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différences de situation entre les hommes; non-seulement la nécessité l'y force, mais elle le doit, puisqu'il y a dans la société une perfection relative à cbaque ctat. S'il -est une harmonie à établir dans le sein même de Tindividu, il eu est une de cet individu avec sa destination ici-bas. Un heureux accord des sentiments, des opinions, des goûts, avec les occupations habituelles, facilite l'observation des devoirs et la jouissance des plaisirs attachés à chaque situation. Il ne convient donc pas que les facultés soient stimulées au delà du point où elles trouvent dans la vie réelle un exercice naturel et régulier. De là nait une échelle de développement assortie aux diverses conditions de la vie ; mais dans les conditious les plus humbles, toujours l'éducation a une tâche à remplir, toujours elle doit donner une cerlaiae culture à l'intelligence. Il y a un premier degré d'instruction qui est de droit naturel pour chaque être, et dont il n'est pas permis de priver un enfant.
Pour un chrétien, ne pas savoir lire cette loi divine qu'il croit ne pouvoir violer sans mettre en danger son salut; pour un homme sujet à être traduit devant les tribunaux, ne pas savoir lire ces lois humaines qui peuvent le condamner à mort; pour celui qui prend et reçoit des engagements, être hprs d'état de leur donner de la fixité par l'écriture; pour celui qui subsiste de son sal|iH^e, ne pas être capable de calculer ce qu'il a droit de réclamer, c'est ignorer les conditions auxquelles l'existence est attachée, c'est parfois êlre privé des moyens de les remplir. Ces diverses incapacités jettent de l'incertitude sur la conduite dans tous ses rapports ; elles bannissent la sécurité ; elles réduisent un malheureux à vivre au sein de la nuit, et d'une nuit souvent peuplée de fantômes ; et, en le privant des données nécessaires pour exercer sa raison, sa justice, ses bons sentiments, elles annulent souvent l'effet des plus beaux dons delà nature. Enfin l'état d'ignorance absolue qu'on pouvait croire accompagnée d'innocence et de bonheur, au sein d'une civilisation peu avan-
cée, deviendra chaque jour plus triste et plus dangereux dans nos sociétés européennes.
L'idée d'une situation si déplorable, partage commun d'une multitude d'hommes qui ne possèdent rien en propre, et qui par conséquent ne sont guère intéressés à Tordre public, cette idée, dis-je, est un appel constant à la charité du chrétien, à la sollicitude du philosophe. L'éducation de la classe indigente est aussi nécessaire aux autresclasses qu'à celle-là même, puisque l'éducation est le seul moyen certain d'influer sur la moralité, et de contenir par le frein du devoir ceux auxquels il n'est pas toujours aisé d'en imposer d'autres. Et qu'on ne croie pas qu'un faible aperçu de religion, tel qu'on le donne à des ignorants, puisse suffire. L'incohérence, la confusion d'idées, qui poursuivent des malheureux dont on n'a pas exercé la raison, envahissant chez eux la région religieuse, et y font régner souvent la superstition. C'est là ce que ne montre que trop l'état des classes pauvres dans certains pays. Et, pour répondre par un seul fait aux détracleurs des établissements d'instruction pour le peuple, je dirai qu'en Angleterre et en Ecosse les registres publics ont prouvé que le nombre et la gravité des délits ont diminué dans i exacte proportion de la multiplication des écoles.
Les gouvernements intéressés de tant de manières au maiatien de l'ordre et de la prospérité dans les États, devraient être touchés de ces considérations, à ce qu'il semble ; mais, en attendant qu'ils le soiegl, les efforts de la charité ne sauraient être paralysés, et l'activité individuelle peut, dans sa sphère, produire un grand bien. Dans les hautes positions sociales, il est une magistrature naturelle que les hommes éclairés peuvent exercer. Déjà notre siècle paraît le sentir ; déjà le devoir de donner un premier degré d'instruction aux indigents paraît s'inscrire en grands caractères dans les consciences. Cela môme est un beau motif d'encouragement pour l'éducation. Avant que son influence ait encore pénétré la masse, elle peut, dans les classes élevées, former des sujets
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capables de seconder ce grand mouvemeni dcTespri public, résultat du christianisme et d'une civilisation avancée *.
Dans les rangs supérieurs de la société, l'œuvre de Téducalion devient ainsi d'une grandeur imposante. Là, des devoirs, toujours sacrés pour l'individu, prennent une importance proportionnée à l'influence qu il p^'ut exercer. Là, quand aucun défaut dans le caractère ou dans Tespril ne s'y oppose, l'entier accomplissement de la volonté divine exige le libre essor des plus hautes facultés de l'âme. Il n'est pas seulement ordonné à l'homme de faire le bien, mais de faire tout le bien possible. Comment y réussira-t-il sans déployer toutes ses ressources, sans mettre en œuvre cette intelligence, cet esprit inventif, cette facilité à s'enrichir d'idées nouvelles, dont l'a doué s^n qféateur ? Les talents ne doi* vent pas être enfouis, la lumière ne doit pas être placée sous le boisseau : ce sont les termes de la loi divine K
En effet, quelque espèce de bien qu'on veuille opérer, il faut des lumières. Il en faut pour combattre dans ce monde le principe toujours renaissant du malheur, l'immoralité, et il en faut pour soulager tous les genres de misères ; des
i NuU%(>^t celte vérité, celle que la misère et le vice proviennent le plus sou* veut dt't^gnorance, n'a été démontrée avec autant de force que dans les écrits du docteur Chalmers,le plus grand génie religieux de notre culte, et l'homme le plus universellement éclairé. Le zèle du chrétien, joint à la scieuce de réconomiste, l'ont conduit à la vraie théorie de Part si peu connu de soulager Tindigence, et il a vu qu'on n'y pouvait réussir qu'en relevant la moralité. Eunemi de tout brusque changement, il a trouvé et mis eu pratique le moyen de délivrer son pays du fléau de la taxe des pauvres, secours qui ne produit qu'ingratitude et redoublement de misère chez ceux auxquels il est accordé. Persuadé que les aumônes publiques sont rarement exemptes d'inconvénients, il regarde l'éducation des indigents conrme l'œuvre de bienfaisance le plus sûrement utile. Lne traduction de l'ouvrage périodique du docteur Chalmers [Christian and eivic economy of great towns), d'où Ton élaguerait les détails relatifs aux localités, serait bien instructive pour le continçnt.
S Les passages de l'Écriture qu'on voudrait opposer à cette leçon si claire, oui été souvent mal compris; ils regardeot la religion même, le culte intérieur; ris enseignent une grande vérité, c'est que Dieu ne doit pas être cherché au moyen des efforts ou des subtilités de l'eFprit, et qu'ainsi la voie pour arriver à lui est ouverte à louttsses créatuies.
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hommes danslaiûême posilion, et animés du même zèle, contribueront au bonheur de leurs semblables dans la proportion exacte de laHr capacité. Nous avons besoin d'une certaine étendue d'esprit pour influer, et pour que notre influence soit judicieuse.
Qu'il en soit ainsi au sommet de l'ordre social, chez ceux qui font mouvoir les deux grj^nds leviers de la civilisation, la législation et l'inslruciion publique, c'est ce dont personne ne doutera ; mais il en est de même encore dans la plupart des conditions privées. Un chef d'atelier ou de comptoir, un grand propriétaire, un père de famille, ont encore besoin d'une raison éclairée peur aider, consoler, instruire leurs subordonnés. Toute connaissance, tout talent étend la sphère dM^^^'^ pouvoir, nous donne moyen d'agir sur un plus giHd nombre d'esprits, et, par ceux-ci, sur d'autres encore; en sorte quaig mouvement d'une âme bienfaisante se propage et se (^ttJmunique avec les lumières et l'instruction.
Rien d*inn<k5;ent ne doit rester étranger à l'être que l'édueatmn aspire à former. Il partage tous les intérêts auxquels la destinée de ses sen)B!ables s'est associée. Les arts de la main et de l'esprit, l'industrie, l'agriculture, le commerce, tout ce mouvement si vif, cet exercice si varié de l'activité humaine, lui semblent le résultat nécessaire du développement de nos facultés. La société avec lés difi'érentes deslinationsdes hommes lui représente l'âme et ses attributs divers ; elle en est le relief pour ainsi dire ; et dans celte image amplifiée de lui-même, le chrétien reconnaît aussi celle de Dieu. Là encore, il cherche à la dégager de l'alliage impur qui l'altère, et à la rétablir dans sa primitive beauté. La tâche de perfectionnement qu'il s'est imposée ne lui paraît pas se borner à lui. Il la poursuit au dehors, mais avec sagesse; et s'aidant pour Tavancer de ce qu'il y a de meilleur dans l'impulsion de notre siècle, il pense que losclassesde la société auxquelles le ciel a départi les connaissances et le loisir sont faites pour devenir les institutrices des autres.