‹ L'éducation rationnelle de la volontéChapitre 38 sur 60 · Licbeault, Sommeil · texte numérisé non relu

Licbeault, Sommeil

môme fort bien en évidence le rôle de l’attente : « On sait, dit-il, qu’il suffit à bien des gens d’attendre le sommeil pour qu’il vienne ; qu’à d’autres il suffit qu’ils soient pénétrés de l’idée que le sommeil ne viendra pas pour qu’ils restent dans l’insomnie pendant de longues heures. » Enfin tous ceux qui ont pris du chloral, du sulfonal, etc. , savent combien, en pareil cas, l’action de l’esprit se joint utilement à l’action médicamenteuse. A dose égale, le sommeil viendra plus assurément et plus vite si l’on cherche soi-même à s’endormir, si, par une véritable auto-suggestion, on se représente peu à peu les signes du sommeil pour que celui-ci se produise réellement b

1. Ces réflexions sur l’aide que peut fournir l’action de l’esprit aux médicaments hypnotiques sont de portée générale. Le médecin doit s’efforcer d’inspirer confiance au malade dans les médicaments qu'il lui prescrit. Mais le malade, de son côté, peut et doit agir dans le même sens. Agir ainsi, ce n’est pas se laisser tromper ou se tromper soi-même. C’est simplement connaître exactement la nature de notre esprit — et même, si l’on veut, sa faiblesse — et y adapter sagement notre manière d’agir. N’avonsnous pas tous observé, d’ailleurs, de ces autosuggestionnistes inconscients, qui, rebelles à tous les remèdes prescrits, ne guérissent que par ceux qu’ils ont appris d’autres malades, ou su imaginer eux-mêmes ?

— G. de Lagrave écrit ceci : « Le premier exercice à faire pour l’auto-suggestion est de s’apprendre à s’éveiller et à s’endormir à volonté. On arrive à s’endormir et à se réveiller facilement trois fois en une heure. »

J’ai déjà montré suffisamment que l’auto-suggestion était possible et donnait des résultats, quel que fût le degré de sommeil, et môme à l’état île veille complète. J’ajouterai que ni sur les sujets qui se sont prêtés à mon observation, ni sur moi-même, je n’ai constaté cette facilité au sommeil provoqué. Cela ne veut pas dire qu’elle .n’existe pas chez beaucoup d’autres. L’auteur a eu seulement, nous semble-t-il, le tort de généraliser son observation personnelle. Celle-ci n’en reste pas moinsinteressante, car elle nous montre comment, tout en s’inspirant toujours des mêmes principes, l’auto-suggestion pourra s’adapter, avec des variantes nombreuses, aux diiïérenls tempéraments. On peut en rapprocher ce passage de Liéhcault : « On renconLre beaucoup d’individus, dit cet auteur, qui s’endorment du sommeil ordinaire quand ils veulent et à n’importe quel moment de la journée, sans qu ils y soient même portés par un besoin. Ils ressemblent en cela aux dormeurs artificiels, il

l’éducation

n’y a de différence avec ces derniers qu’en ce qu’ils suggèrent de dormir au lieu de recevoir d’un autre la suggestion. »

Résumons maintenant tous ces faits et toute cette discussion : La thérapeutique du sommeil doit être une thérapeutique psychique. L’autosuggestion exerce à cet égard la même action que l’hétéro-suggestion, bien que moins puissante et moins constante; le recueillement, du reste, n’est qu’un stade plus ou moins avancé du sommeil. On peut faire soi-même son éducation du sommeil; mais il importe non seulement de dormir, mais de savoir dormir.

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