‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 126 sur 144 · LIV. ÏT, CBAP. YI · texte numérisé non relu

LIV. ÏT, CBAP. YI

todteB choses, où l'esprit peut recueillir un aliment qui le récrée et le fortifie depuis la tendre enfance jusqu'à la caducité. Mais, pour que cet aliment soit toujours agréable, il faut s'appliquer à donner de la vie au récit des faits. Je demande donc une narration simple, animée, propre à faire respirer Fosprit des siècles divers, cet esprit qu'il faut en quelque sorte adopter soi-même pour que tout jugement historique ne soit pas faux, partial, souvent injuste.

On se presse trop, selon moi, d'inculquer des opinions au moyen de l'histoire, et l'on empêche la raison de s'exercer en lui dictant bien ou mal son rôle. Sans doute il ressortira un jour des idées, des doctrines mêmes, de l'ensemble des faits ; les événements considérés en grand révéleront leur morale et leur religion cachée ; mais laissons le temps accomplir son œ ivre chez l'élève. Fions-nous au pouvoir d'une éducation pieuse, fions-nous à l'élan des sentiments vertueux dont un instituteur chrétien ne saurait contenir l'expression, et ne refroidissons pas le goût pour uùe étude utilp et charmante en en faisant une prédication de morale ou l'enseignement prématuré d'un système philosophique. Les faits intéressants une fois connus, l'idée qui les rallie en faisceau devient agréable ; mais, présentés comme preuve d'une doctrine abstraite, ils perdent leur charme le plus attachant. Faire pressentir, faire goûter les hautes vérités, sans les enseigner dogmatiquement, est précisément ce qij|pn espère de l'histoire pour la jeunesse. Et ce même effet, si puissamment produit par l'élude des livres sacrés, se retrouve plus indécis et plus confus, mais réel encore, dans les annales entières ^u genre humain.

Ne peut-on pas, dira-t-on, hâter et assurer cet effet? et nous qui avons regardé les sciences naturelles comme propres à développer de bons sentiments chez les enfants, ne tirerons-nous aucun parti de cette étude de l'histoire, bien mieux faite pour influer sur la moralité? N'a-t-elle point non plus de tendance dangereuse? et n'y a t-il rien à éviter ?

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A cela je répondrai qu'une narration animée excitera facilement de nobles mouvements dans les jeunes âmes. Un appel au patriotisme, au courage, au dévouement, y sera toujours entendu ; mais prononcer ou demander des jugementssur le mérite moral des actions ou descaractères, c'est méconnaître, selon moi, la portée de Tâge, Dans les études naturelles les faits matériels s'expliquent par des faits du même genre, et leur long enchaînement n'est jamais troublé par l'idée de la cause première et immatérielle. Dans l'étude de l'histoire, au contraire, on arrive d'abord à l'ordre moral. Les passions, les opinions, les intérêts, expliquent les actes, et l'état de la conscience décide de leur moralité ; comment l'enfant prononcerait-il sur de tels objets? Peut- il même faire intervenir la cause première avec sûreté, et ne risquerait-il pas d'imputer à Dieu les fautes des hommes ?

C'est pour conserver le bon sens intact, que je veux qu'on le laisse tranquille. C'est pour ne pas fausser la faculté qui juge, que ^e demande plutôt qu'on s'adresse à la faculté qui peint à l'esprit. L'imagination peut donner, par éclairs, aux enfants, de beaux aperçus, tandis que leur jugement accoutumé à s'exercer dans la vie commune y rapporte tout, rapetisse tout, et profane souvent pour longtemps la majesté de l'histoire.

Éclairons néanmoins les enfants sur la marche que nous comptons sujvre. Disons-leur que nous croyons parler à des êtres religieux, et que, sid( s sentimentsde piété ne régnaient pas dans leur âme, les annales du passé pourraient les conduire à rendre hommage à la force, à l'habileté, à la victoire enfin, plus qu'à la vertu. Nous ne voulons pas décolorer y mesure l'histoire à leurs yeux, refroidir des émotions souvent généreuses; mais nous les avertissons que les lois de la justice éternelle ne sanctionnent pas toujours l'admiration que leur font éprouver des actes d'un dévouement en apparence héroïque.

C'est ainsi que la morale, prise de plus haut, nousappâ-

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