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pût suivre la route si longue de l'association des signes aux idées; aussi devons-nous reconnaître en lui une faculté presque divinatoire, cette compréhension sympathique qui le tient att courant de ce que nous éprouvons. La même faculté que nous avons vue se manifester à l'âge de six semaines, a pris, àcelui d'une année, un grand développement. A cette ép<5que, un enfant mobile, et par conséquent avancé, lit les impressions sur les visages. Vous voyez se reproduire en lui toutes les nuances de votre humeur; il ne sait d'où provient le changement de vos dispositions, mais il les partage, et, en restant étranger à toutes les causes, il s'associe à tous les effets. Ce n'est pas qu'il s'afflige précisément de ce que vous avez de la peine, ou jouisse de ce que vous avez du plaisif , car il ne conçoit pas son existence à part de la vôtre. Il vit en vous et sent comme vous, sans pouvoir faire autre- " ment. C'est un miroir où votre état moral se représente avec une étonnante fidélité.
Plus tôt encore, et chez un enfant. de neuf mois, j'ai été témoin d'un fait que je rapporterai comme exemple. Cet enfant jouait avec gaieté sur les geooux de sa mère, lorsqu'il entra dans la chambre une femme dont la physionomie exprimait une tristesse marquée, mais calme. Cette personne qu'il connaissait, sans avoir pour elle d'affection particulière, Jxe dès lors son attention. Peu à peu son visage se décompose, ses joujoux tombent de ses mains, et enfin il se jette en pleurant dans le sein de sa mère. Il n'avait point de peur, point de pitié, point d'attendrissement : il souffrait et il se soitlageait son mal par des larmes.
De même, à l'âge de quinze à seize mois, un enfant qui assiste aune lecture sérieuse, et voit sur tous les visages l'expression du recueillement, est bientôt saisi d'un certain respect, et si vous ne prolongez pas trop cette épreuve, le même effet se reproduira dans chaque occasion semblable : voilà qui explique comment un sentimenten apparence trop élevé pour être éprouvé par l'enfance, le sentiment religieux.
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peut germer de bonne heure dans de jeunes âmes. Une impression d'abord sans objet, mais non sans quelque analogie avec cette émotion solennelle qu^un culte sincère fait éprouver, se communique par sympathie à l'enfant. Il sent qui! entre dans une région sainte; l'idée qu'il y a quelque chose de sacré s'introduit peu à peu dans son cœur ; et quand dans la suite on vient à lui nommer Dieu commerinvisible objetde notre adoration éternelle, Tidée d*une puissance cachée ne rétonne plus, ilacru éprouver l'effet imposant de sa présence.
Sans doute ces sortes d'impressions sont très- passagères : ce sont des modifications aussi fugitives que dos ombres : mais plus elles se répéteront, plus il sera facile de les reproduire, et dans peu on verra naître certains penchants qui seront aisés à cultiver, La marche du cœur humain n'est pas autre chose : des impressions légères d'abord, mais souvent réitérées, se prononcent de plus en plus ; bientôt elles amènent dans l'âme une disposition qui en facilite toujours davantage le renouvellement, et c'est ainsi que se prépare la voie à ces sentiments qui disposent de notre vie.
Une multitude d'émotions, de passions, d'impressions diverses, qui, dans un certain sens, peuvent être regardées comme naturelles, sont communiquées à l'enfant par notre entremise; le germe on existait chez lui sans aucun doute ; pour qu'un mouvement se propage avec une grande facilité, il faut qu'il y ait déjà dans l'âme une disposition à le recevoir; mais cette disposition pourrait rester inerte et dormante; et toujours doit-on distinguer lesmouvementsquise manifestent infailliblement et sans impulsion extérieure, de ceux donton peut retarder indéfiniment l'explosion. Ainsi la plainte véhémente, l'impatience, la résistance, accompagnées de cris et de gestes violents, sont inévitables chez les enfants ; mais le besoin de la vengeance nel'est pas toujours ; ils n'ont pas tous le désir de faire souffrir parce qu'ils soufl*rent. Et si en se débattant ils frappent à droite et à gauche, c'est sans intention de blesser, quand ils n'oui jamais vu chez un autre Tex-
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pression d'un tel dessein ; voilà ce que je suis portée à croire,"? du moins relativement à quelques enfants, mais il (audrait . pour TafOrmer des observations plus précises.
Les frayeurs déraisonnables qu'éprouvent les enfants sont dues, pour la plupart, à la contagion de Texemple; c'est là ce qu' avait remarquéRousseau, quelquefois guidedangereux, m^ souvent excellent observateur; aussi conseille-t- il d'accoutumer les enfants dès le plus bas âge à la vue des animaux laids et rebutants. Ils n'ont guère alors Uidée du danger, et ils sont sujets à des accès d'antipathie plutôt que d un véritable effroi. Ces aversions sont pour Tordinaire en eux Tefifet de la surprise à l'aspect de quelque objet frappant. Ils pourront se détourner, par exemple, à l'approche d'une, personne vêtue de noir, mais ils se familiariseraient plus volontiers avec cette personne qu'avec toute autre, s'ils étaient élevés dans une famille dont tous les membres portassent le deuil. En Afrique, les petits nègres ont peur des blancs, et c'est de l'idée d'un diable blanc, qu'on les épouvante *.
Le plaisir d'exercer de l'influence est déjà très-grand chez les enfants de cet âge. S'ils ont de la sympathie, ils en exigent aussi, et on les chagrine quand on la leur refuse : aussi la moquerie, qui est une manière insultante de la refuser, les
1 Ou peut profiter aTantageusement du premier âge pour accoutumer les enfants à J'ob6)!urité dont ils ne s'effrayent poiut encore ; ou doit seulement avoii l'attention d'aecourir vers eux au moindre appel ; il importe à la fois que IMmpressiou produite parla nuit ne soit poiut assez nouvelle pour être forte et qu'ils n'y ajoutent aucune idée de souffrance ou de délaissement, autrement ils n'auraient pas plutôt rencontré quelque objet effrayant, que l'image s'en présenterai! à eux dans le$ ténèbres. Un enfant de deux ans, interrogé sur la cause de sa répugnance à se tenir dans un lieu sombre, répondit : Je n'aime pas les ramoneurs. S'il eût été accoutumé à l'obscurité, son imagination n'aurait Traisemblablement pas éToqué ce fantôme. Néanmoins on ne peut rien certifier à cet égard : il se peut que l'abseuce complète de sensations pendant la nuit produise naturellement sur l'âme un effet pénible, et soit pour elle un état de dénûment voisin de la désolation et de l'effroi. Mais c'est là ce qu'on n'observe pas encore dans le premier âge. À cette époque, où Ton ne doit jamais laisser les enfantsseuls, l'exemple de la gaieté leur fait aisément supporter la privation de la lu-
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choque et les humilie. Tout désaccord entre eux et nous leur est pénible, et sans cesse ils sollicitent notre assentiment. S'ils nous ont fait rire une fois par quelque gentillesse, ils la Tépèlent à satiété, en trouvant mauvais que nous ne riions plus. Quand on ne cède pas immédiatement à leurs désirs, le refus de les obliger les afQige autant que la privation ; souvent même un sentiment de fierté blessée- les porte à dédaigner une offre tardive; ils rejettent avec mépris Tobjet qu'ils voulaient o.btenir de notre amitié; et alors, leurs lèvres avancées, leurs regards détournés, le froncement de leurs sourcils, signalent en eux la bouderie. •
C'est en conséquence pousser trop loin le désir d'aguerrir les petits enfants contre la douleur, que de leur refuser le tribut d'une juste pitié dans leurs peines. Sans doute il ne convient pas d'ébranler leurs nerfs par des caresses, lorsqu'on les voit disposés à supporter gaiement de petites mésaventures ; mais qu^nd ils ont Vraiment ou du mal ou du chagrin, on doit les plaindre; sans. cela on endurcirait leur cœur, et bientôt ils traiteraient légèrement les souffrances des autres. Quand on leur a témoigné qu'on partage leur douleur, il devient même plus aisé de relever leur courage.
De la sympathie naît la pente à l'imitation. Après avoir senti avec nous, Tenfant veut agir comme nous : c'est bien simple. Il croit pouvoir exécuter ce qu'il nous voit faire, et ses tentatives, à la fois gracieuses et maladroites, sont pour nous la source d'un grand amusement ; nous en faisons un objet de plaisanterie, tandis que de pareilles entreprises étaient chez lui l'effet d'un désir sérieux que nous parvenons bientôt à dénaturer. Des essais d'imitation naturels deviennent prémédités, affectés presque, lorsqu'il les continue pour nous divertir.
Une femme reçoit une lettre et en lit haut quelques morceaux à ceux qui l'entourent, sans songer qu'elle est entendue de son enfant. Bientôt ccliii-ci s'empare du premier papier qu'il peut trouver, le porte à la hauteur de son visage,