‹ L'éducation rationnelle de la volontéChapitre 21 sur 60 · L’H ÉT ÉR0-S U GG EST 10 N ; SES RAPPORTS AVEC L’AUTO-SUGGESTION · texte numérisé non relu

L’H ÉT ÉR0-S U GG EST 10 N ; SES RAPPORTS AVEC L’AUTO-SUGGESTION

Auto-suggestion idéative, auto- suggestion active; dans ces deux formules se trouve condensée toute l’autothérapeutique psychique. Il n’est pas de moyen d’action sur nous-mêmes qui n’y rentre; il n’est pas de phénomène auquel elles ne puissent s’adapter.

Mais voici qu’une sérieuse objection se présente. « Ce que vous appelez thérapeutique par nous-mêmes, va-t-on nous dire, mérite-t-il bien réellement ce nom ? N’est-ce pas vous qui donnez la suggestion initiale, vous qui, avec vos idées, votre volonté, êtes présent à l’esprit de celui qui s auto-suggestionne ? L’auto-suggestion n’estelle pas, tout simplement, une forme à peine déguisée de l’hétéro-suggestion ? »

Cette objection nous a été faite maintes fois

i/cducation

nous-môme, nous nous l’étions formulée dès l’origine. Voici ce que nous en pensons.

Oui, le fait est exact ; l’auto-suggestion implique une impulsion première venant d’autrui. Ce sont les données fournies par les auteurs que nous avons cités, celles que nous avons indiquées nous-même, qui se retrouveront désormais au fond de tout essai d’autothérapeutique morale. Tout cela est indéniable. Mais nous ajouterons : pareil raisonnement ne pourrait-il pas s’étendre à toutes nos idées ? Il n’en est pas une seule, à ce compte, qui nous soit réellement personnelle. Rien ne naît de rien ; la génération spontanée n’existe nulle part dans la nature — dans le monde des idées pas plus qu’ailleurs. Toutes, si l’on veut bien y réfléchir, ont à leur point de départ des impressions, des suggestions, reçues, quelques-unes des différents points de notre corps, la plupart du monde extérieur par les différents sens ; et il est deux de ces sens qui jouent un rôle particulièrement important à cet égard, en ce qu’ils nous apportent des idées déjà élaborées et complexes, le sens auditif qui nous transmet les idées des personnes qui nous entourent, celles de nos camarades, do nos maîtres , le sens visuel qui nous fait connaître les idées dépo-

sécs dans les livres. Le plus grand nombre de ces idées ne sont soumises par nous à aucun contrôle; acceptées telles qu’elles nous sont données, parfois môme contradictoires entre elles, elles logent en nous comme des a hôtes de passage 1 », et peuvent à peine être considérées comme nôtres. Mais que notre réflexion s’attache à quelquesunes d’entre elles, qu’elle les corrige ou les étaye par de nouvelles observations, par d’autres idées accumulées en nous à titre de souvenirs, qu'elle leur fasse, en quelque sorte, prendre plus nettement conscience de leur vitalité en leur fournissant l’occasion de s’appliquer pratiquement. N’aurons-nous pas dès lors, avec des matériaux étrangers, édifié une œuvre nouvelle? Les idées ainsi digérées par notre esprit, ainsi façonnées sur nos tendances propres, ne vontelles pas faire partie intégrante et vivante de notre être moral, au même titre que les aliments, après le mystérieux travail d’asssimilation qui s’accomplit dans l’économie, font bien partie intégrante et vivante de notre corps? Il en va de même pour l’auto-suggestion. L’idée première nous vient d’autrui ? Qu’importe, et ne devien-

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