‹ L'éducation rationnelle de la volontéChapitre 23 sur 60 · Bernheim, ouv. cité · texte numérisé non relu

Bernheim, ouv. cité

l’éducation

dirigée contre la thérapeutique suggestive, et qui, si elle était fondée, serait particulièrement grave. Elle se résume ainsi: « La suggestion que vous opérez, nous dit-on, même si elle paraît suivie de résultats heureux, est néfaste, car elle subordonne la volonté du sujet à votre volonté propre ; elle fait de celui-ci un simple automate que vous manœuvrez suivant votre bon plaisir. Peut-être le guérirez-vous, mais cette guérison ne sera-t-elle pas payée trop cher, si, pour l’obtenir vous êtes obligé d’attenter à tout ce qui constitue la raison d’être de l’homme, à sa personnalité même, à sa volonté, à son librearbitre ? »

Telle est l’accusation, et si souvent elle a été répétée, qu’elle est malheureusement passée, ou presque, au rang de ces vérités banalement admises, qu’on juge inutile de soumettre au moindre contrôle. Ajoutons que la défiance ainsi créée bénéficie encore de la confusion trop aisément établie entre les extravagances de l’hypnotisme expérimental et la simplicité de la suggestion thérapeutique ; et l’on comprendra sans peine que jusqu’aujourd’hui tant d’esprits restent rebelles aux bienfaits, pourtant si réels, de la psychothérapie. Or, cette accusation n’a pour elle que

les apparences grossières : l’observation et le raisonnement s’accordent tous deux pour lui donner un formel démenti.

Quelque paradoxale que cette assertion puisse Paraître, de prime abord, loin de subir un amoindrissement, la volonté se trouve accrue de par la suggestion. C’est là un fait qui nous a vivement frappés chez les sujets que nous avons traités par cette méthode. Beaucoup d’entre eux, une fois qu’ils ont été soumis pendant un certain temps à l’influence suggestive, sentent la possibilité d’agir sur eux-mêmes, et, sans qu’on leur en ait donné l’idée, s’essayent à pratiquer l’auto-suggestion. Qu’est-ce à dire, sinon qu’il

s’est produit un renforcement du pouvoir volontaire ?

Et la théorie en fournit la démonstration. Tout acte de volonté comprend en effet deux phases :

l’idée de l’acte à accomplir; 2° la réalisation de cette idée. Les individus chez lesquels la volonté est défaillante, les neurasthéniques, par exemple, ont la conception très nette de ce qu’ils doivent faire. Mais en eux-mêmes ils sentent quelque chose qui les retient ; ils ont la sensation d’un obstacle insurmontable, interposé entre 1 idee et la mise à exécution de cette idée.

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