LBS INÉGALITÉS TERRIBLES. IM
8(mt-ils ceux qui oseraient dire : c Ce sont des nations de damnés. Des milliards et des milliards de damnés, y compris les petits enfants morts h la mamelle, sont exclus de la grande égalité du ciel, parce qu'ils n'ont pas fait partie, soit du peuple d'Israël avant Jésus-Christ, soit des nations chrétiennes depuis Jésus-Christ ! »
Nous ignorons les voies de Dieu, mais il nous en a laissé voir quelque chose. Nous en avons vu assez, pour savoir d'abord que les responsabilités se proportionnent aux lumières, ensuite que Christ est mort en faveur de tous, que l'Esprit souffle où il veut, que partout dosâmes peuvent céder à ses soliicitatiops universelles et pousser un soupir vers la délivrance.
D'ailleurs les inégalités nationales appellent à leur tour, comme les inégalités individuelles,remploide la méthode qui relève. Les nations qui ont de grands privilèges sont des nations qui ont de grands devoirs. Les pays chrétiens ont charge d'âmes. Par eux le christianisme et la civilisation chrétienne doivent aller reth*er de leur abaissement les contrées plongées encore dans les té«nèbres. .
L'avenir des peuples déshérités est remis aux peuples privilégiés. Et ici je pense très-particulièrement à Genève. Quand je jette les yeux sur vos églises, sur vos écoles, sur vos bibliothèques, sur vos cours publics, sur ce mouvement d'idées par lequel vous égalez les grandes capitales, je me dis qu'en vous donnant tout cela Dieu vous a conféré une mission. Dieu attend beaucoup de vous. Souvénez-vous, puisque nous parlons d'égalité, que vous êtes au nombre des favorisés d'ici-bas. En fait d'aristocraties, la vôtre n'est certes pas la moindre. Souvenez-vous des pauvres nations qui ne connaissent
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ta la famOIe^ ni les principes les {dus élémentaires do la morale. Aristocrates de Grenève, soaTeDez*vous^f
n me semble, messieurs, qa*8 mesure que nous avan-* çons, nous comprenons mieux où sont les vraies égaJ^ tés et les vraies inégalités. Au commencement peut-éM beaucoup d*entre nous en étaient-ils encore au classe* ment banal, à celui qui court les rues, les riches et les pauvres, les puissants et les faibles. Maintenant la hié-> rarcMe humaine se laisse deviner teUe qu'elte est. Ea présence de Tégalîté qui abaisse, du mveHementhaîneux et stupide, il fait bon voir se dresser cette invincible liiérarchie des âmes qui délSe les niveleurs» EQe existe dès à présent et n'attend pas le Jugement universel. Il y a des petits dans toutes les classes ; il y a des gran^ dans toutes les classes. Déciderait, nous ne pouvons codp* sentir à classer les hommes d'après leur rang extérieur.
Autant vaudrait classer les pays d'après Yêteadne de leur territoire. Tel pays passe devant parce quTI a plus de provinces, parce qu'il lève plus de régimentsi II faut protester et réagir contre cette préoccupation du grande je dirai presque, du gros. LaRussie serait^He, par hasard, le premier pays de l'Europe? La Chine serait-elle le premier pays du monde ? Quiconque a lu un peu Thistôire sait où nous en serions sans les petits pays, sans la petite Grèce, sans la petite Suisse, sans la petite Hollande^ sans la petite Judée.
Jugeons moins superficiellement, plus fièrement auss^'
L'ËCHBLLfi DES GJIAIIDEURS. m
les qoestloiis d'^afité et les questions de hiérarchie. La classement vulgaire oublie l'essentiel. Il se prosterna devant la richesse et devant le succès.
La ridiessa i Bamàra inenâîait son pain* Colomb demandail; à mains joiates les trais baniaes qui ont découvert rAmédque. Les apôtres gagnaient leur vie en travaillait. Je i» dis lien de Cekd qui se nommait le Fils de rjhomme, et qui n'anaitpas un lieu où reposer sa tôte,
le sucôàs ! Il me semble qne ceux qui succombent valent souvent oniz qmréossisafint» Qœ de vaincus qui ont dépassé leurs vainqueurs ! D'ailleurs cas vainqueurs aQiitrilsIûen des vainqueurs? Qui a vaincu, de Néron ou de Paul ? Qui a vaincu, de Gbarlas-Qumt«ii de Lu&erf Pe Louis XIV ou des martyrs de la dragonnade, qui a vaincut
Si l'égalité qui abaisse n'est pas la iifttie» ai nous CJierchons l'égalité où elle est, en hast et non point en baa» alors se dresse devant nousréciidle des grandeurs : cbacim a piis sa place ; c'est une interversion de rangs prodigieuse, mais c'est en même temps une prodigieusa joie pour la eonscteace humaine. En vous pariant, messieurs, cette idée me saiat. J*ai sous les yeux une vaste ass^nUée : hé bien^ qnds sont les grands parmi nous ? Égalitaires médiocres, nous arrèt^oiuHious au dassement par la lortime, ou par le succès, on par la re* gommée? Àhï l'échelle des grandeurs réelles est |out autre. Parmi nous» dans les rangs obscurs peut*» Are, se trouvent les grands, d'autant plus grands qu'ils a'igncffent et que mes paroles ne risquent pas d'évêîUer CD eux un sentiflMnt de vanité, n y a ici des «légaûléa immenses, car il y a des Jsumbles, car il y a deshommaa qui ^ sentent très^petita, car ft y a des à & o mm ^
lld ÉGALITÉ OU NIVELLEMENT.
des vaillants, des chercheurs de vérité^ des héros de la lutte intérieure.
L'inégalité, n*e8l*il pas remarquable ^ue notre étude de régalité nous amène là ? Nous cherchons le moyen de rendre les hommes égaux , et nous aboutissons à réchelle des grandeurs. Et il est impossible d'aboutir à une conclusion différente. Nous ne parvenons pas à nous «^ncevoir autrement qu inégaux, nous ne pouvons pas fonder d'autre égalité que celle d'en haut, qui constitue une hiérarchie.
Puisqu'il en est ainsi, l'égalité qui abaisse est jugée. N'acceptant aucune inégalité, elle e^ condamnée à ne supporter aucune supériorité. Qui ne veut pas d'inégalités sociales ne doit pas vouloir de supériorités morales, car les premières sortent des secondes, aussi inévitablement que la plante sort de la semence ; si les moissons d'inégalités vous font peur, fauchez en herbe, et bien vite, toutes les supériorités du cœur et de l'esprit qui se montrent dans votre champ.
L'égalité qui élève a de meilleures maximes; elle aime les supériorités. Son œuvre, c'est d'en créer beaucoup, c'est d'ouvrir largement les chemins qui mènent en haut. On ne fera jamais assez pour lesfaibles, pour les ignorants, pour les retardataires, pour les tombés, pour tous ceux qu'a lassés ou blessés la rude bataille de la vie. Il s'agit de monter ; il faut que tout le monde monte.
L'égalité réelle maintient les inégalités réelles ; elle respecte la réalité, elle ne violente pas la nature humaine. Tandis que le nivellement, qu'il le veuille ou non, en vient forcément à nous faire égaux en diminuant la vie, en suspectant l'intelligence^ en dépréciant le devoir, eu