LIV. I, CHAP. II
unit ses sentiments à son devoir ; nous Tapprouverons toujours aussi, mais une sympathie plus vive nous rapprochera de lui, et, par un singulier contraste, nous le sentirons plus notre semblable, plus notre frère, et pourtant plus supérieur à nous. Un mot, un regard, auront suffi pour établir entre M et novis une communication rapide^ électrique; nous le connaissons avant qu'il agisse ; nous savons qu'au premier signal de l'occasion, il volera au secours de l'humanité souffleté ; on le trouvera au jour du malheur.
D'où viennent donc des impressions si différentes? Y a-t-il une cause réelle aux sentiments presque opposés qu'excitent chez moi ces deux êtres ? Oui, il y en a une ; je crois l'un capable de dévouement, et je doute fort que l'autre le soit, ^ns faculté de dévouement, il n'est point de beauté morale. TRîen de noble et de grand ne peut exister ici-bas sans le sentiment puissant qui enlève l'homme à lui-même, qui le transporte tout entier dans un objet digne de son amour, et qui, le rendant supérieur aux timides instincts de la nature, semble reculer pour lui les bornes imposées à rhumanitc. Quand ce principe vivant, expansif, de la beauté morale, vient à manquer, il n'y a plus dans l'homme qu'un froid mérite, une régularité roide et compassée, résultat de pénibles efforts pour accomplir une œuvre qui nous touche peu. Il nous rappelle le cube ou la boule bien polie, et notre indifférence pour ces formes symétriques nous dit assez que ce n'est pas là pour unexréature humaine la perfection.
Néanmoins, quand le respect pour Tordre et la règle est porté au point de donner à celui qui l'éprouve la force de tout sacrifier à son devoir, on peut se demander si l'on ne trouverait pas dans son dévouement le principe de la beauté morale, et s'il n'atteindrait pas la plus haute perfection ? Sans doute il offrirait un spectacle digne d'être admiré ; il réaliserait le stoïcisme, sublime conception des temps anciens, qui n'a jamais été entièrement étrangère aux âmes grandes et fortes ; mais c'est sur des sentiments universels que doit
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se fonder TéducatioD, non sur un xtre enthousiasme. La vertu, la perfection, dont un tel système suppose le culte, sont les plus grandes des idées humaines, mais des idées abstraites néanmoins. Les plus excellentes qualités doivent s'offrir à nous dans un objet réel pour prendre de la consistance et de la vie, et si cet objet n'est pas Dieu, il sera le moi. Il y a donc là une source constante de déception. C'est, comme dit Fénelon, sot vertueux, soi parfait, qu'on encense quand on croit n'honorer que la vertu, en sorte que le culte jugé le plus pur dégénère insensiblement en hommage à sofn propre mérite.
L'égoïsme et l'orgueil sont presque^évitables chez l'être qui n'a pas consacré sa vie à un objet supérieur à lui. Mais quel est l'objet digne de devenir la fin de Thomme ? Quel est celui qui peut satisfaire des vœux toujours illimités ? Il n'en est qu'un. La perfection n'est qu'en Dieu, ou plutôt elle est Dieu lui-même, Dieu considéré dans ses attributs moraux. Il a été donné à des yeux mortels d'en contempler l'image sublime. La majesté divine a paru dans le Sauveur du monde, voilée sous les traits les plus doux de l'humanité. Et quand à l'éclat des dons célestes s'est joint le touchant caractère du dévouement, non-seulement nous avons admiré un si parfait modèle, mais nous l'avons aimé, mais une reconnaissance infinie a rempli notre cœur du désir de l'imiter. Telle est la puissance du christianisme. Une nouvelle affection communique à rhomme un nouveau zèle qui l'élève au-dessus de lui, et l'individu^ comme la société entière, peuvent dès lors marcher vers la perfection.