‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 100 sur 144 · LIV. m, CHAP · texte numérisé non relu

LIV. m, CHAP

semble à celui qui les chante qu'il exhale sa propre émotion : dangereuse propriété de cet art, d'après les sentiments dont on le rend ordinairement l'interprète, et motif de plus iK)ur le rappeler dans l'éducation àsa destination antique et sacrée. Même quand on n'a qu'un seul enfant à élever, on peut s'aider encore de la musique pour le culte. La mère, en s'adressan t à son premier-né, peut déjà célébrer dans ses chants les bienfaits de Dieu. Comment^ dit J.-P. Ricbter, s'empartr du jeune esp?nt avec plus de douceur qu^au moyen de cette voix du chant qui part de l'âme, de cette voix déjà aimée de l'enfant quand elle ne proférait que de simples paroles^ et qui lui apparaît tout à coup revêtue d'éclat et comme parvenue à la gloire céleste ?

Toutefois ce sont là de purs accessoires. L'acte du culte le plus important, celui qui constitue l'essence du culte même, c'est la prière. L'idée à la fois si grande et si simple de la prière s'allie à celle de tous nos rapports avec Dieu. La simple contemplation de la Divinité suppose presque une prière, puisqu'il s'y associe un invincible désir de puiser à la source immense de force, de sainteté, de bonh'eur. Il est dans notre nature de prier : la prière est le soupir de l'âme captive, une anticipation de sa délivrance, un pressentiment d'éternité. A tous les degrés de civilisation, l'homme prie. Le sauvage, étranger aux bienfaits de la révélation, prie déjà, et le chrétien consommé dans la foi prie encore. Tout ce que nous pouvons concevoir de l'état des intelligences célestes, c'est la prière ; nous croyons voir les anges prier, et Jésus-Christ a prié sans cesse. Le besoin de priera paru tellement inhérent â l'essence même la plus sublime, qu'il est un passage dans le Talmud où il est dit que Dieu lui-même prie ; pensée extravagante sans doute, mais pensée en harmonie avec je ne sais quelle corde de notre cœur, de ce cœur avide et soufirant qui ne peut concevoir k perfection même sans un élan, sans une aspiration vers un état encore supérieur. Cet acte de l'invocation, si naturel en lui-même, convient

23 G L EDUCATION PIIOGBESSIVE.

d'autant mieux au petit enfant, qu'il passe sa vie à demander. Notre langage, en nous adressant à Dieu, est presque tout emprunté du sien, tant ses relations avec nous offrent une . image imparfaite, il est vrai, mais pourtant frappante des nôtres avec la Divinité. Dans tous ses chagrins il crie : mon père, et nous appelons notre père aussi. Il sentira qu'il doit prier dès que le moindre rayon d'en haut pénétrera dans son âme.

Pour la prière comme pour tout l'ensemble du culte, Texercice régulier est la route qui conduit au mouvement spontané et involontaire. Je pense donc qu'on doit essayer, chaque matin, d'élever l'âme de l'enfant vers son auteur, sans même attendre le moment où commence l'instruction proprement dite. Le nom de Dieu n'est jamais tout à fait étranger à l'enfant; il a dû entendre prononcer avec amour et respect ce nom sacré avant d'y attacher une idée distincte, et dès lors cette grande idée trouve en naissant son cœur préparé. Vous apércevez-vous qu'une telle impression est produite? nourrissez-la et foriifiez-la peu à peu, en la maintenant douce 6t sereine ; et si vous avez des enfants d'un âge plus avancé, qui jouissent déjà avec recueillement du bienfait de la prière,- vers la fin de ce saint exercice allez chercher votre dernier né, tenez-le dans vos bras, joignez ses petites mains ensemble, et, par des paroles courtes et naturelles, implorez la bénédiction du Très-Haut pour tous ses frères et sœurs et pour* lui. Ce culte ne doit durer qu'un instant, mais cet instant suffit pour faire éclore un tendre germe, et chaque jour amènera un nouveau développement.

Même quand vous n'avez pas d'autres enfants, vous pouvez associer votre fils en bas âge à votre prière. Apprenezlui à dire : mon Dieu, je t'aime, toi qui es si bon; je te demande de m'aimer aussi. Pour peu que votre sentiment accompagne ces mots si simples, ils prendront de la signification pour l'enfant ; ils exciteront du moins en lui une affection tendre, et c'est là tout ce qu'on peut vouloir. Sans

Page 1