Voir Chap. ni
en un mot, pour nous permettre de déterminer, autant que possible en parfaite connaissance de cause.
Apprendre à vouloir, c’est donc apprendre à manier l’ autosuggestion, et la suggestion des autres sur soi. Mais si, même par la persévérante et intelligente mise en œuvre des procédés étudiés, la volonté ne réussit pas à prendre possession d’elle-même, qu’elle ne considère pas la partie comme perdue : elle peut et doit alors faire appel à la thérapeutique hétérosuggestive. Celleci, contrairement aux préjugés courants, ne lui imposera pas la volonté d’autrui. Elle lui apprendra à se discipliner, à coordonner à nouveau ses forces dispersées; elle sera pour elle seulement un guide et un éducateur, mais le guide le plus sûr, l’éducateur le plus puissant et le plus rationnel.
Ainsi la volonté perd cette belle confiance en elle-même, dont elle se berçait sans se soucier de l’approfondir. Enfermée dans les lois qui régissent l’esprit et l’acLion de l’esprit sur le corps, elle ne peut s’affranchir et commander en maîtresse qu’en se soumettant à ces lois. Son apparente liberté masquait une vassalité trop réelle : la voici, maintenant, vassale en appa-
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ronce, en réalité libre, et libre dans les limites les plus étendues car, en raison même de la généralité et de la rigueur de la formule sur laquelle elle s’appuie, il n’est pas de phénomène physique ou psychique, pas de point de l’organisme sur lequel elle ne puisse prétendre à agir avec la plus parfaite décision.
Telle est la théorie de ce livre. Deux conclusions capitales, intimement unies en fait, en découlent.
1° Une conclusion médicale. — C’est la possibilité désormais bien établie d’une médecine psychique faite par nous sur nous-mêmes. Par la discipline de notre volonté, nous pouvons, dans une large mesure, nous rendre maîtres de notre organisme. Ceux mêmes qui ne s’assujettiront pas à celte discipline constante, trouveront encore dans l’application temporaire des lois très simples de l’autosuggestion, le moyen d’éloigner d’eux bien des misères, bien des malaises. Les stoïciens n’ont donc pas été des êtres d’exception, surtout si l’on réfléchit que leur force morale se retrempait sans cesse dans les enseignements du maître, dans les entretiens entre disciples. Ainsi secondés, beaucoup d’entre nous pourraient assurément devenir de parfaits sloï-
ciens, et plus aisément encore, peut-être, la doctrine delà suggestion nous précisant aujourd’hui de la façon la plus lumineuse le mode d’action de la pensée.
Mais ce n’est là qu’un premier point. La volonté, en déposant en nous, par son exercice répété, des habitudes de vouloir favorables, pourra déraciner les habitudes fâcheuses qu’une éducation mal comprise, l’imitation, etc., ont pu développer en nous. Contrairement au dicton vulgaire, il est donc possible de se réformer, et dans son tempéramment physique, et surtout dans son caractère moral. Qu’est-ce que le caractère, en effet? Ici, encore, la simplicité du mot n’implique pas la simplici Lé de la chose. Le caractère n’est pas un bloc immuable, homogène : c’est une résultante, non seulement de l’hérédité, mais des influences de milieu, d’éducation, qui sans cesse y apportent des modifications nouvelles. Comment, dès lors, prétendre qu’on ne peut changer ce qui change en réalité chaque jour ?
Mais il y a plus : il n’est pas jusqu’aux habitudes transmises par l’hérédité, que nous ne puissions aspirer, sinon à annihiler, du moins à modifier plus ou moins profondément. Il n’entre
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pas dans notre plan de discuter celte grave question de l’hérédité. Nous croyons nécessaire cependant de réagir ici contre la suggestion décourageante que répandent sur les esprits des théories absolues trop facilement acceptées. Pour s’évader de son hérédité, la première, la vraie condition est de croire 1’ « évasion1 » possible ; si on n’y parvient pas de soi-même, il faut qu’un autre vous donne cette foi. Certes, il est des malformations physiques, intellectuelles et morales, contre lesquelles tout effort resterait superflu. Mais toute hérédité n’est pas fatale. Un fils de tuberculeux ne naît pas nécessairement tuberculeux, mais seulement tuberculisable. Pareillement, chez un issu de nerveux, la neurasthénie, l’hystérie, l’épilepsie même attendront une occasion favorable pour éclore, au moins pour se manifester bruyamment. Une hygiène soigneuse pourra écarter ou atténuer ces causes provocatrices, par suite diminuer les chances de reproduction. Mais si, malgré tout, des accidents éclatent, une thérapeutique bien établie pourra souvent les combattre avec: succès, en tout cas en restreindre la gravité.
\. C’est on le sait, le titre d’une fort intéressante pièce de M. Brieux, qui développe précisément cette thèse.
DK IA VOLONTÉ
2° Une conclusion de morale pratique. — Les choses ne deviennent pour nous plaisir ou souffrance que parles impressions qu’elles provoquent en nous ; elles ne fournissent que la matière des biens ou des maux, les éléments de ce qui, par notre réaction personnelle, deviendra bien ou mal. Or, en apprenant à manier notre volonté, nous apprenons à gouverner notre manière de réagir, par conséquent à tenir éloignées de la conscience les émotions ou sensations pénibles, à tirer au contraire des émotions ou sensations agréables tout ce qu’elles peuvent nous donner de joie. 11 est donc exact de dire que notre bonheur tout entier dépend de l’éducation de la volonté.
Mais ici nous voici arrêtés par une sérieuse objection : « Ne conduisez-vous pas ainsi l’homme, « va-t-on nous dire, à identifier son bonheur <( avec son plaisir, à subordonner toutes choses « à la considération de son agrément personnel ? « Votre conclusion soi-disant morale, n’est-elle « donc pas immorale au premier chef, puis- ((- qu’elle ne tend à rien moins qu’à faire de nous « des utilitaires et des égoïstes ? »
Disons tout d abord que nous attribuons à l’homme non seulement le droit, mais le devoir
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de faire de son contentement le but de son existence. Un certain égoïsme est nécessaire : la vie serait insupportable qui ne s’accompagnerait pas de la joie de vivre. Le tout est de savoir où l’on place ce contentement, comment on entend cet égoïsme. Or, — et c’est sur ce point qu’il nous reste à insister — , nous pensons, que loin de nous entraîner vers la recherche d’une utilité basse et vulgaire, l’éducation de la volonté par la pratique régulière de l'auto-suggestion, aura pour résultat nécessaire, parle seul déroulement logique des lois de la pensée, le relèvement de notre niveau moral, l’affirmation toujours plus absolue dans notre esprit d’une doctrine morale.
Nous avons indiqué déjà les gradations insensibles qui dessineront cette évolution. Suivant la loi de la suggestibilité (ou de l’habitude), les suggestions à mesure qu’elles se répètent, déposent dans l’esprit du sujet et à son insu l’idée de se soumeLtre tout entier à une sorte de suggestion plus large et plus compréhensive, embrassant l’ensemble de son être et de son existence. Reste à savoir comment cette suggestion sera conçue. Or, voici à cet égard ce qui se produira.
Au début le sujet ne voit dans l’aulo-sugges-
tion qu’un moyen ; il cherche seulement, par elle, à se débarrasser de quelques malaises, douleurs, tendances d’esprit fâcheuses, etc. Sans qu’il s’en aperçoive cependant, ces premières suggestions, qui paraissent ne viser qu’un but d’utilité pratique, contiennent implicitement en elles un élément plus noble : la pensée d’introduire un certain ordre en lui-même, par conséquent1 une aspiration encore bien confuse, il est vrai, vers un idéal rationnel. Supprimer une douleur par sa volonté c’est en effet déjà, dans une certaine mesure, faire effort pour substituer à ce qui est ce qui doit être, tendre vers un certain idéal : c’est déjà faire oeuvre morale.
Les suggestions se répètent. D’abord inconsciemment, suivant la même loi de l’habitude, puis avec l’aide de ce pouvoir d’attention et de réflexion, développé en nous par l’auto-suggestion, et qui nous conduit à mieux observer nousmêmes et autrui, et à tirer de nos observations un parti meilleur, cette pensée jusque-là à peine ébauchée, à peine teintée d’émotion, se concrète, se précise. Du même coup l’élément émotif, le désir qu’elle enveloppait en elle, se dégage et se