans la création, ridée en resterait pour eux inanimée et stérile. Étrangers à la grandeur des sciences mêmes qu'ils cultiveraient, jamais ils n'éprouveraient les douces impressions que la belle ordonnance du monde terrestre peut faire naîlre dans un cœur sensible. Leur avancement trop partiel ajouterait sans cesse à leur disproportion morale. A la préoccupation de Tordre matériel dans leurs études succéderait bientôt celle des intérêts matériels dans la réalité. Et, à moins que de grandes qualités naturelles ne vinssent balancer chez eux Tinfluence de réducation, leur conduite dans la vie réelle pourrait un jour servir à montrcT que les gj^andes connaissances du savant et la sagacité de l'analyste ne sont pas iitconciliables avec une manière de penser étroite et vulgaire.