‹ L'éducation rationnelle de la volontéChapitre 19 sur 60 · Payot, Op. cit · texte numérisé non relu

Payot, Op. cit

faire disparaître les mouches volantes qui troublent ma vue, il me suffit de fixer le regard avec lermeté sur les objets vacillants. » De même, en cas de douleurs dans les membres inférieurs, on se mettra à marcher, en se répétant à soi-même

que ces douleurs n’existent pas. Tantôt et

plus souvent — ce sera en s’interpellant soimême avec énergie, en se stimulant, en se secouant, en se gourmandant sur sa mollesse, sur son excès de sensibilité, etc. C’est là l’entraînement suggestif proprement dit. L’idée thérapeutique, ainsi échauffée par cette excitation suggestive répétée, trouvera de plus en plus aisément sa réalisation. L’acte deviendra progressivement moins pénible à accomplir; et ce que 1 on faisait d abord à contre-cœur ne tardera pas à se faire avec moins de répugnance, bientôt même avec plaisir.

Dans certains cas intéressants, l’auto-suggeslion active pourra même se combiner avec le recueillement. Supposons', par exemple, une faiblesse, une douleur dans les bras. Une fois en état de recueillement, j’imprimerai aux membres souffrants différents mouvements, en me répétant que tous ces mouvements s’accomplissent sans fatigue et sans douleur. Supposons

encore une crampe des muscles de la main. Une fois en état de recueillement, j’exécute des mouvements analogues à ceux de l’écriture en me concentrant sur cette idée que les muscles sont libres, que toute crampe a totalement disparu. L’auto-suggestion faite sous cette forme, lorsque cela est possible, donnera souvent d’excellents résultats : la théorie en fournit d’ailleurs la démonstration suffisante.

Quelques-uns des faits cités plus haut ont fait entrevoir l’intervention, dans le mode d’agir de la gymnastique psychique, d’un élément sur lequel nous avons à peine insisté, et qui présente cependant une importance capitale. Je veux parler de la dérivation à laquelle elle oblige l’esprit, et qui peu à peu l’arrache à la concentration obsédante où il se complaisait. La distraction, ce remède connu et puissant, est une forme de l’auto-suggession active. Se distraire, c’est faire inhibition à un trouble dont on veut se débarrasser, en feignant de l’ignorer, en le traitant par l'indifférence. C’est en un mot se comporter comme s'il n’existait pas. Pascal raconte de luimême qu’éprouvant un jour un atroce mal de dents, il s’appliqua à résoudre un problème, celui de la courbe cycloïde ou roulette. Quand il eut

l’éducation

fini, il s’aperçut que sa douleur avait disparu1. Chacun de nous a recueilli sur lui-même des observations analogues ; tous nous savons que si l’esprit consent à se laisser distraire, non seulement nos peines morales s’atténuent ou s’effacent, mais encore des souffrances physiques : chez l’un un mal de tête, chez l'autre une névralgie, etc. De même le polyurique oublie d’uriner, le tousseur ne songe plus à tousser. Lorsqu’il s’agit d’un phénomène profondément ancré en nousmêmes, cette lutte détournée sera souvent plus efficace que la lutte ouverte. « Si je m’applique fortement à faire abstraction de l’objet A ou B, dit Feutchtersleben, je maintiens cet objet dans ma pensée, je manque mon but. Que si je fixe l’objet C, A et B s’éloigneront spontanément. » L’attention peu à peu captivée par une lecture passionnante, un problème dont on veut chercher la solution, par une émotion quelconque qu’on aura su provoquer, se détournera peu à peu du trouble moral et physique contre lequel la suggestion directe seule restait infructueuse, et qui s’éteindra insensiblement de lui-même. Pareillement, à des préoccupations qui nous accablent

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