APPENDICE
Dâacoim proDoncé à la Sorbonne le 22 Juin 1916
Lors de la ConfiErence de M. Loaîs BARTHOW
FRANCE.de l'Académie
Discoura de Mesdames, Messiew,
M. Anatole Réunis ici pour apporter, devant la jeu-
nesse des écc^es, un hommage solennel à P l'ilalie, nous dev<m8 tout d'abord saluer avec
raoçaMe sympathie respectueuse S. Ext. Mon-
sieur l'Ambassadeur, qui, présent parmi nous, nous rend^ pré s«ite l'Italie elle-même. Qui la pouvait mieux incarner à nos yeux que l'Ulustre honmie d'Etat dont l'action politique a préparé pour ime grande part Fimion aujourd'hui consommée de son pays avec l'Angleterre, la Russie et la France ? Nous l'acclamons aujourd'hui, dans cette auguste Sorbonne, comme il fut acclamé dans la tribime diplomatique de notre Chambre des députés aux jours hist(»riques de mai 1915, lorsque, sur Je Capitole, aux applaudissemoils des Roraaôiis, la cloche du campanello annonçait à l'univers que Tltalie prenait les ^rmes
pour une juste cause.
Dans cette réunion, consacrée à notre sœur latine, je me réjouis de me trouver au côté de mon ami Louis Barthou, en communion avec lui, tous deux ayant la même foi, et poortant chacun demeurant semblable à lui-même, tous deux venus d'un même cœur, sans rien sacrifier des convictions anciennes, ce qui serait nous diminuer, mais étroitement unis en face de .r«anemi.
Je ne rappellerai pas le sacrifice que douloureusement et sans plainte Louis Barthou a fait à la patrie. Il ne me le permettrait pas, alors que, comme lui, tant de pères de famill?, tant de mères ont obscur émeni donné le plus cher, le plus pur de leur sang. Il ne me laissera pas dire non plus avec quel zèle enflammé, quel labeur opiniâtre, quelle entière abnégalipn, quel talent de parole et quelle force <fe pensée A a.
l'effort itauen
comme membre du Parlement et comme homme privé, servi son pays pendant ces deux aimées démesurées et formidables.
Je rappellerai du moins ses séjours en Italie où il a fait ai^laudir la parole française et d*oà il a rapporté de fortes et rassurantes impressions. J*ai hâte, comme vous, de Tentendre. Aussi exprimerai-je en aussi peu de mots que possible à cette belle Italie la reconnaissance et Tadmiration d un Français qui Ta aimée sa vie ratière* et qui Ta aimée dans ses collines couronnées de cyprès, dans ses monts ombragés de térébinthes, ou nus sous le soleil qui les dore, ces monts dont les noms seuls font tressaillir les cœurs généreux ; qui l'a aimée dans^ ses plages harmonieuses, ses lacs» sa mer et son ciçl aux sou* rires divins, dans ses villes de martre et dans ses villages dres-^ sés sur le roc, fiers comme des citadelles ; qui Ta aimée daiis ses poètes, dans ses musiciens, dans ses artistes, dans ses historiens et ses savants, dans son profond passé d*une grandeur qui étonne, ^t dans son passé tout frémissant encore des luttes de ce Rismgimento, que demain va couronner la victoire ; qui Ta aimée enfin avec tous les transports de la passion, toutes^ les délices de la volupté, tou^s les méditations de la philosophie.
C*est ainsi que Tltalie est aimée en France. Et la preuve de cet attachement, vous la trouvez dans la surprise draloureuse que nous causaient les dissentiments politiques et écono^ miques qui naguère séparaient les deux nations.
Avec quelle satisfaction aussi avons-nous vu que, dès le début de la guerre, Tltalie, refusant d*être complice d*^ne injuste agresnon et dénonçant la Triple*- Alliance, nous don*nait comme prémices de son amitié la sécurité sur notre frontière méridionale.
Et avec quelle allégresse avons-nous appris que, le- 16 mai 1913, elle unissait ses armes aux nôtres. Et il y avait lieu non seulement de se réjouir al<Nrs, mais d*admifer Tltalie, car la guerre ne lui était pas m^sée ccmmie à nous, ou plutôt seuls la lui imposaient le souci de la justice et le soin de ses destinées.
Cette guerre, elle i*avait assumée, non parce qu'elle la. jugeait facile et sûre, mais, au contraire, parce que, la pré*-' voyant Icmgue et terrible, elle Testimait sage et nécessaii^el Depuis lors, elle la conduisit d'une âme résolue et sereine^ d'un cœur inébranlable, en ferme et sincère solidarité avec nous.
En décembre, elle signa le pacte de Londres, s'enj^- ^eant à ne déposer les armes qu'en même temps que^ les puissances de rÉntente, et elle donna à la Belgique l'assurance •qu'elle ne cesserai^ de combattre tant qu'une parcelle de territoire belge serait encore foulée par l'envahisseur. Elle l'a proclamé par la bouche de ses plus illustres hommes d'Etat : ritalie est résolue à continuer la lutte avec toutes ses forces, au prix de tous les saaifices, jusqu'à ce qu'elle ait réalisé ses plus saintes espérances, restauré de owcert avec les alliés le droit international, et assuré avec eux, entre peimles. Tindépendance, la sûreté, le respect réciproque qui'seuls peuvent rendre le calme à l'univers. Cette grande tâche accomplie, la paix se lèvera comme le soleil sur le monde et nous verrons .s'accomplir le vœu formé par l'homme éminent en qui nous avons salué tout à l'heure l'Italie ei^^. Son Elxcellence M. Tittoni :
(( Que la paix acquise par la victoire ne soit pas une paix, mais bien la paix, la paix pure de tous germes de guerre, la paix assise, solidement, sur le principe des nationalités et de la justice internationale. )>
Voilà le sens du pacte par lequel l'Italie s'est liée à nous. Voilà les généreuses conditions de son aide généreuse. Nous acquitterons-nous envers elle par des louanges vaines et des h<»mnages stériles ? Non. En des jours plus sereins, quand nous serons rendus aux. travaux de la terre, de l'industrie et des arts, il nous souviendra que du Stelvio à l'Isonzo, autour des pics couverts de neiges éternelles, dans des gorges fouettées par l'aquilon glacial, un sang précieux coula pour la cause commune.
Amis de l'Italie dans la guerre, nous restocms sé!s amis <}ans la paix ; à la fratmnté d'armes, nous ne ferons pas suc
céder les hostilités économiques. Nous saurons concilia les intérêts commerciaux. Industriels, financiers des deux peuples -et nous ferons tomber de concert ces barrières de chiffres, parfois aussi cruelles pendant la paix que les fils barbelés pendant la guerre.
Mesdames, Messieurs, et vous, jeunes hommes, qui goûterez longuement les fruits de cette paix qui aura coûté de Tudes eâcNTts et de saaglsmts sacrifices, rappelez-vous toujours qae vos pères, alliés à cette noble et fine Italie, alliés à presque toute l'Eunfye civiUsée, oitt lirttc ition pour la ptoie»
comme des Barbares, noi pour la dommatH» insolente et
cruelle, comme nos aidversaires, mais peur la liberté, c<Mrtre la tyramiie, pour la justice contre l'iniquité, pour la foi des traités contre la perfidie, pour la paix contïe la guerre. Et qu*à jamais Texemple des vaincus (car nous pouvons tenir désormais nos ennemis pour vaincus) vous garde du Imitai orgueil qui les a perdus, des désirs immodérés et du dédain des faibles ! Que leur ruiae vous enseigne la raison, la justice et vous peisua^ que la. force sans sagesse se dévc^e elle-^ même !
> Discours de= A l'issue de la Conférence, M. Tiltoni, ambassadeur M. TIXTONI» d'Italie, traça un magistral tableau de la situatiw extérieure*
ambaMadmir ^ assume par sa patrie. ....... ,
|, Après avoir rendu hommage au deuil héroïque du
conférencier M, Louis Barlhou, ii exposa comment les Empires Centraux, trouvant insuffisant le prétexte de Serajevo, ont assumé k responsabilité de la guerre, en prétendant que les Etsds de rEnlente contrecarraient les intérêts de l'Autriche dans les Balkans.
Or, après avoir annexé la Bosnie-Herzégovine avec Tassentiinent pacifique cfe l'Angleterre, de la France et de la Russie. l'Autriche, c'est le comte Berchtold qui le déclare, ne désirait plus qu'une diose, une Albanie indépendante; les mêmes puissances n'y mirent aacune opposition. Dès avant la guerre» c était chose £aite.
Mais il faut aoire que, devant la politique pacifique de FEntente. TAutriche: multiplia ses uniques dénrs» car sous Finspiràtioa de FAllemagne, elle n*a pascraint dé dev<âc;r aea anlnliMis scerèies, en attaquant la Serbie, dont l'attitude nmdérée» et {nrite à toutes les concessions» sur les oonse& de la Ruane woi^r ne justifia jamais cette inqui^finble agresMoa.
(( Parlerai-je de l'efiort militaire italien ? explique ensuite M, Tittoni.
Le meilleur moyen d'en fabe CKMpmnàse^ rmqxMrtance aut public français, c'était le témoignage des Fiançais mêmes qui Tont vu de près..
Des hommes éminents, qui sont en contact presque quotiàim ^vec Tcfrâiioii pd»lk|tie, MM. Louis BarâuMi, StépKen Pi<^on, Gabriel Himotmix^ Maurice Bairès et Joseph Reinach, ont été sur notre front, dans nos tranchées, au milieu de nos soldats. Ils ont causé avec notre roi, nos généraux, nos. officiers et nos poilus. Us oot résumé leurs impressions fraîches, ^ives, spraitanées, dems d^excellents Mticies. M. Barthou a voulu en renouveler Texpressicm dans c^e conférence, ddns laquelle il nous a montré, encore une fois, que Téloquence et
l'effort ITAUEN
Fef&cacité de sa jaaoke égalant la faiesse et Félégance de sa
plume. Je n'ajouterai pas un mot à ce que lui et ses iHu^res amis ont dit avec tant d'éclat et d'autorité. Je me bornerai à les remercier publiquement au n<xn de mon pays pour leur perse-* ¥éraate collaborabon à Famitie banco-italienne, et comme tous ceux qui les €êA hts ou ratenclM^ j'assodarat dans use nfene pensée les héros de Verdun et les héros du Trentin. Il me semble que le rude choc que nous avons supporté ensemble, que l'anxiété des premiers moments de l'offensive allemande et autrichienne à laquelle a bientôt succé^ la joie d*^p{Ni<endie que la biavoure de nos ânaées avait emrajré Tetf^t aacmi^ ont encore plus resserré nos liens, uni nos âmes et nOkis ont fait mieux et avec plus d'intensité sentu et comprendre notre fraternité.
Pensons toujour»^ à ceux qui combattent et qui meurent pom k partie ! Ce sera le moyra le plus sûr de dîss^>er les d^cultés intérieures et de cimenter i*union sacrée.
Je dois aussi remercier M. Anatole France qui a voulu présider notre r^mion. Il est naturel qu'il soit au premier rang dans toutes les manifestaticms pour la ju^ice qui est sa gnade iÛedàoÊL EUe la toOyoBHrs été.
Le jour de réception de M. Anatole France à T Académie française (il est mélancolique pour mol comme pour lui de constater que ce jour est bien éloigné de nous) son confrère M. Ckéatd,. j^Ncès avoii ^t allusion aux titres agréaUemmt trompeurs de ses livres et kmé les séducti<ms d*ufie langue si parfaite qu'il semble qu'il n'ait à se défier que de sa grande perfection, mettait en relief sa qualité prééminente : son esprit de révolte contre toutes les injustices. M. Anatole, France, cette qualité qui est l'honneur et r<»rgueil de votie vie, les circonstances actuelles la font encwe mieux apj^écie^ !
Monsieur LE Pbesidënt,
Votre comité faisait coonaitie au {Nidalic TeiGrt anglais, belge, français, italien, jafxmais, russe et sal»e a accompli me œuvre digne et patriotique. Mais il y a un autre effort dont le public a salué le commencement avec joie et dont il attend la continuation avec le concours de tous sans exception et sans uiternq>ticMi ou hésitaticm.
Cet eSotl est Teffwt amnu», T^iMft collée^ sur tous
les fronts dans le même moment, la cpwdination et Faction simultanée des fwces alliées afin que les empires centraux cessent de jouir de Tavantage dont ils ont longuement et habilement profité, de combattre successivement sur chaque front, jamais sur tous les fronts ensemble. Certes, il y a aussi là une question de canons et de munitions. Les hranmes clairvoyants, dès les premiers jours de la guerre, ont compris que le nombre et le renouvellement continu des canons et la production illimitée des munitions en constituent le facteur peut-être décisif, certainement le plus important. On l'a compris en France, où on peut justement se flatter d*avcir résolu le formidable problème. Il faut absolument que partout on ne redouble pas seulement, on centuple les efforts en prenant exemple de l'effort admirable de la France.
Je ne dirai pas que la victoire est à ce prix, car, en tout cas, notre confiance dans la victoire finale doit être inébranlable. Mais la confiance ne doit pas être mystique et contemplative ; elle doit s'appuyer sur l'action, sur l'action énergique et incessante, sur l'action qui ne faiblit pas un seul instant, qui ne sWiête jamais. Car s'il faut penser à terminer ^a guerre par la victoire, il ne faut rien négliger pour l'obtenir le plus tôt possiUe.
Nous avons toujours dit et nous répéterons toujours que, quelle que soit la durée de la guerre, nous la poursuivrons jus^ qu'au bout. Mais ce serait vraiment inconscience et insouciance coupables de dire qu'il est indifférent que la guerre soit plus ou moins longue, comme si on pouvait être indifférent aux énormes sacrifices des peuples en sang et en argent, n
L*luilie ii*a'cloiic fait que sommer TAutriche d'être fidèle à ses engagements de respecter le droit» plutôt que de rester, par une aveugle neutralité, complice d*|iii pareil attelât.
Et, cqmdant, réminent homme d'Etat omclat que, malgré tout, la guerre ne doit pas finir avant qu'elle ait ïtaadn possible une paix G<Hnplète et déèûttve qui règle les problèqses de la pdBtique enrc^iéeme, d'une mmière staUé et dans le sens de la justice.
Et d'ailleurs, roaintauuit que la logique fatale des événemoits est en jeu, personne ne saurait arrêta la guerre dédiainée avant qu'elle atteipie d*dlemême so'n but élémeuture ; ni ceux qui en subiront les conséquences après en avoir été la cause; ni même les Alliés qui ne l'ont pas voulue et ^serait vainqueurs (I).
(I) On trouvera le texte in extenso de ce discours dans là ooBection des Pages adudkêf Bloud & d^, éditeurs.