LIV. II, CHIP. IV
eUprononce au hasard tous les mots dont il se souvient, en les liant par un bruit semblable à celui de la parole. Si les témoins de cette scène se prennent à rire, l'enfant n'interrompt point sa lecture. Un coup d'œil jeté à la dérobée sur sa mère tlécèle en lui un mélange comique de la gravité qu'il veut conserver comme acteur et de*la gaieté qu'il partage. Bientôt, animé par le succès, il charge de plus en plus son rôle, et à la fin il n'y a en lui qu'un petit bouffon qui veut divertir. Cependant il n'avait point commencé par plaisanter, et il croyait de bonne foi se livrer à une occupation sérieuse.
C'est ainsi que nos regards allèrent la simplicité des en» fants en associant l'idée de l'effet qu'ils produisent sur nous à leurs impressions primitives ; mais quelle finesse d'observation ne supposent pas une telle scène et mille autres du même^ genre que je pourrais raconter * ! Où l'enfant a-t-il pris cotte connaissance de notre nature, cette entente de la plaisanterie, et cet aperçu de gloire qui vient enfler son jeune cœur ? Sans doute l'intelligence de sympathie dont il est doué est bien différente de cette intelligence de raisonnement qui procède an moyen des mots. Mais si l'une n'avait pas devancé l'autre, tous les mots qui expriment des sentiments, des affections, enfin (!es idées morales, seraient longtemps restés sans signification pour l'enfant.
Il se peut que l'intérieur se moule chez l'enfant sur l'extérieur. Il voit une action qu'il copie, accompagnée d'une certaine expression de physionomie qu'il copie aussi, et bientôt il s'ouvre je ne sais quel jour au dedans do lui. Il devient grave par l'imitation du sérieux, tendre par celle de la sensibilité, et une R)is sur la voie de ces impressions, son âme est de plus en plus modifiée. Ce phénomène paraît singulier; mais il n'est pas sans analogue dans la vie humaine. On observe que les gens doués du talent de contrefaire, revêtent, avec la figure de ceux qu'ils imitent, leur manière d'être et
1 Tous les faits que je cite comme exemptes eut été véritablemeut observés.
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leur tour d'esprit, que souvent même, quand ils font parler des personnes qui ont plus d'originalité qu'eux-mêmes, il leur vient des idéas qu'ils n'auraient jamais eues pour leur propre compte. Les habits ont pareillement leur influence, parce qu'ils font prendre à ceux qui les portent une contenance qui correspond à certains sentiments. Le pouvoir du costume militaire est bien connu, et il a été prouvé dans les écoles anglaises qu'un des meilleure moyens de donner des habitudes d'ordre, de sagesse, une sorte de dignité à de malheureux enfants déjà dépravés, était de les vêtir décemment. L'effet de l'extérieur sur l'intérieur existe à tout âge, et, comme. la plupart des effets de l'instinct, il est plus marqué chez le nouveau-né, mais nos affections purement morales prennent sur les siennes un empire plus immédiat encore. Il est une influence plus puissante, plus rapide, plus électrique, si on peut le dire, et il existe entre l'enfant et nous des communications d'âme à âme dont nous n'avons pas le secret.
Quoi qu'il en soit, la sympathie et l'imitation décident de tout chez ces jeunes créatures : l'une est le principe de leurs sentiments, l'autre celui de leurs actions. Les pauvres enfants nés aveugles ne marchent pas, parce qu'ils n'ont pas vu marcher. Il faut les relever d'abord, puis les faire tenir debout, puis avancer leurs pieds l'un après l'autre. Otez la sympathie et l'imitation, que restera -t^il à l'enfant ? des facultés et des dispositions sans doute. Les facultés le mettront en état de nous imiter, et les dispositions détermineront son choix entre les objets d'imitation. Les enfants ne copient pas tout ce qu'ils voient faire, ils ne suivent que les exemples qui s'accordent avec leurs inclinations. Celte s^purce de diversité, jointe à la différence des circonstances, suffit à expliquer la variété des caractères chez les enfants, mais toujours ne les voit-on choisir que parmi ce qui leur est offert.
L'amour-propre, comme nous l'avons vu, tire sasource de deux sentiments, le plaisir qu'ont les enfants d'avoir réussi dans quelque entreprise, et leur désir de nous voir prendre