‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 123 sur 144 · LIV. IV, CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIV. IV, CHAP. VI

réfléchit les images. La vérité une fois trouvée, les sentiments peuvent ensuite s'y rattacher, mais Tesprit d'examen ne tend pas à les faire naître. Les merveilles de la création nous étonnent parfois sans nous attendrir, quand nous les étudions indépendamment de nous-mêmes. Il faut qu'un retour secret sur notre faiblesse, sur le besoin constant que nous avons de secours, nous fasse sentir le prix des objets qui nous entourent.

La nature, subvenant aux besoins de Thomme, inondant notre cœur de délices par Tadmiration de sa beauté^ voilà les sujets éternels de notre reconnaissance. Alors, les deux régions qui s'ouvrent pour l'éducation, Tétude des arts nécessaires où règne l'idée de llutilité, et celle des arts libéraux oti le culte de la beauté domine, oflrent a l'instituteur de nouvelles occasions d'exciter d'heureux développements dans l'âme de Télève.

La notion de l'utilité, pour être facilement conçue, n'en est pas moins une de celles que l'éducation doit former.

L'insouciante enfance connaît peu le besoin; le dur joug de la nécessité ne lui semble pas peser sur elle. Elle conçoit de vifs, d'impétueux désirs; sa douleur, quand on tarde à les. satisfaire, est violente, mais sans mélange d'idées d'avenir. Les maux qui résulteraient pour elle de la privation des choses les plus nécessaires lui sont inconnus, et, comme l'espérance et non la crainte la conduit, ses plus rudes chagrins ne sont au fond que des mécomptes. Le petit enfant et l'oiseau ignorent qu'ils mourront s'ils ne mangent pas, mais ils voient un fruit qui les tente, et ils mangent.

Il est donc essentiel d'ouvrir les yeux de l'enfant sur les tristes suites de l'indigence; il doit être mis au fait des conditions auxquelles l'existence est soumise.. En apprenant comment on pourvoit aux besoins urgents de notre nature, il adore fa bonté de Dieu qui a fourni les moyens de les satisfaire, il prend de l'affection pour ceux de ses semblables qui mettent ces moyens en œuvre, et son cœur ne reste pas

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oisif, tandis qu'il exerce son esprit. C'est là l'objet d'un intérêt qui s accroîtra toujours avec l'âge, puisque, à mesure que son intelligence acquerra des forces, l'élève appréciera mieux les effets du mouvement industriel si remarquable dans notre siècle.

Quel plus grand sujet de méditations pour le philosophe même, que cette loi de progression qui semble de toutes parts attachée à l'humanité, et qui étend même son pouvoir sur ce qu'il y a en nous de plus arrêté, notre nature physique! Des besoins matériels en très-petit nombre, des besoins auxquels les hommes ont pourvu dans les états de civilisation les moins avancés, sans dépasser les limites d'une étroite localité, et souvent sans se donner beaucoup de peine, ces besoins ont pris un tel développement, que les productions de tous les climats sont à présent indispensables pour les satisfaire, que les sciences les plus relevées, que les forces, les travaux, la vie entière d'une masse immense d'êtres humains, sont employés pour subvenir aux besoins physiques d'autres êtres qui ne s'imaginent pas avoir rien de plus que ce qu'il leur faut. Ceux mêmes qui travaillent éprouvent et satisfont des désirs dont ils n'auraient pas eu l'idée il y a quelques siècles : ce qui était un luxe pour une génération devient nécessaire pour la suivante. Nous ne nous contentons plus de ce qui était bon pour nos peines, et il est impossible de prévoir où cette progression s'arrêtera. La nature a toujours en réserve de nouveaux trésors pour récompenser les nouvelles recherches des hommes, et sa libéralité paraît sans bornes comme leurs désirs.

Ce mouvement semble plus fort que nous, plus fort que notre pouvoirsur l'enfance même. Les constructions, les inventions mécaniques, frappent aujourd'hui tellement l'imagination et les regards, la gloire qu'on y attache est si grande, le goût pour les jouissances qu'elles procurent si universel, qu'on espérerait en vain les faire regarder à l'élève comme un luxe frivole. L'éducation Spartiate n'est plus de saison, et serait actuelle-

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