‹ L'éducation rationnelle de la volontéChapitre 1 sur 60 · DK LA DEUXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

DK LA DEUXIÈME ÉDITION

La première édition de cet ouvrage a reçu un accueil dont nous ne pouvons qu’ exprimer toute noti e satisfaction. Sans vouloir aucunement discuter ici la conception que nous en avons donnée, il est certain que la question de l'Éducation de la Volonté se place au premier rang parmi celles qui sont dignes de notre attention. La plus instante préoccupation de chacun de nous devrait être d' apprendre à vouloir. Et ceci est vrai surtout de nous, médecins, qui avons doublement besoin de savoir vouloir , et pour nous-mêmes, et pour nos malades, la volonté bien maniée mettant entre nos mains une arme thérapeutique de première valeur. Or, il est non moins certain que les données complexes de ce délicat

AVANT-PROPOS

problème n'ont pas été suffisamment approfondies encore , que l’on ne se forme le plu s habituellement qu'une idée bien vague des conditions d' existence, des moyens de renforcement , des limites d'action de la volonté. Peut-être avonsnous réussi à introduire , sur quelques points au moins, un peu plus de précision.

Nous souhaitons à cette édition nouvelle de rencontrer le même heureux succès que sa de vancicr e.

Paris, Septembre 183 J.

PREFACE

Vouloir, dit-on, c’est pouvoir. Cela n’est exact qu’à deux conditions : la première, c’est de ne vouloir que ce qui est possible ; la seconde, c’est de savoir vouloir. Car la volonté, pour être efficace, ne doit pas être un simple effort voulu de l’esprit, une sorte de tension nerveuse spontanée : pareille volonté peut user son énergie et se briser contre le but qu’elle vise.

Pour qu’elle puisse s’accomplir, il faut qu’elle soit déterminée par des idées, qu’elle soit suggérée par des impressions psychiques, qu’elle soit l’effet d’une suggestion.

Exemple tiré des choses de la médecine : une personne est tourmentée par une insomnie opiniâtre. En vain elle a la meilleure volonté de dormir; elle ne pense qu’à cela: elle dit: je

PRÉFACE

veux, je veux absolument dormir. Et plus elle veut, et moins elle peut. Alors je lui dis : « Couchez-vous en toute confiance ; ne vous tourmentez pas l'esprit; vous sentirez un très grand calme, et le sommeil viendra spontanément ». Il se peut que cette simple idée mise dans son cerveau, cette confiance doucement imposée suffise à réaliser le phénomène sommeil. Qu’ai-je fait? J’ai remplacé la volonté nerveuse, militante, produisant une réaction en sens inverse, par une foi calme et suggestive, j’ai fait l’éducation rationnelle delà volonté; j’ai fait une suggestion.

Dans ce cas, c’est le médecin qui a dirigé l’esprit du malade, et lui a insinué l’idée acceptée etréalisée. C’est une suggestion venue du dehors, une hétéro-suggestion.

Le docteur Paul-Emile Lévy a montré, et c’est là l’originalité de cette étude, que le sujet peut lui-même diriger sa volonté, l’éduquer, en lui associant des idées suggestives qui mettent en activité la cellule psychique au service de l’acte désiré : l’idée vient du sujet : c’est de l’autosuggestion.

PRÉFACE

Ce mot auto-suggestion ne doit pas être défini cependant une idée qu’on se donne à soi-même. On n’a pas les idées qu’on veut. On a beau se suggérer des battements de cœur, des douleurs, de la paralysie ; l’idée de ces symptômes ne s’impose pas au cerveau et ne se traduit pas en acte. Mais qu’une impression surgisse dans l’organisme et donne au sensorium une idée morbide, qu’un jeune élève en médecine, et quelquefois un clinicien mûr, impressionnable, ressente un malaise précordial, ou une douleur lancinante dans un membre, l’idée d’une angine de poitrine ou d’un tabes pourra être évoquée dans l’imagination, et cette idée créera chez l’un une pseudo-angine de poitrine avec malaise précordial et irradiations douloureuses dans le bras gauche, chez l’autre un pseudo-tabes avec douleurs fulgurantes et sensation d’incoordination. Dans ce cas, c’est une impression née dans 1 organisme lui-même, dans le monde intérieur, qui est venue spontanément réveiller dans le centre psychique l’idée du syndrome fonctionnel; il y a auto-suggestion.

Dn i éalité cependant, entre hétéro-suggestion

PRÉFACE

et autosuggestion, il n’y a guère de différence; l’une se combine forcément à l’autre.

La même idée suggérée à diverses personnes se traduira par des actes divers ; car chaque cerveau conçoit l’idée à sa façon et réagit à sa façon, l’élabore suivant son individualité psvchique, y associe d’autres idées qui se transforment elles-mêmes en sensations, émotions, actes organiques, dont la résultante aboutit à un dynamisme complexe, variable, sur chaque terrain psychique qui individualise l’impression reçue. On peut dire : l' hétéro-suggestion apporte le germe , l’ auto -suggestion le féconde.

D'autre part celle-ci n’existe pas sans l’autre; car aucune idée ne naît spontanément dans le cerveau. Nihil est in intellectu quod non prias fuerit in sefisu. Toute idée vient du monde extérieur par les sens ; elle peut être revivifiée par une impression interne. Le médecin qui, par auto-suggestion, transformait un malaise précordial en angine de poitrine, une douleur lancinante en ataxie locomotrice, savait, pour l’avoir appris ou observé dans le monde extérieur, que le symptôme, ressenti par lui, peut

PREFACE

se rencontrer dans l’angine de poitrine ou dans l'ataxie : l’impression auto-suggestive devient, si je puis dire, idée hétéro-suggestive.

Un malade qui pour dissiper un malaise, une douleur, une sensation de faiblesse, un spasme des paupières, etc., se recueille, concentre son esprit sur l’idée de non-existence du mal, cherche un dérivatif psychique ou physique, travail intellectuel, frictions, promenade, etc., pour détourner son sensorium du malaise, le malade, ce faisant, obéit à l’idée que cette manière de faire peut le guérir ou le soulager. Cette idée résulte de l’observation sur les autres confirmée par son expérience personnelle. Il en est de lui, comme si je lui suggérais : « Ayez l’idée que vous n avez plus mal, que vous allez pouvoir marcher, que vos paupières ne sont plus serrées ; et si vous fixez votre attention sur cette idée, vous allez sentir le mal disparaître? » C’est donc, en réalité, une hétèro-sug gestion qui préside à l'aulosuggestion.

Ces courtes considérations établissent que la psychothérapie est la thérapeutique par l’idée, d’où qu’elle vienne. Mais pour être curative.

PRÉFACE

cette idée doit être maniée, disciplinée, adaptée a 1 individualité morbide, elle doit être souvent matérialisée et agissante. La volonté peut intervenir utilement en thérapeutique, quand elle est dirigée par une idée, par une suggestion active qui incite la cellule cérébrale à faire œmre de dynamogénie ou d’inhibition curative. Aussi est-ce avec raison que l’auteur de ce livre 1 intitule ainsi : Education rationnelle de la oolonté. Son emploi thérapeutique .

Je ne veux pas le déflorer par l’analyse, mais laisser au lecteur le plaisir de le lire et d’en apprécier la haute portée médicale et philosophique , il y reconnaîtra 1 oeuvre d un clinicien et d un penseur ; il y puisera aussi plus d’une réflexion morale singulièrement suggestive.

D1' Bernheim,

Professeur à la Faculté de médecine de Nancy.

AVANT-PROPOS

Le public non médical, et même médical, est encore peu familiarisé avec l’idée d’une médecine sans médicaments. Il n’est personne qui ne cite des cas de guérisons obtenues sans le secours d’aucun remède, par simple action morale ; mais on n’y voit que des faits exceptionnels, réalisables seulement chez certains sujets et dans le seul cas de névroses. Le nom même de psychothérapie, — qui par lui-même implique déjà une idée scientifique : l’application rationnelle à la thérapeutique des lois de la pensée — , est à peine usité. Il n’est pas cependant de méthode thérapeutique plus digne d’attention ; car il n’en est pas qui s’appuie sur des principes plus certains et d’application plus générale. Si l’utilité de la psychothérapie est souvent contestée ou méconnue, c’est qu’on ne se rend pas bien

$ I. '"éducation

compte de son mode d’action ; c’est ainsi et surtout qu on se tait une idée très imparfaite du rôle de 1 élément esprit dans un très grand nombre de manifestations morbides. La notion d’une thérapeutique et celle d’une pathogénie psychiques sontinséparablement liées. Or, il est curieux de voir, — nous en donnerons plus loin des exemples — , combien de phénomènes pour lesquels on se contente à l’ordinaire d’explications banales, insuffisantes ou erronées, en tout cas sans portée thérapeutique, deviennent aisés à élucider si l’on songe à en demander l’interprétation à la psychologie. Dès lors, rien d’étonnant si, à ces manifestations essentiellement psychiques, le traitement à opposer doit être, par dessus tout, un traitement psychique.

L’application par nous sur nous-mêmes de la méthode psychothérapique, tel est le sujet de ce travail. Cette autothérapeutique psychique ne prétend pas aux résultats donnés parla psychothérapie courante. Peu étudiée jusqu’aujourd’hui, elle n’en présente pas moins un intérêt capital; car elle nous paraît devoir servir do hase à uno Education rationnelle de la Volonté.

D1L LA VOLONTÉ

Notre intention première était de nous renfermer dans le domaine de la médecine pure : médecine qui s’écarte un peu, il est vrai, de la définition usuelle, puisqu’elle s’étend à la fois aux choses du corps et de l’esprit ; un peu spéciale aussi dans son mode d’application, puisqu’elle doit être mise en œuvre, non par le médecin, mais par le sujet qui devient lui-même son propre médecin. Et c’est ce qui explique que, tout en voulant garder à ce travail un caractère essentiellement scientifique, nous ayons en même temps cherché à rendre notre style aisément accessible, à en écarter le plus possible les termes techniques.

11 nous a paru ensuite que cette étude pouvait avoir, au delà des limites que nous lui avions primitivement assignées, une portée philosophique et morale que nous n’avions d’abord qu’imparfaitement entrevue, et qu’il était bon de faire ressortir. Notre chapitre « Observations » montrera amplement que nous avons entendu surtout faire œuvre pratique. Mais on verra, — • nous l’espérons du moins — , que les idées exposées dans la dernière partie de ce travail étaient

10 l’éducation de la volonté

nécessaires pour lui donner son exacte valeur, quelles en forment la conclusion naturelle et logique : nous nous sommes tenu, d’ailleurs, aux généralités, laissant à la réflexion personnelle de chacun le soin de développer ce que nous ne faisions qu’indiquer. On comprendra aussi que certaines pages, en raison même de la nature des idées à exprimer, ne pouvaient pas ne pas revêtir une apparence quelque peu littéraire; nous avons eu cependant le constant souci de garder à l’expression sa simplicité, en même temps qu’à la pensée sa précision.

Nous souhaitons, en terminant, que quelques personnes retrouvent, à lire ce travail, un peu du plaisir et du profit que nous avons eus à le penser.

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