‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 99 sur 144 · LIV. III, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIV. III, CHAP. IX

Mais le moyen le plus régulier sera toujours le plus certain. Ce sera donc la célébration d'un culte domestique, tel que le comporte Tâge de Tenfant ; ce seront des exercices de piété, journellement continués et toujours assortis à sa capacité croissante. La régularité nous est nécessaire à tous: nous n'agissons sur notre âme qu'au moyen du temps ', il faut en consacrer à tout ce que nous désirons obtenir de nousmêmes. Et puisque le temps, celui des dons du Créateur dont nous disposons le plus, influe sur ce dont nous disposons le moins, les afiections, n'est-il pas trop heureux que nous puissions, avec son secours, avoir de la prise surnos mouvements involontaires? Et quand il s'agit de ces sentiments de piété, gardiens fidèles de notre cœur, et par là de notre conduite, comment se confier, pour les éprouver, à ces impressions du moment qui sans cesse nous trahissent ? Comment ne pas avoir recours à cette destination particulière de certaines heures qui nous est utile en tant d'occasions ?

S'il est vrai que nous ne puissions pas compter sur nousmêmes, combien moins pourrions- nous encore compter sur l'enfant ? Plus mobile, plus léger que nous ne le sommes, il est moins accoutumé à s'occuper d'objets purement intellectuels. Pauvre moralement, sans même s'apercevoir de ce qui lui manque, il doit apprendre à le désirer. Il faut enraciner dans sa constitution, si l'on peut le dire, le besoin de croître spirituellement, de recevoir chaque jour de Dieu les forces de l'âme. Ici tout ce qui est Tordre inférieur, les habitudes, les formes, l'exemple, se présentent comme les instruments nécessaires de l'œuvre la plus élevée de l'éducation, la formation d'une volonté religieuse, et cette consécration de la vie entière qui en est l'efiet.

Ces mêmes livres sacrés, qui dans l'éducation religieuse fournissent l'occasion de l'enseignement, se retrouvent comme un secours pour le culte, c'est-à-dire comme un moyen puissant d'élever les âmes k Dieu. Il est une langue particulière dans l'Écriture, langue éuergique, significative,

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dont rien ne peut remplacer TefFet sur ceux qui en ont de bonne heure saisi l'esprit, mais dont peuvent s'étonner ceux qui n'en ont pas acquis Tintelligence, Doués d'un si merveilleux instinct dans tout ce qui tient à Texpression de la pensée, les enfants en sentent promptement la force et la beauté. Des morceaux de la Bible choisis, mais lus dans le livre même et non arrangés à notre manière, leur inspirent un respect mêlé d'un grand intérêt. La majesté, l'éclat oriental des images, dans l'Ancien Testament, captivent leur imagination; la candeur, la naïveté des paraboles, dans le Nouveau, les attendrissent. Mais c'est surtout dans les psaumes, qu'il s'ouvre pour eux une source abondante de consolation et d'amour. Ils y puisent le sentiment des beautés de la création, et y apprennent à saisir l'accord harmonieux de la religion et de la nature. Il est te] de ces psaumes que lés plus jeunes enfants répètent avec un vrai ravissement, et qu'on n'entend jamais sans plaisir durant le reste de la vie *.

Il serait à désirer que, d'après ces modèles si parfaits, on composât de petits cantiques religieux plus particulièrement destinés au premier âge. Dans les écoles modernes appelées infant schools, ainsi que dans plusieurs familles anglaises, les enfants chantent en chœur des hymnes qui produisent l'eifet le plus attendrissant. Ils sont tous pénétrés des sentiments qu'ils expriment ; et les plus jeunes joignent avec bonheur leur voix incertaine à celle de leurs aînés.

Pourquoi, lorsque le but est si bon, et le moyen si innocent, refuserait-on d'employer le secours magique de l'harmonie ? La musique du chant, surtout, produit sur celui qui l'exécute une impression singulièrement puissante et caractérisée ; il prononce d'inspiration les paroles qui y sont associées, et il

1 La force de ces premières impressioas est cause qu^on n'a pu réussir à faire adopter, pour le chant d*église de notre culte, des traductions supérieures en mérite poétique à la faible Tersion des psaumes par Clément Marot. Les paroles qu'on avait entendues dès renfauee ont toujours agi plus puissamment sur le

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