LIV. IV, CHIP. M
ment plus factice que toute autre; celle qu'on prendrait aux champs le serait encore. Pour qu'on pût se rapprocher de la simplicité rustique, il faudrait qu'elle existât quelque part dans sa pureté, et alors on serait privé des ressources intellectuelles. Dans un ordre de choses aussi général, il vaut mieux voir l'expression d'une volonté de la Providence : une éducation bienveillante apprend à tirer p^ti des dispositions de chaque moment, et cherche à faire envisager les choses et les hommes aussi favorablement que la morale le permet.
Le nouvel élan de la société prête sans doute à l'admiration, sous bien des rapports. Quand on songe que les arts de luxe contribuent à la prospérité des arts nécessaires, puisque, là où les travaux se multiplient, Tagriculture fleurit aussi, et que lesouvriers, devenus bientôt consommateurs eux-mêmes, mettent d'autres professions en activité ; quand on voit les richesses d'un pays s'augmenter sans cesse, et le superflu, en refluant vers l'État, armer les flottes, soudoyer les troupes qui veillent à la garde des citoyens et font à la fois la force et la gloire nationales; quand on considère, dis-je, de tels résultats, comment ne pas reconnaître un bienfait dans le développement prodigieux de l'industrie? comment ne pas convenir que les nations civilisées lui doivent non-seulement leur splendeur, mais leur sûreté? que, grâce à la supériorité qu'il leur donne, elles n*ont plus à redouter ni l'invasion des peuples barbares, ni l'obscurcissement des lumières qui s'ensuivrait? et que, sous le rapport du moins de la force extérieure et de la science, l'opinion du perfectionnement progressif des sociétés humaines semble avoir définitivement gagné son procès ?
Ces considérations sont puissantes et décisives. Nul doute que tous les efforts des êtres sensés ne doivent se réunir pour conserver, pour perfectionner encore l'édiflce immense des arts mécaniques dans lesquels la pensée de l'inventeur a pour ainsi dire revêtu un corps, et semble avoir reçu la fixité
sto l'éddcition pbogressive.
de la matière en échange du mouvement qu'elle lui a communiqué.
L'étude des découvertes et des procédés industriels peut avoir, dans l'éducation, diverses tendances morales. Comme celle des sciences mômes, dont les arts mécaniques ne sont qu'une application, elle peut favoriser l'amour du vrai, en y ajoutant celui d^ l'utile. La charité aussi se réveille dans le cœur. A l'aspect de cette foule immense d'êtres laborieux, qui tous font à la sueur de leur front la conquête du pouvoir ^ de vivre, on est ému d'une profonde compassion , on éprouve un intérêt puissant pour ces pauvres frères, enfants d'un même Dieu ; la sollicitude dont ils sont l'objet s'étend jusque sur leur âme, et on sent bientôt qu'en améliorant leurs dispositions intérieures, on adoucirait aussi leur sort ici- bas.
Mais c'est précisément une telle direction qui manque au mouvement de ce siècle. Je cherche en vain l'esprit religieux chez les ardents promoteurs de l'industrie; leur silence absolu sur les moyens d'inspirer des sentiments de piété montre assez quelle est à cet égard leur indifférence. Ils n'oublient que ce seul objet d'éducation du pauvre; mais cet objet, c'est l'essentiel.
Leurs intentions, je me hâte d'en convenir, sont pures et généreuses; ils ont une grande pitié des maux de la classe ouvrière; et qui ne l'a pas? Une ferme persuasion que, pour la secourir efficacement et lui inspirer le goût de l'ordre, il faut l'éclairer ; qui ne le croit pas? Mais ce bien qu'ils veulent opérer s'accomplirait mieux s'ils se proposaient d'en produire un plus grand encore. Leur idée de développement n'embrasse pas l'homme entier, car l'homme entier n'est pas né de la terre. Dans tous les sens du mol élever^ il n'y a que la religion qui élève^ il n'y a qu'elle qui fasse passer de l'ordre physique à l'ordre moral, et à des degrés toujours supérieurs de cet ordre.
Mais s'il était vrai, comme on le prétend, que l'ordre moral ne fût autre chose que le moyen de jouir en sûreté des