EXPOSÉ DU SUJET LA THÉRAPEUTIQUE PSYCHIQUE
Nous nous proposons de montrer, dans ce travail, qu’il nous est possible de préserver de bien des atteintes notre être moral et physique, et, s’il arrive quelque mal à l’un ou à l’autre, de tirer de notre propre fonds soulagement ou guérison. Un tel dessein peut sembler ambitieux ; mais il apparaîtra moins difficile à réaliser, si l’on comprend qu’il repose sur l’étude des lois qui régissent notre esprit, — lois simples dans leur énoncé, mais assurément fécondes en heureuses conséquences pour qui consent à s’en faire l’application avec intelligence et méthode. Etudier ces lois et par une réflexion attentive se pénétrer de leur importance, — fortifier sa conviction par quelques premiers essais, — s’attacher ensuite à entretenir et à développer pro-
l’éducation
gressivement ce pouvoir de discipline morale et physique, voilà à quelles conditions nécessaires et suffisantes pourra, croyons-nous, s’effectuer cette œuvre si souhaitable de maîtrise de soimême.
Il s’agit, en somme, d’une éducation delà volonté, mais en spécifiant que celle-ci doit et peut agir sur les maux de notre corps comme sur ceux de notre esprit. Il est banal de parler de l’influence de l’esprit sur le corps ; mais cette notion, qui pourrait être riche de résultats heureux, reste presque stérile, faute de revêtir une forme assez précise, faute aussi de rencontrer en nous une attention assez vigilante et assez cordiale pour la rendre féconde. Le médecin luimême oublie trop souvent que son rôle est de faire la cure de l’âme comme celle du corps. Au malade abattu, neurasthénisé, il prescrit tous les médicaments réputés toniques du système nerveux, quinquina, kola, préparations phosphatées, etc., sans songer assez qu’une bonne parole dite à propos est souvent le plus réconfortant de tous les toniques. Il s’agit là, pourrait-on dire, de l’influence morale, en somme classique, du médecin sur le malade. Mais voici un cas où l’action psychique se révèle déjà plus
précise et susceptible cl’être dirigée avec méthode. Soit une de ces paralysies purement dynamiques, c’est à-dire qui ne s’accompagnent d’aucune lésion matérielle visible du système nerveux? Que fait-on en général. On essaie tour à tour les douches, le massage, l’électrisation : toutes médications qui trop souvent restent longtemps sans résultat. C’est qu’en effet ces médications ne s’attaquent pas (ou s’attaquent indirectement) à la cause elle-même : l’obstacle ne réside ni dans la moelle, ou dans les nerfs qui sont sains, ni dans les muscles qui possèdent leur contractilité normale, mais dans le cerveau qui a perdu sa fonction régulatrice. Si les mouvements, la marche (s’il s’agit des membres inférieurs), ne sont pas recouvrés, c’est que l’action de marcher suppose une coordination « intelligente » des contractions des différents muscles; le malade se trouve dans une situation analogue à celle de l’enfant qui tente ses premiers pas. Et de même qu’on fait l’éducation de la marche de 1 enfant, la guérison s’obtiendra ici en faisant l’éducation du membre paralysé, c’est-à-dire en réapprenant au cerveau qui l’a oublié, à combiner intelligemment les mouvements des divers groupes musculaires. C’est faire comprendre que
IG
le traitement primordial, en pareil cas, doit toujours être un traitement psychique.
Ce double exemple ne montre-t-il pas déjà la possibilité et l’importance d’une thérapeutique du corps par l’esprit, d’une thérapeutique psychique? Mais si celui qui a pour fonction de soigner, et, s’il le peut, de guérir, en a trop souvent une notion insuffisante, comment le commun des hommes pourraient-ils songer à essayer sur euxmêmes s’ilsn’enretireraientpas quelque bénéfice?
Prendre soin de notre corps est bien; mais formuler pour notre esprit une hygiène et une thérapeutique rationnelles est, à coup sûr, tout aussi nécessaire. Notre caractère, avec ses défauts ou ses qualités, n’est-il pas, en effet, l’origine première du succès heureux ou malheureux de toute notre existence, et quelle importance n’y a-t-il pas pour chacun de nous à développer celles-ci, à amoindrir ou éliminer ceux-là? Les souffrances morales ne sont-elles pas aussi vives, sinon plus, que celles de notre corps? N’ont-elles pas — qui plus est — sur celui-ci un retentissement trop réel et trop fréquent? Frayeur, surprise, colère, inquiétudes, ennuis, en un mot pensées émotives de toute nature, voilà ce que I on trouve à l’ordinaire comme point de départ
de l’hystérie, de la neurasthénie, de tous ces désordres nerveux plus ou moins précis qui ne sont guère que l’histoire amplifiée de l’action des « mouvements de l’âme » sur notre organisme. La crainte s’accompagne de tremblement, de battements de cœur, parfois de diarrhée; le saisissement, de paralysie momentanée (les bras en tombent, suivant l’expression courante) ; la tristesse amène la sécrétion des larmes, l’inappétence, des digestions pénibles, une langueur de tout l’être ; l’anxiété provoque un serrement d’estomac, la pâleur de la face, le tiraillement des traits, l’insomnie, etc. N’y-t-il pas là comme un tableau en raccourci de la symptomatologie des névroses? — Et ce n’est pas tout ; le trouble de la fonction créera la lésion matérielle, moins aisément remédiable. — Puis, la lésion créée, l’attention, suivant d’autant plus docilement sa pente accoutumée, sera comme à l’affût de chaque sensation pour l’exagérer encore, et, par cette application involontaire et constante, nourrira et accroîtra le travail morbide. On parcourt alors un circuit dont il devient difficile de sortir : c’est le mal qui vit du mal l.