LE GRAND FAISEUR D'ÉGALITÉS
tionquine compte pas. La richesse n'est pas d'ordinaire une bénédiction. Ces paysans^ ces ouvriers, ces marchands, ces petits rentiers^ qui ont travaillé et dont les enfants travailleront à leur tour, mais qui sont à l'abri du besoin^ ils n'ont pas cessé d*étre « les pauvres » de rÉvangile ; dans le classement général de Thumanité en pauvres et en riches, ils appartiennent à la première catégorie. Au reste, la pauvreté n*est pas la misère, et c'est la misère qu'enfante Tinconduite.
Encore un mot pour prévenir un dernier malentendu. Le vice, ai-je dit, enfante Tinégalité parce qu'il abaisse ceux dont il s'empare. Mais certains vices, et ce ne sont pas les moins odieux, paraissent produire un effet contraire : un avare, un spéculateur sans conscience, un homme chez qui l'épargne, l'accumulation, devrais-je dire, est devenue une honteuse passion, amassera des trésors et conquerra une position enviée. Le vice l'aura fait monter.
Je proteste. — Môme dans notre siècle d'argent, ces fortunes d'origine suspecte n'obtiennent que des respects apparents. On s'est enrichi, on ne s'est pas élevé, tant s'en faut. Et ce qui est plus grave encore, il y a comme une contagion qui s'attache à l'argent ainsi amassé ; la maison des hommes d'argent en est infectée. Tout le inonde y contracte et y transmet la maladie ; les fils en souffrent après les pères. Leur mal, mal affreux, consiste à penser à l'argent, à croire à l'argent, à vivre d'une vie que les préoccupations d'argent remplissent. Qu'ils s'occupent à leur tour de l'entasser, qu'ils se consacrent à le dépenser, il n'en est pas moins leur centre, le mobile et l'instrument de leurs joies. Le vice, répétons-le bien haut, n'élève personnne; les déchéances qu'il
amène kHrâqu'il enriebst ne aoot ni mob» daukmrettae» ni moins duïaUes que celles (|a!iIproduiiilcursc|u'ilrmQe»
vr
Je veux vous prouver, messieurs, que f ai Jr cœur de tenir la promesse que je vous ai faite en commençam; Je me suis engagé- à n'esquiver aucune des dîfficuKés^ d'tm très-difficHe sujet, à vous présenter les inégafités humaines' teHès qu'elles sont, sans rien atténuer m rien* vofler. Eh bien, je ne reculerai pas devant ce que je ne crains pas d^àppeler le myst^e dœ inégalités teîrftleâ^; un mystères effet, un de ces afotmes au bord desquels' on s^arrête en frissonnant et au fond desqiftels on hésite 8*^ regarder, car cela donne le vertige. N'importe, aurisque du vertige, nous regarderons.
Les inégalités terribles, ce sont celles qui semblent placées en dehors de Tâctibn libre de chacun de nous et de notre responsabiKté personndle. Que nies vices me fassent descendre, que les différences morafes engendreal des diffërenees sociales, nous n'en sommes pas surprix. Que certains biens soient répartis ihégaiement, la beautâ^ la santé, Tintelligence, nouar en prenons notre parti, car nous voyons que ces inégalités ne portent point atteinte à régalité fondamentale qui nous appelle delà-haut. Qu'il y ait des contrastes violents entre Pextrême opulence et l'extrême misère, noua le d^lorons sens nous en effrayer outre mesure, caries grandes questioM d'égalité ne sont pas là. Que l'injustice se donne carrière, nous savons à quelle Fimite s*arréte l'action cEes imqmtés humaines: eUe n'entrent pas d!sns TasSe mviolé
LES IHtGALITtS TBRMBtU. 16»
de i»Mre digoiié et de aoCreind^iidaDce» elles na sauraient Dout faire deacéadre» "^
Usia que penser te inégelitéfl qui porteet, diraitHm, Tempreiote du seeeu divin t Je suie misérable, parce ixKffi père oumoo gEftndrpère mit mai vécu. Jie suis corrompu, pasœ que ma: funiUe est mauvaise^ parce que je n'ai oeçad'^e qitt de mauvais exemples et de maur vaiaes leçons* C'e^ bmn ici qu'en face de l'égaUté qui abaisse, J'in^IiÉé qui abaisse devrait être peinte eu traits de feu^ L'égal qui abaîsae est use méthode, loais rinégalité qui ahatase est im fait; fait et métbod^ 8% eonfaadem seiis> k mèaie étiquette^ le mal.
Et quel OftL q^ celui-ci l ditee-noue eombiea il y a d'enfusta de.vi^bura parmi Jea voli^rs que vous cendamntf • DiftesHMwia queBe est la ptft de l'hérédité dans rabaisaemeofc imdigieuz de cas xécidivistea qui déjà fopmmitpvèa de- la moitié de la liste des accusés devant voa coiiiad''assîse8, qei deo^ ooastituer(Hitune viaie cbsae veNée^ aacdme, et cela de père en fils.
Ici, meseieuis, il y a aana doute de fortes réserves àj faire. La malliéréditaita ne ae teaafocme pas en mai pctTScmoeL sans noti» conaanteaieut. Nous ne sommes, pas eadaveft ^ nos teadttkm» de famille^ etlapreave c!est qpia pleaieÉi» leei seeeueet^ A c» est qpi, néa dftus un dépleiablfr aûUeu^ se mettent à aimer» à pratiquer le bien» Bi a&eal qui, enveloppés des plua salutaires itfuesaceft, se metteatà fairele mal, Pourtamt,, au fond de cette pliuate que nous venons de redire et qui res* afifubte à une afiCttsatîM. contre Dieu* je ne puis m*emr» pécher de voiK^idqua diosede vrai. Là.est le mystère* Qui n'en a coaimde ces hérédité» maavaieeapuisée&dane i^iUucatiûn et qùi»aest ctreulanlen quelqjue sorte dans
le sang^T Elles ne supprimaient pas la liberté du bien^ mais dles constituaient un obstacle énorme à surmonter^
Voilà une inégalité qui fait frémir. — Deux enfants naissent^ à la même heure, dans la même ville» peut'^ être à quelques rues de distance. La naissance de l'un est le sujet d'une immense joie; on le caresse, on l'aime ; on relèvera dans «la crainte du Seigneur ; ses petites mains apprendront à se joindre pour la prière, sa voix candide nommera le Père qui est aux cieux, sa foi d'enfant verra Dieu et s'entretiendra avec les anges. Un avenir de bonbeur, de droiture, de pureté, de bong exemples, de forte instruction, de joies éievées, est comme préparé devant lui. — ^L'autre (je réunis toutes les inégalités, mais en fait ne se trouvent-elles pas parfois réunies?), l'autre ouvreles yeux h la lumière au milieu des privations et, qui sait? des malédictions; sa naissance est un sujet de douleur et de terreur, car elle ajoute aux charges d'un ménage déjà obéré; on Taime peu ; on ne rélèvera pas, car la famille est ^ssoute par les vices et parla misère ; il n'apprendra pas à prier, il apprendra à r^ter des propos grossiers et impies ; vagabond-né,jeté à la rue, entouré de camarades qui ne peuv^t lui enseigner que le ma1,il est entraîné, le pauvre enfant,sur une pente qui mène si loin et si bas,que j'ose à peine y songer.
Au reste, n'allons pas supposer un seul instant que ces hérédités mauvaises qui constituent ici-bas la plus mystérieuse des inégalités, soient attachées à la pauvreté. Il n'en est rien, grâce au ciel; les pauvres en cette matière ne sont pas plus exposés que les riches. Si la classe moyenne conserve ici comme partout ses privilèges et présente sans aucun doute les conditions les meilleures pour la conservation des mœurs simples etde la vie de
LES INËGALITËS TERRIBLES. 165
famille, au*dessus comme au-dessous les périls abondent.
Ceux des riches sont immenses. Nous parlions d'enfants tout à l'heure ; je sollicite toute votre compassion pour tel enfant riche dont on a célébré la naissance avec fracas et dont le berceau est doublé de soie. Le voilà déjà livré aux mains d'une nourrice, bien que sa mère soit en état de l'allaiter. Mai^ il n'a pas, il n'aura pas de mère. 11 n'aura pas de famille. Dans cette maison splendide cbaam est absorbé par les affaires, par les visites, parles soi-disant plaisirs. On ne se rencontre que le moins possible. Jamais une tendresse, jamais une pensée sérieuse ne pénètre là. L'enfant qui vient de naître a d'avance son avenir tout tracé : au sortir du collège, les jeunes g^s de son monde se chargeront de lui enseigner la triste vie à laquelle il semble être destiné, ou pour mieux dire condamné.
Quelle différence entre cet enfant riche et celui qu'une brave paysanne allaite avec tant d'amour dans une chaumière de village tcdui -ci a des parents; celui-ci est embrassé ; on trouve le temps de s'occuper de celuici. Tout petit, il est déjà initié à la vie saine et fortifiante des champs. On le traîne dans une brouette à l'endroit où son père arrache des pommes de terre; on le jette sur un beau tas de foin quand on fauche. U connaît les rires, le grand soleil, les vrais plaisirs, les bons camarades. Supposez de plus (cela arrive, Dieu Bierci) que la chaumière renferme une Bible, qu'on l'ouvre ensemble et qu'on prie, vous avouerez que ce fils de paysan est un des privilégiés dici-bas.
Oui, mais voilàbien la difficulté qui reparaît toujours la même; qu'il s'agisse de riches ou de pauvres, il y a des
««6 fiGALITË OC KITELLiaffBSX.
pnvU^s. Gommettt exHiciiîer avec la justice ces inégàlitéB-là, celles qui nous pteoseaimi beccean, celles gai genabient fixer en dépit de noos iiatro deetiaée suffaie? Que penser ea face de difiémnoes pareilles, auprès des* i|uelles s'efiaoent et disparaissent celles qui ne tiennent qu'i rédat da acmb ou au nombnedfis éeos?
Ahi la seule chose qui me rassure, messienn, lorsque je songe à ces^lres sans père, c'est ^'ils ont on Père, Celui quineTeutpas « qu'aucun pàiâe. »— Otanoiûi le Père qui est aux deux, dimnez-ttous les lois de la nature au lieu du Dieu vivant, et leâit terrible devini- 4ra un fait fatal, et les inégalités mystérieuses deviendront des inégalités impitoyables et féroces. AJats, in^lôsant h retrouver une ineur de justice et d'e5(^« Tance, je maudirai à mon tour la loi du monâe ancrai, et je refuserai de pisoaoncer une parole, une seule, sur ie proialèaie de Tégaiité. Parler de régalké s'il n'y a pas Qnekpi'un là-haut, c'est une dédsion.
Mais il y. a Qm^u^un l^haut; mais le ganSen de la justice eA là-haut; mais le garant de la sainte égalité est là-haut. J'entrevois desmisëricordes qm vont à tous, une toute-poissuiee que nul obstacle n'arrête, un amour que rien ne décourage^ le vois cela, et la paix rentre dans mon coeur ; je comprends qu'à l'encootre mène des inégalités terribles, l'espëmoee diemeione, Tespéraiice arec le devoir.
Avec le devoir, ai-je dit; et, en ^Eeit, qui ne se sentirait un devoir envers les déshérités de notre race ? Si Dieu nous les montre, n'estnce pas pour que mxis en prenions soin? S'ils sont bien bas, n'est-ce pas pour que nous les aidions à monter ?
Voilà sous quel aspect Dien nous présente ces pauvres
LES INÉGALITÉS TISR11IBL€«: ««|
Tejetons des familles opinâtes et mondaises, cm
^auTPeB eafeâfs des tani^ indigentes et corrompuei»
'Hie^i &oas «Ht qudque cfaose» (juand il noos met en faœ
tiie œs'Jeimes fiilesqui n^mt^s de mère, deoes jeunes
u^geiis que Ta ettipof ter le courant des dépraTtlions élé»
^ntes, de èsax qiu, abandonnés, s*en vont à TaTentufe
par les grandes villes, coudiant sous les ponts, livrés
aux contacts Ifô plus Mêmes, condasmiés» semUe^t^il, à la
.noxxSrmœ et au vice. Dieu recommande les pauvres auE
Tvehes, les malais aux bien portants, les vicieux à ce«
qm, préservés sans mente a<acun de certaines sooilliffes,
ont auftre chose à faire q^\ condamner du haut de leur
pureté imn^iaculée des feutes qu'ils n*ont pas trouvées^
sur leur chemin.
Ici éclate, messieurs, une des belles haimonies sodales : s'il y a -des privilé^s, c'est pour qu'ils aident les disgraciés. Au lieu d'abaisser ceux qui sont en haut, il s'agit d^élevcar ceux qdsont en bas. privilégiés richtfs ou privilégiés pauvres, peu importe, prenez soin des disgraciés de la misère et de ceux de ropulenœ. Bnous^ faut, non-^seùlement la charité des riches envers lea pauvres, mais la charité dœ forts envers les faites, des savants envers -les Ignorants, des honnêtes env^;^ les corrompus, des pieux envers les impies, de ceux qui ont une famille envers ceux qui n'en ont point. Les secours matériels ne contiennent, saciions-Ie bien, que la plus faible partie de la charité ; notre devoir strict est d'être charitables envers les âmes, d'aimer, de compatir, de soutenir. C'est ainsi qu'en face même des inégalités terribles, Tégafité qui élève poursuivra sa tâche,
n est vrai que b(hb ne sommes pas au bout; panai
tîSS EGALITE OU NIYELLEHEI^T.
les inégalités terribles, je n'ai pas nommé encore la plus ^terrible. Après avoir contemplé en frémissant les différences individuelles, essayez de jeter les yeux sur les différences nationales. Ici, convenons-en, la situation semble être tout, la détermination personnelle presque rien. Peu s'en faut que Tégalité constitutionnnelle du genre humain ne disparaisse entièrement.
Un homme nait en Ecosse, au sein d'une heureuse contrée où la foi chrétienne exerce une action étendue. U est pour ainsi dire impossible que, tôt ou tard, d'une façon ou d'une autre, il ne soit pas placé en face de l'amour de Christ. Même avant de connaître toute la vérité, il profite déjà de l'œuvre immense qu'elle a accomplie, de la morale qu'elle a fait circuler ici-bas, de 4a civiàsation qu'elle a créée. Il respire l'air salubre de l'Évangile, avant de recevoir TÉvangile.
Dirigez maintenant vos regards vers le pays des sources du Nil que Grant et Speke viennent de nous décrire, ou vers la capitale ensanglantée du roi de Dahomey. Là aussi il natt des hommes et des femmes. Là ; aussi sont des âmes qui ont les mêmes besoins et les mêmes droits que les nôtres. Que va-t-il se passer cependant? Ces hommes et ces femmes n'entendront parler ni du vrsi Dieu ni du Sauveur ; ces hommes et ces femmes vivront au milieu d'une corruption dégoûtante ; ces hommes et ces femmes adoreront des fétiches, «eront la proie des chasseurs d'esclaves, fourniront des victimes aux fêtes d'un hideux tyran.
En présence d'un tel contraste, que devient l'égalité ?
U faudrait, pour pouvoir répondre, connaître ce que nous ne faisons qu'entrevoir, l'œuvre miséricordieuse de Dieu parmiles natipns qui n'ont pas reçu l'Évangile. Où