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obstacle dont ils s’étonnent eux-mêmes. L’acte le plus insignifiant, une lettre à écrire, une visite à rendre, un ordre à donner, leur devient tout un travail ; vingt fois ils s’y reprennent, et constamment pour aboutir au même insuccès. Que fait la suggestion ? Elle augmente, nous l’avons vu, le pouvoir idéoréflexe, c’est-à-dire le pouvoir de transformation de l’idée en acte. Le sujet suggestionné reconquiert donc peu à peu la possibilité de faire de ses idées des actes : la suggestion lui a réappris à vouloir *.
Nous nous associons donc pleinement aux conclusions formulées par Valentin : « Quel meilleur moyen que la psychothérapie, de mesurer et d’accroître progressivement la part de responsabilité du malade, de le forcer à s’occuper et à vouloir? A mesure que diminuent la désagrégation et la dépression mentales, on voit le
1. Le reproche dirigé contre la psychothérapie, de violer la liberté morale, s’adresserait, au reste, mieux encore, à l’éducation. Et cependant, qui songe à priver ses enfants des bienfaits de 1 éducation? Qui songe à s’en priver lui-même? Car notre éducation au contact d’autrui se poursuit en réalité toute la vie. Le tout est de bien choisir ses maîtres et ses modèles. Inexpérimentés ou ignorants, nous souffrons qu’on remédie à notre inexpérience ou à notre ignorance. Malades, nous n'accepterions pas qu’on nous apprît à revenir à la santé?
pouvoir de contrôle s’accroître, l’activité psychosensorielle et psychomotrice augmenter, l’équilibre fonctionnel des organes se relever. Enfin les faits obligent à constater que la suggestion constitue le moyen le plus sûr et le plus rationnel de fortifier les réactions psychiques des malades, de leur rendre par là tout ce que leur constitution comporte d’attention, de jugement, et de volonté ». Ces notions, il importe d’en pénétrer l’esprit des malades; il faut combattre les idées erronées qui entretiennent en eux la défiance et la crainte, leur montrer que, loin d’être compromise par la suggestion, leur personnalité se reconstitue plus vigoureuse, enfin leur enseigner à pratiquer sur eux-mêmes l’auto-suggestion. L’auto-suggestion deviendra ainsi le complément naturel et nécessaire de tout traitement psychique.
Tels sont les services que peuvent se rendre mutuellement les deux modes de thérapeutique suggestive. Mais ce n’est là qu’un côté de la question. En dehors de l’hétéro-suggestion ainsi disciplinée, faite de propos délibéré et dans un but bien déterminé par le médecin, il y a une suggestion — celle-ci spontanée et moins précise — qui s exerce perpétuellement sur nous. Celle
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suggestion, c’est celle qui émane cle notre entourage direct, de nos camarades, de toutes les personnes en un mot, avec lesquelles nous nous trouvons en relations, d’une façon accidentelle ou suivie. Nous sommes ainsi enveloppés d’une sorte d’atmosphère suggestive, que nous respirons constamment, et dont, sans y prendre garde, nous imprégnons tout notre être. Or, on peut dire sans exagération, que, pour la plupart, l’influence ainsi exercée est pernicieuse. S’il est une loi évidente, en effet, c’est que tout homme se trouve obligé d’agir suivant ses tendances naturelles, à moins que la raison n’intervienne pour y opposer son veto. Qu’en résulte-t-il? C’est qu’instinctivement nous cherchons à nous créer une société au sein de laquelle nos tendances puissent fleurir et s’épanouir à leur aise. Dès lors nos défauts s’exagèrent; nos qualités s’exagèrent, elles aussi, et risquent fort de devenir défauts à leur tour.
Ainsi le nerveux de volonté débile, le neurasthénique, fuit inconsciemment toutes les occasions d’exercer cette volonté, et par là, de lui donner la force qui lui manque. Il aime a s entourer de nerveux comme lui, qui lui racontent, et en même temps lui suggèrent, toutes leurs
misères propres. Il place, en un mot, sa neurasthénie dans le milieu de culture le plus propice qu’elle puisse souhaiter. — Voici, d’autre part, un individu très actif, l’esprit toujours en mouvement, toujours prêt à tenter de nouvelles entreprises. Cet individu, on le décore d’ailleurs volontiers du beau nom d’homme d’énergie et de volonté. En réalité, c’est, lui aussi, un nerveux, mais d’un type qui s’oppose nettement au précédent; car chez lui, le nervosisme se traduit par l’aisance trop grande à passer de l’idée à lacté. Celui-là évitera la compagnie des esprits calmes et posés qui pourraient tempérer sa fougue et lui apprendraient à réfléchir. Aussi, avec le temps, cette prédisposition native à l’impulsion ne fera que s accroître. — Supposez encore un sujet de volonté ferme et suffisamment raisonnée ; tout au plus pourrait-on trouver par instants que cette volonté cherche un peu trop complaisamment 1 occasion de se déployer. Que cet homme ne se surveille pas attentivement, d instinct il se placera, lui aussi, dans des conditions telles que puissent s’exercer librement ses tendances dominatrices, à peine accusées encore, recherchant les caractères dociles, malléables, se gardant soigneusement des esprits
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un peu trop indépendants qui lui porteraient ombrage. Dès lors sa personnalité, son moi, ira toujours s’exagérant. Ce qui était volonté deviendra avec l’âge autoritarisme.
On pourrait dire, en renversant les termes du proverbe connu : « Sachant qui tu es, je te dirai qui tu hantes. » Il y a là un cercle vicieux. Quiconque se soucie de corriger et de perfectionner son esprit, de rendre sa volonté saine et forte, d’entretenir sa santé morale, et physique par contrecoup, doit s’attacher par-dessus toutes choses à surveiller et à régler à son profit cette action constante des autres sur lui-même : fuir la contagion des hommes qui ne peuvent que lui suggérer leurs propres faiblesses d’esprit et de corps, se rapprocher au contraire, même au prix de quelques sacrifices, d’un effort parfois pénible sur lui-même, de ceux dont le caractère, en contrariant le sien propre, pourra le rectifier et le compléter, de ceux qu’il sent capables de le soutenir et de l’inciter par la suggestion de l’exemple, de réchauffer son énergie, ou, au contraire, de lui servir de modérateurs.
Ce sont là règles de conduite générale ; mais les mêmes principes trouveront à s’appliquer, s’il s’agit de combattre quelque trouble moraen-
tané contre lequel nos forces livrées à ellesmêmes se trouvent insuffisantes. Alors il conviendra parfois de rechercher dans la société un asile contre nous-mêmes, de retremper notre énergie au contact de l’énergie d’autrui. Une fois cette énergie reconquise, emmagasinée en nous, il nous sera loisible de la « canaliser », de la diriger à notre gré sur tel ou tel point en souffrance, qu il s agisse de phénomènes moraux, tristesses, idées obsédantes, etc., ou de troubles physiques, douleurs, nausées, crampes, palpitations, angoisses, etc. h
A défaut même de leur présence, notre pensée peut se réconforter au seul souvenir de certaines personnes dont nous envions les qualités intellectuelles et morales, dont nous admirons la force de résistance, l’exubérance de vie, ou encore la sérénité de caractère, l’absolue tranquillité d âme. — Nous-mêmes pouvons d’ailleurs pi atiquer sur nous une sorte d’bétéro-suggestion* et cela, en inscrivant nos propres réflexions, cer-
}' p.n n°us excusera de revenir souvent sur ce point déjà bien établi, que la même médication s’applique aux phénomènes psychiques et physiques ; c’est que nous n ignorons pas combien d’esprits ont de peine à se pénétrer de ces idées. y
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taines observations recueillies soit sur nousmêmes, soit sur les autres. En relisant ce qu’autrefois nous avons pensé, en voyant comment, à d’autres époques, nous avons réussi à nous dominer, nos idées tendront à se rectifier, nous nous sentirons mieux armés contre nous-mêmes. Notre « moi » passé, en ce qu’il a de meilleur, façonnera ainsi à son image notre « moi » actuel. Je puis à cet égard citer mon expérience personnelle ; les notes que j’avais prises sur la thérapeutique auto-suggestive, ont souvent, au début, retrempé ma confiance dans cette méthode, en même temps qu’elles me rappelaient à nouveau, d’une façon plus précise et plus détaillée, la conduite que je devais tenir.
Enfin, même dans la solitude, il est des amis, des conseillers, des soutiens que nous gardons toujours à notre portée. « Le commerce des livres, dit Montaigne, est bien plus sûr, et bien plus à nous. Il a pour soi la constance et la facilité de son service. Cettuy-ci cottoye tout mon cours; il émousse les pointures de la douleur, si elle n’est du tout extrême et maîtresse. Pour distraire d’une imagination importune, il n est que de recourir aux livres. C’est la meilleure munition qucj’ayc trouvé en cet humain voyage. »
Livres d’études, livres qui intéressent ou distraient, les uns ou les autres seront utilement mis à contribution suivant les moments. Mais surtout, nous aurons soin d’avoir toujours près de nous quelques-uns de ces livres de philosophie sereine et pratique, où les grands penseurs de tous les temps nous ont légué le meilleur fruit de leur réflexion et de leur expérience, de ces livres qu’il suffira d’ouvrir presque au hasard, pour découvrir entre l’auteur et nous une certaine communauté de pensées, pour nous sentir tout de suite mieux éclairés et plus forts sur nous-mêmes. Notre esprit, ayant repris à ce contact le ressort qui lui manquait, pourra dès lors se donner des suggestions avec plus de succès.
Résumons-nous. L auto-suggestionpeut trouver et doit chercher dans l’hétéro- suggestion un point d appui constant. Au besoin elle peut et doit demander une aide provisoire à la thérapeutique suggestive, forme la plus parfaite de la suggestion par autrui, et d’une efficacité de beaucoup supérieure a celle de 1 auto-suggestion. Auto- et hétéro-suggestion sont d’ailleurs reliées 1 une à 1 autre par les liens les plus étroits, et la ligne de démarcation entre elles est assurément bien difficile à tracer.
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Ces données suffisent au point de vue de l'application pratique. Mais pourquoi cette union si intime des deux modes de suggestion? Pourquoi une formule si simple enferme-t-elle en ellemême une si réelle puissance ? Voilà la question qu’il nous faut maintenant résoudre.
Supposez un individu momentanément affaissé de corps et d’esprit, sous le poids d’une mauvaise nouvelle, de préoccupations, de malaises physiques. Que fait-il instinctivement? Tantôt il exerce sur lui-même un violent effort ; il se dit et se répète vigoureusement, parfois même à voix haute pour mieux se marquer ses volontés, qu’il ne veut pas se laisser abattre, qu’il doit se secouer, se remonter; et aussitôt, fait curieux qui montre une fois de plus le parallélisme constant des phénomènes du corps et de l’esprit, cette suggestion qu’il se donne ainsi se traduit simultanément, et par le relèvement de l’état moral, et par le redressement de la tête et de tout le corps. D’autres fois, il recherche la solitude, le silence, l’obscurité, espérant que le calme ainsi obtenu permettra à l’esprit de se reprendre, de se recueillir, c’est-à-dire d’opérer sa réaction naturelle, en rassemblant doucement, sans secousses, toutes ses forces contre les idées, les
sensations qui l’importunaient L En somme, dans ces deux cas, il fait spontanément de l'autosuggestion : active dans le premier, méditative dans le second, et cette auto-suggestion s’exprime, de part et d’autre, par un mécanisme identique : la concentration du sujet sur une pensée unique. Mais, que cette réaction personnelle ne suffise pas : alors il cherche refuge auprès d autrui ; il se confie à un ami, dans l’espoir que celui-ci le réconfortera. Bien mieux, il va parfois jusqu à indiquer les raisonnements qu il convient de lui tenir, et ces mêmes raisonnements qui, tout à 1 heure, venant de son propre tonds, le laissaient à peu près indifférent, réussissent maintenant à porter la conviction dans son esprit. L’auto-suggestion restait impuissante : elle a invoqué l’aide de l’hétérosuggestion.
Voilà le fait banal, connu de tous. Qu’on le remai que maintenant. Ce besoin d’une suggestion étrangère, on le retrouve à chaque pas dans la vie. L’enfant qui vient de tomber, et se répand en larmes et en cris, s arrête fout à coup, si sa