LIV. I, CHAP. IV
absolu soumet rhomme durant son enfance, est aussi indispensable à la formation de sa moralité qu*à la conservalion de sa vie. C'est le moyen voulu par la Providence, pour le développement de toutes ses qualités, en y comprenant l^ergie; et l'emploi de ce moyen a pour but, ainsi qu'il 3t4^avoi|' pour terme, raffranchissement de la volonté. 1/éducationne veiit que rendre rhomme libre. Elle lui confiera le gouvernement de lui-même aussitôt que, dégagé de la dépendance d'aveugles instincts, il choisira le bien d'une âme immortelle. La distinction entre la force des penchants et celle de la volonté est assurément bien ancienne, mais elle est ici nécessaire à rappeler.
La volonté doit dominer les penchants ; quand elle est à la hauteur de sa noble destination, on la voit souveraine absolue, indépendante des motifs, des instigations, des sollicitations diverses qui tendent à la gouverner, à Tenchaîner même. La dernière raison dejt déterminations libres de la volonté, dit un philosophe nçio lerne *, est en elle-même ; s'il était possible de la découvrir ailleurs, cette découverte serait celle de la fatalité universelle»
Soutenir en effet que notre volonté est irrésistiblement entraînée par la force des penchants qui dominent dans notre cœur, c'est nous assimiler à la matière morte ; c'est faire peser sur nous, depuis la naissance jusqu'à la mort, le joug d'une nécessité impérieuse, c'est braver le sentiment invincible qui, en attestant à Thomme sa liberté; le rend responsable de sa conduite 2.
Nous n'avons à nous occuper ici que de la volonté libre et
1 M. Roycr-CoUard.
S On peut en dire autant de ropinion plus respectable qui assujettit notre volonté à la direction constante de la n ain divine. Que tout dépende de Dieu, et notre liberté comme le reste, qui en doute ? Mais affirmer qu*il ne saurait y avoir des êtres libres, c'est borner la puissance du Créateur. Sans presser les conséquences dangereuses de cette doctrine, je dirai que Tcffet en serait contraire aux vues dus hommes pieux qui ront embrassée. En déclarant Timpuissance absolue de la volonté, ils veulent nous montrer la nécessité de recourir à la grAce céleste; mais
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réfléchie, puisque c'est uniquement de celle-là que Téducalion doit chercher à augmenter la force. Peu importe que les
f savants fassent intervenir la volonté dans les actes les plus inaperçus de notre existence, dans ceux qui, tels que la resi, piration, s'exécutent durant le sommeil. Il faut alors un autEB mot pour désigner la cause des mouvements dont nousav/)ns la conscience, la grande faculté de Tâme qui agit avec con- " naissance et liberté, et senl qu'elle aurait pu se déterminer autrement qu'elle ne s'est déterminée. C'est à elle qu'on doit conserver le pouvoir qui fait sa vie, celui de se décider entre divei's objets de choix. Privée d'un tel pouvoir, on peut la regarder comme anéantie ; soumise à upç impulsion aveugle, elle s'annule tout aussi bÉn qij^ans une complète inaction.
Cette mort, ou du moinâ celte paralysie momentanée de la volonté, est en n©us TefFet déplorable de la Ijrannie des passions, et|fe perte du sentiment de laJiberté^- est la marque infaillible.de leur victoire. Il n'y a pas de volonté libre dans l'i^traînement ; il n'y .en 4ipas dans cet état d'ivresse où l'homtne ne délibère plus,^t se laisse emporter par le torrent de ses désirs, coAme par une force extérieure. mon Dieu, dit Fénelon, préservez-moi de ce funeste esclavage que l'insolence humaine na pas craint de nommer une liberté.
Tel est l'esclavage auquel, pour son paalheur, est soumis l'enfant qui, n'étant pas dirigé par une main ferme, reste livré à tous ses caprices ; tel est celui que subît l'homme toute
serions-nous toujours en état d*y avoir recours si notre volonté était enchaînée ? L'acte de la prière paraît volontaire autant que tout autre ; raccoroplissement des conditions de ralliance divine doit l'être aussi. Toutes les exhortations de Jésus-Christ et des apôtres supposent que nous avons le pouvoir de nous décider; celles même des hommes que nous réfutons le supposent encore, tant il est vrai qu'en niant notre liberté, on est condamné à rinconséquence ! Il faut savoir se résoudre à admettre séparément des vérités qui ne sont point inconciliables, mais qui, dans leur application, se modiGeut respectivement d'une manière à nous inconnue : tels sont le libre arbitre et l'action de la Divinité sur notre âme.