DISCOURS DE M. EDMOND PERRIER
Membre de l'Institut, Directeur du Muséum d'Histoire naturelle.
Monsieur l'Ambassadeur
Monsieur le Ministre, Mesdames, Messieurs.
Au mois de septembre 1870, la France traversait une crise plus grave encore, dans sa brièveté que celle dans laquelle nous nous débattons aujourd'hui. Elle était vaincue et... nous ne le serons pas!
Nos armées les plus belles étaient prisonnières; Paris était investi, coupé du reste de la France; un gouvernement improvisé, fils de la défaite, avait dû s'installer en province; il semblait que tout fût perdu.
Pas plus qu'au mois de septembre 1914, alors que l'armée allemande marchait sur Paris avec une rapidité foudroyante, la Nation ne fut ébranlée. Elle était décidée à obéir à la voix de qui voudrait la conduire à l'ennemi, de qui se sentirait capable sinon d'organiser la victoire, du moins de la faire si chèrement payer à l'agresseur que le Monde continuerait à admirer la France glorieusement blessée, mais bien vivante encore et prête à reprendre sa place toujours enviée parmi les nations.
Cet homme se trouva à Paris même, dans la ville assiégée. Il lui fallait en sortir, et aucune autre voie ne s'ouvrait à lui que celle du
1. M. Edmond Perrier, membre de l'Institut, directeur du Muséum d'Histoire naturelle, .M. Joseph Heinach et M. M. R Vesnitch, ministre de Serbie, ont bien voulu réserver aux lecteurs de la Reuue des Sciences politiques, les discours qu'ils ont prononcés à la Sorbonne, le i< février 1917, sur VEffort série, dans la conférence organisée par le Comité « l'EITorl de la France et de ses x^lliés •. Nous leur en exprimons ici nos plus vifs remerciements (N. d. 1. R.).
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ciel! Nous en étions encore aux ballons capricieux des frères Mongolfier. On n'avait jamais songé à en faire des engins de guerre : l'ascension d'un ballon était demeurée dans le programme des réjouissances publiques. 11 était réservé aux Allemands, après que Dupuy de Lôme les eût disciplinés et qu'Ader eût résolu le problème « du plus lourd que l'air » de faire de ces merveilles du génie français, glorieuses conquêtes de la paix, le dirigeable et l'avion, des instruments de dévastation, de carnage et d'assassinat.
Le ballon, c'était le hasard ; après le lâchez-tout, il devenait le jouet des vents qui pouvaient tout aussi bien jeter son passager dans les bras du général de Moltke que le conduire à Tours auprès des délégués de la défense nationale. Gambetta n'hésita pas : il partit le 7 octobre; le 9 il était au but.
Quelques jours après, une ferme et courageuse proclamation rallumait toutes les énergies; un gouvernement solide était constitué; ses rapports avec Paris étaient organisés; une armée nouvelle se levait, commandée par des généraux dignes d'elle, et marchait au feu...
La Serbie, Monsieur le Ministre, a connu ces résurrections. Votre héroïque roi Pierre a su naguère, lui aussi, incarner son pays vaincu plus par les éléments que par ses ennemis. Sa tragique odyssée mériterait d'être chantée par un Homère... et je n'hésite pas à évoquer ici le nom du grand poète de la Grèce. Si Homère vivait encore, il serait avec nous!
Le sursaut de la France, en 1870, fut l'œuvre de celui qu'on appelait alors : le tribun... un tribun, en effet, tout bouillonnant d'une entraînante éloquence, par qui s'exprimaient le plus pur patriotisme et le plus ardent, l'esprit d'organisation le plus perspicace, le sens pratique le plus aiguisé, l'âme la plus droite et la plus désintéressée, en un mot : l'incarnation de ces Français que l'adversité ne dompte jamais, qui demeurent et qui demeureront toujours debout pour la défense des nobles causes.
Vous avez. Monsieur le Ministre, magnifiquement conté ce miracle lorsque vous êtes allé, le 21 mai dernier à Saint-Étienne, dans cette ville industrieuse dont vous avez fait la seconde patrie de vos jeunes compatriotes, célébrer, en compagnie de l'éminent et actif organisae urs de ces conférences, M. Paul Labbé, la commémoration du
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grand patriote français, et montrer à vos pupilles ce que peut faire dans un pays une grande âme. Vous avez rappelé comment cette unité des cœurs de tous les Français, dont il était si fier de n'avoir pas douté aux heures du danger, s'est spontanément retrouvée lorsque la France se retrouva elle-même en face des mêmes ennemis : (( Ce sera, disiez-vous, la gloire éternelle de la nation française d'avoir su, aux moments critiques de son histoire, oublier les divisions, les rivalités des partis, pour ne songer qu'à repousser Tennemi commun et à défendre le territoire menacé. » Nous savons aujourd'hui qu'avec certains voisins notre territoire et bien d'autres sont et seront toujours menacés, que dans la situation où est l'Europe, rien n'est plus dangereux pour une nation que les luttes intestines qui peuvent s'organiser dans ses institutions dirigeantes et que la nation la plus sage, celle à qui appartiendra l'avenir, sera celle qui saura la première éteindre ces luttes et établir chez elle une autorité morale unique : celle du bon sens. Nous vous sommes reconnaissants d'en avoir célébré le prophète !
Personne n'était plus fait pour partager vos sentiments que l'orateur que nous allons entendre, M. Joseph Reinach, près de qui je suis heureux de me trouver aujourd'hui. Il fut dès sa prime jeunesse un ami de la Serbie et du Monténégro : leur histoire fut sa première œuvre littéraire. Il fut aussi, dès cette époque, l'un des admirateurs les plus chauds, des collaborateurs les plus dévoués du grand homme d'État qui, après avoir ranimé la France, avait rêvé de maintenir, après la guerre, cette union sacrée de tous les Français qui nous sera plus que jamais nécessaire pour développer ou même maintenir les bienfaits de la paix victorieuse et définitive que redoutent tant nos ennemis. Par elle, il voulait instituer chez nous une répubUque fraternelle, généreuse, habitable pour tous les Français de bonne volonté, fondée sur le respect réciproque qu'ils se doivent, puissamment organisée, mais libérée de ces organisations de bataille qu'on appelle les partis, la République que seront fiers de réclamer demain ces partis eux-mêmes, lorsqu'ils se seront aperçu que la raison est une et qu'on ne peut être divisé que lorsqu'on la méconnaît.
Celte France de demain à laquelle nous aspirons tous, cette France paisible, laborieuse, amie de tous les peuples grands ou petits, pourvu qu'ils soient sincères, éprise de grandeur morale, de beauté, de jus-
tice et de liberté, nous la voyons déjà se dresser sur les champs de bataille où s'évanouit le cauchemar du monstrueux Empire du Milieu, rêvé par tout un peuple en délire dont un nouveau Polybe nous conte jour par jour les angoisses croissantes, préludes dune chute prochaine, malgré les stupéfiantes palinodies et les récentes menaces de ses maîtres.
Et alors pourront reprendre leur place au soleil, qui n'a pas été fait seulement, quoi qu'ils en pensent, pour le roi de Prusse et ses sujets, les admirables petites nations" cyniquement attaquées et dévastées par eux, sans autres motifs que ceux qui inspirent les voleurs de grand chemin, ces trois héroïques martyres : la Belgique, la Serbie, le Monténégro et aussi ces victimes d'autrefois, la Pologne et la Bohême, tandis que retourneront à leurs nationalités les Danois du Schleswig-Holstein, les Italiens de Trente et deTrieste, les Serbes de la Bosnie, de l'Herzégovine et d'ailleurs.
Chaque jour nous apporte le récit de quelque raffinement nouveau dans les cruautés dont soufïrent les populations qui ont eu à subir l'invasion allemande et on nous annonce que nous sommes loin d'avoir encore atteint les limites de l'épouvante. Nous voudrions nous croire, pour l'honneur de l'Humanité, en présence d'un égarement momentané qui aurait frappé l'esprit de certains chefs, au cours des événements tragiques qui s'accumulent durant une guerre sans précédent. Hélas! il ne s'agit pas ici d'aberrations personnelles et passagères. Bien avant cette guerre, en présence des difficultés que l'Allemagne et l'Autriche éprouvaient à digérer leurs conquêtes, leurs théoriciens écrivaient : « Nous avons eu tort de laisser sur place les anciens habitants des provinces annexées; dorénavant il faudra les débarrasser de leur population récalcitrante et les peupler exclusivement de vrais Allemands. » Un des protagonistes de leur Kultur Reimer, qui revendique la Normandie, l'Artois, la Picardie comme des provinces allemandes, considérant que l'Allemagne a pour mission divine de s'emparer du monde afin d'élever l'Humanité à sa hauteur, juge d'ailleurs inutile de se dépenser à le conquérir. (( On arriverait au même résultat, écrit-il, en détruisant autant que possible toutes ces races, y compris les Celtes, les Alpins, les Sémites qui, d'essence inférieure, ne peuvent que paralyser les progrès de la première race du monde. Dans l'empire germain agrandi par ses
conquêtes sans merci, les non Germains seraient condamnés à la stérilité! »
C'est fou, n'est-ce pas? Mais quelle lumière projette ce texte sur la mentalité d'une nation où il s'est trouvé un intellectuel — et il est loin d'être le seul — pour l'écrire, un éditeur pour le publier, des lecteurs pour le savourer, sans susciter nulle part la moindre indignation; et comme il éclaire ces crimes indélébiles : le sac des villes belges, les tueries de femmes et d'enfants, les déportations d'adultes, les privations mortelles imposées aux vieillards rendus à leur pays seulement pour y mourir, les tubes à microbes envoyés en Roumanie, les horribles massacres d'Arménie, la contagion organisée du typhus et de la tuberculose et les supplices infligés à la noble et vaillante Serbie demeurée fidèle, comme le disait M. Paul Labbé dans une de ses belles conférences, au serment chaque année renouvelé de venger les morts tombés à Kossovo, en 1389, en ne cessant de lutter pour rendre, coûte que coûte, son indépendance à la terre qu'ils avaient arrosée de leur sang.
Et après tant de crimes consommés d'un côté, tant de sacrifices consentis, tant de sang versé de l'autre il faudrait, nous dit-on, que tout fût oublié; qu'une paix blanche vint amnistier un peuple qui, conduit par les moins scrupuleux des chefs, n'a cessé depuis plus de 300 ans de semer le trouble partout pour la satisfaction de leurs insatiables ambitions; qu'on laissât fermenter au centre de l'Europe une immense chaudière sans cesse bouillonnante dont l'éclatement toujours menaçant, pourrait briser tout ce qui Tentoure! On tolérerait que le bloc cohérent des nations qui se qualifient de centrales vînt dire aux autres : « J'ai envie de la mer qui vous borde, des fleuves qui vous arrosent, de vos forêts, de vos champs, de vos vignes, de votre charbon, de vos minerais; je suis le peuple choisi pour régénérer le monde; donnez-moi tout cela où je dévaste, j'incendie, j'empoisonne la terre entière et je proclamerai que ces désastres sont votre œuvre, parce que vous n'aurez pas voulu céder à mes désirs et accepter ma paix, la paix de repu insolent que je vous offrirai. » Car c'est bien là la menace que l'Allemagne tient suspendue non seulement sur la tête des belligérants, mais aussi sur celles des neutres; elle offre la paix; mais à condition que tous ses appétits soient satisfaits, et c'est aussi la méthode, codifiée depuis par
Frédéric II et ses disciples, que pratiquaient d'instinct les Huns, les Vandales, les Goths de toutes sortes de qui Buffon disait :
(( La condition, la plus misérable de l'espèce humaine n'est pas celle des Sauvages, mais celle des nations au quart policées qui, de tout temps ont été de vrais fléaux de la Nature humaine et que les peuples civilisés ont encore peine à contenir aujourd'hui. Elles ont ravagé la première terre heureuse; elles en ont arraché les germes de bonheur et détruit les fruits de la Science. Combien n'a-t-on pas vu de ces débordements d'animaux à face humaine, toujours venant du Nord, ravager les terres du Midi. »
A la face humaine, les hordes toujours venant du Nord ont ajouté une sorte de civilisation matérielle, la Kultur; mais n'est-ce pas une preuve de la persistance de leur barbarie foncière que d'avoir imaginé ce Dieu sauvage, ce vieux Gott sanguinaire et borné qui s'éprend d'un groupe d'hommes et lui promet la domination universelle à la condition qu'il lui offrira d'abord en holocauste, tel le Moloch de Carthage, plusieurs millions de ses élus?
Non, Messieurs, la paix blanche ne suffirait pas à arrêter pour toujours le débordement des hordes qui se sont ruées sur la Belgique, sur nos provinces du Nord, sur notre chère Alsace-Lorraine qu'il faudra bien nous rendre, sur la Pologne, sur la Roumanie et dont la Serbie a été la première et la plus douloureuse victime. La Serbie a déjà rejeté loin d'elle un coin du linceul dans lequel on croyait l'avoir pour toujours ensevelie; nos soldats montent la garde auprès d'elle; demain nous sentirons palpiter son cœur près du nôtre, et ce sera une leçon pour tous ceux qui ignorent la profondeur des sentiments, la solidité des liens qui unissent les hommes façonnés par les mêmes climats, habitués à surmonter les mêmes difficultés de l'existence, à échanger les idées que fait naître en eux une vie commune, et qui créent ainsi cette chose immatérielle mais vivante qu'on appelle une nationalité, cette entité morale, et par cela môme irréductible que les nations au quart policées, dominées par leurs appétits matériels de quelque nom qu'elles les voilent, sont incapables de comprendre et qu'elles n'arriveront jamais à étouffer.
La dispersion même — leur dernier recours — n'éteint pas de pareils sentiments. A peine, me disait naguère un ancien ministre
du roi Pierre, M. Zujovic, la Serbie avait-elle recouvré son indépendance que de tous les pays voisins : de la Croatie, du Banat, de la Macédoine, de la Roumanie, les Serbes émigrés revenaient prendre leur place dans la mère patrie. Et bientôt se produit une miraculeuse renaissance nationale. On commence par scruter pieusement le sol natal. C'est le géographe Cvijiô qui en dessine la carte avec ses reliefs et ses vallées; c'est l'éminent géologue Zujovic, deux fois ministre en son pays, élève de notre Faculté des Sciences et de notre Ecole des Mines qui en fouille les entrailles, enlève aux Allemands toujours précautionneux qui ont méticuleusement étudié les régions balkaniques : Bosnie, Herzégovine, Bulgarie — cela peut-être utile aux Etats-majors — le souci de dresser la carte géologique de son pays, et fonde les Annales géologiques de la Péninsule des Balkans, tandis que l'historien Ruvarc crée une école nationale pour fixer le récit des vicissitudes si émouvantes qu'a traversées la nation serbe. Pour consigner tous ces travaux dans des archives durables, il faut une langue. La langue serbe existe; elle a même toute une littérature faite de légendes touchantes et de chansons populaires, où se révèle cette àme tendre et poétique, si profondément attachante, dont notre ami, M. Paul Labbé a si finement dessiné les traits charmants dans les nombreuses conférences qu'il a faites à Saint-Etienne, à Roanne, à Genève, et où, près de lui, MM. Ernest Denis, Gaston Rageot, Eisenmann ont montré tous les aspects de la pittoresque Serbie et du peuple aux nobles et fiers sentiments qui vit dans ses montagnes. Malheureusement la langue serbe est surtout une langue parlée et par conséquent mobile ; c'est de bouche à oreille que se transmettent l'histoire, les légendes, les poèmes et les chansons. Il faut codifier tout cela, créer une orthographe, préciser les règles de syntaxe : le philologue Vue s'y applique, et il se trouve que d'instinct les paysans serbes ont créé une langue souple, simple, logique, le contraire de la langue allemande, et qui procède d'un esprit dont les affinités avec le nôtre sont si grandes que, malgré leur diversité d'origine, la syntaxe des deux langues est à ce point identique que les mots sont placés exactement de la même façon dans les phrases exprimant les mêmes idées; les gestes, les attitudes qui accompagnent leur expression sont d'ailleurs tellement pareils aux nôtres qu'un Français ne se trompe jamais sur leur
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signification. L'affinité des deux pays s'est traduite d'une façon plus effective encore. Avant la guerre, la Serbie avait envoyé dans nos lycées 3,200 jeunes gens et dans nos Universités 400 étudiants.
C'est au milieu de tout ce travail de reconstitution qui promettait à la Serbie un magnifique avenir, qu'après avoir été traîtreusement attaquée par la Bulgarie et l'avoir vaincue, outragée par l'Autriche dans sa dignité, comme aucun peuple ne l'avait jamais été, abandonnée par la Grèce, son alliée, la Serbie fut encore une fois envahie. Écrasée par le nombre, la vaillante petite armée serbe réussit quand même à force de courage et au prix de privations inouïes à échapper à Tencerclement ; elle est réorganisée maintenant, elle a déjà recommencé la lutte et l'une des grandes joies de la France, au jour de la victoire, sera d'avoir vengé cette courageuse nation et contribué à sa restauration.
Nous l'aimions depuis longtemps pour toutes les affinités qui l'attachaient à nous, mais, permettez-moi. Monsieur le Ministre de le dire aujourd'hui à Votre Excellence. Vous avez encore ajouté, par vous-même, à l'affection que nous lui portions. Tout Paris sait avec quelle inlassable activité vous vous êtes dévoué non seulement à vos compatriotes, mais à tous ceux que la guerre a éprouvés; tout Paris admire l'inépuisable bonté avec laquelle Mme Vesnitch se prodigue dans nos œuvres de charité, et la France entière fait des vœux pour votre patrie en qui elle voit une jeune sœur.
Que dis-je ? La France ! Toute l'Europe combat de fait ou de cœur pour vous. La justice est lente à venir, mais elle vient toujours à son heure. Sous les rayons du soleil de l'été prochain, un immense chant de victoire retentira dans le monde pour célébrer l'avènement d'une ère de paix dont personne n'osera plus troubler la sereine majesté. Les malheurs de la Serbie auront amené cet âge d'or et, pour cela, elle sera particulièrement vénérée dans cette société des nations qui saura bien établir un droit contre lequel la force ne pourra rien. Nous n'en sommes pas encore là. La colombe au bec crochu et aux griffes acérées qui est venue clamer au président Wilson son désir de paix vient de déclarer la guerre au monde entier; elle peut encore sur ses ailes sinistres apporter à ceux qu'elle brave aujourd'hui bien des souffrances. Alors, ils tourneront les yeux vers le petit peuple serbe dont le martyre a dépassé celui même de la
L'EFFORT SERBE. Il
Belgique et qui n'en a pas moins maintenu sur son drapeau la devise des héros de Kossovo : vaincre ou mourir.
Mais quelque goût pour la destraction que les Allemands aient conservé des habitants antiques des sombres forêts germaines, bons ou mauvais, les peuples ne meurent pas. L'âme des ancêtres persiste en eux, et c'est pour avoir méconnu cette vérité, comme ils en ont méconnu bien d'autres, c'est pour avoir cru qu'on brise les âmes comme on brise les corps que les Allemands sont devenus les bourreaux de l'Humanité. L'Humanité tout entière se soulève aujourd'hui contre eux; dresse contre leur force, la notion éternelle du droit, fondé sur l'égalité des hommes. L'heure du châtiment est proche.
On raconte qu'ils déclarent que s'ils sont obligés de rendre les contrées actuellement occupées par eux, ils les rendront chauves : ce n'est pas parce qu'à leurs méfaits passés, ils en auront ajouté de nouveaux, parce qu'ils y auront mis le comble, en se faisant écumeurs des mers, à la façon des Turcs des siècles passés, qu'ils échapperont à leur destin.