NOT£S
Quand les questions en sont là, il est temps de s'en occuper. Je n'aime pas les solutions du dédain, et je ne m'y fie pas^ Hausser les épaules, c'est bientôt fait ; mais qu'est-ce que cela proare ? Les plus grandes vérités et aussi les plus grandes erreurs qu*il y ait sur la terre ont commencé ainsi : on les a dédaignées d'abord, combattues ensuite, acceptées enfin.
Je ne viens donc point me moquer, je viens discuter. Plusieurs des champions du suffrage féminin m'inspirent trop d'estime pour que je me permette de déclarer ridicule une opinion qui est la leur. Elle est fausse ; mais elle s'appuie sur des considérations qui ont pu séduire des esprits généreux.
L'égalité exerce sur de tels esprits une séduction que je conçois, n y a tant d'inégalités qui pèsent injustement sur les femmes, la grosse main de notre sexe se fait si lourdement sentir dans la rédaction des Godes, que, par voie de réaction, les amis de la justice sont entraînés trop loin à leur tour. Je comprends en pariiculier que cette réaction se soit produite chez les Anglais et chez les Américains dont la législation civile est, on était encore récemment, à l'égard des femmes, d'une iniquité révoltante. Là peut-être se trouve la cause principale, et légitime sous ce rapport, du mouvement anglosaxon que j'ai signalé.
En Angleterre, la femme mariée ne possède absolument rien. Si les parents d'une jeune fille qui va se marier ne se précautionnent pas contre la loi (et de telles précautions, essentiellement aristocratiques, ne sont guère, ne peuvent guère être en usage chez le peuple) le mari devient, dès la première heure, propriétaire de~ tous les biens de la femme ; il en dispose à son gré ; il les vend^il les donne, il les dissipe. Quand la femme meurt, le mari hérite. En un mot, la transmission par le mariage est aussi entière et aussi irrévocable que possi** ble; la femme mariée ne possède plus un farthing. Le produit de son travail ne lui appartiendra pas davantage que sa foftuQe héréditaire.
En présence d'une telle loi, qui réduit la femme anglaise 4
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une situation que la femme des harems orientaux n'a jamais connue, car la femme des harems ne cesse pas d'être capable de recevoir, de disposer, de signer, d'administrer en un mot ce qui est à elle, on comprend que TAngleterre ait éprouvé le besoin d'tme réforme radicale. Un projet présenté récemment à la chambre des Communes étendra à toutes les femmes sans exception les garanties exceptionnellement as* surées aujourd'hui à quelques-unes par des settlements. Si ce bill est adopté, un père n'aura plus besoin de constituer sur la tète de sa fille qui va se marier un douaire ré|^ par des mains tierces; la femme mariée restera de plein droit maîtresse de sa fortune, ainsi que de ce qu'elle pourra acquérir.
Ceci est de stricte justice, et l'égalité ainsi entendue ne saurait trouver de contradicteurs parmi nous. Je dis mieux, elle devrait trouver des champions; nous avons, nous aussi, à répudier plus d'un de nos grossiers privilèges masculins. Quiconque a ouvert nos Codes sait ce que je veux dire. Ajoutons que l'égalité réelle n'est pas mieux admise par les mœurs que par les lois : les ouvriers typographes repoussent souvent les ouvrières, et ce fait n'est pas isolé.
Encore la France est-elle un des pays où l'égalité civile est le plus complètement réalisée. Dans le canton de Vaud, chez un peuple assurément très-édairé et sous un régime très-démocratique, la suprématie du sexe fort est proclamée sans ambages. On suppose que la femme n'est pas capable de gouverner ses affaires. Aussi, sa minorité perpé* tnelle est-elle prodamée. Non-seulement le mari administre seul pendant la durée de l'union, cela est naturel ; mais, le mari mort, on munit sa veuve d'un conseiller sans l'avis duquel elle ne saurait prendre la moindre décision, disposer des moindres sommes. En un mot, c'est un enfant, et elle restera un enfant jusqu'à son dernier jour. On ne fera pas croire à ceux qui connaissent les Yaudoises qu'elles soient hors d'état Ua vemgHh ces fonctions de mères de la-
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smllegéraniliiirtmeDftlev foHane, dmt le» Françtifl» ste
On le voii, ja n'ai pas It moindre cttvie de oimtester la captcHé 4es lemoies «I «e n'est pas sur ce ierraiii <{iie je œe plsice pour leur remiser te dnwt de nffiage. Si cUes sont latpaUes aitrement qae usas» €llss ne le somcerles pas à au plus faible de^oé. Leurs fisottllés deaBimuiles ne sont poktt les Qôtnes; nous leor sommes înlérieufs et svpéHeurs «b mfime iemp$J}n pourrait soatenirveii paitaat de Fétade deces facultés doraiaames, que eeHes des femmes ne sont pas les meet appropriées au râle poMlîqste qo*!! s^it de leur conférer : la politique, je ne le dis pas à sa f^loîre, a moins affaire de poésie qne de prose, de sentiment que de prudence, d'imagiliaii<m qttede vulgaire pratique* L'intuition, «e don merveil- Jeux, ccAie puissasee presfuc divinatrifie dent les femmes «ont pourrues, ne trouverai! guère aoa emploi daus le gouvemeafieai des affaires d'im pajiB.
Au rester la qnestîoa n*e8t pomt là et j^i dft me faire Tk)- Jence peur m'arrôter à ces oonsîdéraiions qui me semblmt a'aToir rien de commun airee notre «ujet. 'Que les fnmnes aient ou n'aient pas les iacullés que réclame la politique, peu importe ; il s'agit de sairoir si la polkique se concilie ou non avec leur Tocatioo Térilable. Quand vous m'aurez prouvé qu'un dxeva\ arabe est capable de iabourer aussi bien qu'un bœuf, je n'en conclurai pas qu'il faille l'atteler à la charrue. Je vous accorderai de grand cœur que les femmes nous Talent bien, qu'elles ne voteraient pas plus mal que^nouB, qu'elles ont le méaaeaitéréique nous à k «olutiou des problèmes sociaux, que leur parole touchaate et éloquente pourrait exercer parfois «ne influence heureuse, que leur instinct à la fois sympathique et oonserfateur pourrait aider  lasolutionde certains proiilèmes sociaux, que leur horreur de la guerre pourrait aider TEurope à atteindre l'èpo désirée du désarmement.
Admettoc» Uwt cda; ne tenons pas tropde>oompte4es
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géaâ'euses inpradaaces, rachetées peuMtre par quelques accès 4e dmidiié, qui signaleraient sans donie une direction poliiiqiie devenue «envase el impressionnable. Là n'est poini, je le répète, nobre grande objection.
La voici. Elle se résume en ces larmes parfaitement simples : si la lèmHMf opiitle ie loyer domestique pour remplir, bien im mal, une Toeation «extérienre, elle eomprometlra sa mission iaténeaiie, sa nii^on féminine ; elle cessera d'être femme dans le sens élevé de ce grand mot. En cessant d*étre femme, elk renoncera à nne action, ft urne influence, à nn pouvoir, auprès éesqueis les droits électoraux qu'on ne craint pas de lui offrir seraiieint une compensation dénsotre. Compromettre sa ^weatii»! de femme ponr remplir à moitié i
la mission de l'homme, en mérité, ce serait faire un pauvre marché. !
J'ai dit qu'elle la remplîraîl à moitié, et en disant cda je sais allé ti*op loin. Elle ne la remplirait pas au quart, pas au dixième. La vraie vocation exeroe nn empire auquel |
on ne se soas^ait pas aisément. Pour qnelqaes énergumènes qui se mettraient en avant, pour quelques femmes politiques qui laissant là ménage et enfants, se consacreraient effron- \
tément à la vie publique, o<xnptez Ses miHiers, les millions de femmes qu'un seotîment, invincible, Dieu merci, tiendrait j^
éloignées des scrutins, plus éloigoées des assemblées et de la tribune. Vous auriez créé ia Tace «isupportabte et décidément inférieure d*. sfemiaes orateurs, des femmes dissertantes, et pour tout dire en ud moi, des femmes politiques; vous n'auriez pas atteint ie moins du mcmde votre but, qui est de réaliser rnlopie du suffrage absolument universeL Yos ^msM^ polidi^fues aéraient «ae e«riM»t>oii «i^na Uçur sexe ; je A^ose pas dine un rebut, quoéque je le pense un peu, je l'avoue. £t pour ce résultat miséraUe, vious «uriez compromis la vocation léminia^ teuteniiè», la d^ioatesse de la femme, sa dignité, sa réserve, sa iyenne et gmeteuse renommée. Sous prétexte d*éle^r qudqnes femmes, vous les auriez abaissées
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ternies. Votre entreprise, qoi ne tarderait pas à périr au bruit des sifflets, laisserait après elle un long héritage de situations déplacées, d'ambitions évdllées et mal satisfaites, de mécontentements, de froissements. On ne porte pas impunément la main sur l'œuvre de Dieu.
C'est l'œuvre de Dieu, ni plus ni moins, qu'il s'agit de corriger. En voulez-vous la preuve? Cherchons ensemble quels sont les traits principaux et incontestés de la vocation féminine.
Comment les femmes rempliront-elles leur rôle d'épouses^ lorsque vous les aurez convoquées autour des hustings? Le mariage suppose, non pas des inégalités sans doute, quoiqu'il y ait un chef, mais des diversités. Or, sous prétexte d'égalité, c'est la diversité que vous prétendez abolir. Chacun jusqu'ici avait son département : le département du dehors appartenait au mari, le département du dedans appartenait à la femme. Et l'union vivait de cette diversité. On se sentait dans la règle et dans le bon prdre ; on s'entr'aidait sans se heurter. La femme, qu'on ne s'y trompe pas, usait ainsi de ses droits politiques. Du fond de sa retraite, voilée aux regards, elle exerçait une influence douce et aimable, doat personne ne dira jamais la puissance. Sans sortir de la modestie qui lui sied, sans ambitionner une autorité qui ne lui sied pas, sans devenir à aucun degré le personnage disgracieux qu'on nomme une femme politique, elle se mêlait de politique, juste comme -elle doit s'en mêler, donnant son avis sur les questions vraiment humaines qui sont de sou ressort, s'entretenant de toutes choses avec son mari, lui donnant Timpulsion généreuse, lui montrant le chemin des hauteurs. Là, dans cette intimité qui n'est rien si elle n'est tout, au sein des confidences réciproques et de la grande vie à deux, elle prenait précisément la part qu'elle doit prendre à la direction des affaires publiques; elle votait comme elle doit voter; elle discutait comme elle doit discuter î elle gouvernait comme elle doit gouverner. Et cela
ne se faisait pas en dessous, par diplomatie et par finesse; cela se faisait ouvertement, simplement, en vertu de ces dnnts des époux qui sont aussi des devoirs.
Que lui donnerez-vous en échange de cela? un bulletin â« vote? La belle affaire! Non-seulement eUe ne r/en servira gpère, mais, s'en servit-elle, elle perdrait cent fois plus qu'elle n'aurait gagné. Elle aurait voté à la mairie, je le veux bien ; >
elle aurait cessé de voter au logis. Entre collègues, entre coélecteurs, les relations ne sont plus dorénavant ce qu'elles étaient entre époux. Votant tous deux, citoyens tous deux, et pourquoi ne pas le dire? hommes tous deux, ces époux ont qui tté la région sacrée où ils vivaient autrefois. Vous diriez une maison dont les portes ont été ouvertes à deux battants, et qui n'a plus de retraites mystérieuses. La vie extérieure a fait invasion et effraction; elle chasse ce qui n'est pas elle. Le foyer donne sur la place publique ; or, ce n'est pas sur la place publique que s'échangent les tendresses, les émotions^ les conseils, les encouragements des époux. . /.-■>
La femme électeur ne remplira pas mieux son rôle de mère ^
que son rôle d'épouse. — D*abord, la vie publique prend du temps. Veut-on que les femmes votent sans savoir ce qu'elles font? Il fondra, quelles que soient leurs fines el promptes intuitions, qu*eUes procèdent un peu comme nous. 11 faudra qu'elles consacrent une portion de leur vie à lire les journaux, à étudier Topinion publique et la politique, à assister aux réunions préparatoires, à suivre les discussions parlementaires.
Ceux qui invitent la femme à devenir homme voudraient bien qu'elle ne le fût que le moins possible. Par malheur, la logique a ses exigences ; on est homme ou on ne Test pas , on entre dans la vie publique ou on n'y entre pas; c'est à prendre ou à laisser. Si les femmes, pour leur malheur et pour le nôtre, se laissent séduire par leurs prétendus amis qui les appellent à devenir citoyennes, il ne sera donné à personne d'arrêter à tel point déterminé d'avance une pareille
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inaisforiBâCiOA. Néiis tiarroBS des dabs de femmes, des salons de femmes poliiiqses, des journaux écrits par les femmes (fort bien écrits, je n'es doute pas) ; nous assisterous à i^avéaemeoC de la fanme-bomœe, inférieure à la femme et inférieure à l'honme. La feraine-homiDe aurapeuoiicé à la gcâce» et n'aura pas acquis la force.
Je soutieas qu'oa oe s'amète pas en pareil chemin v de qael 4foii préteadraitr^w se borner à la question du suffrage ? La femme électeur engendre fercémoni la femme éligible. Yoîlâ la femme installée au nombre des législateurs et montant à la Iribune. La ? oiià exposée aux brutalités de la lutte corps à corps ; la voilà livrée eu pâture aux comptes rendus de la presse» aux insolences de la caricature; la voilà homme décîdémettt, d'abord par ses occupations et ses préoccupations, ensuite par rendurcissement de son épiderme. Dressée à la lutte, recevant et donnant des coups, elle perdra vite ce charme de doaceur et de pudeur, qui était à la fois an charme et une défense. Lai^ende antique l'avait compris : ses amanrnes se muiilaieat. Avec des femmes mutilées et qui ne sont l^us des femmes 89ns étra <ieveaues des hommes, quel progrès, je le demande, a4-on la pi^tention de réaliser?
Je sais bien oe que k famille y perdra ; j'attends qu'on m'apprenne ce que la poétique y pourra gagner. — Y aura-^il moins d'intrigues ? Y a«ra-4-ii moins de passions, moins de préventions, moins deqœtfîons personnelles prenant la place des questions de principes? Les reaconires de la politique et du roman nous ménagent des surprises qui ne manqueront pas d'<vngin^ité.
<}«ani la famille, on n'ignore pas ceqn'elle devient lorsque la mère de femille lut fait défaut. Ce que je disais de réponse, j'aurais aie redire de la môfu ; aile dtbp&iaU dans le iuui'billon de la vie publique. La mission des mères est de telle nature^ ifu'elle ne se cooçoii plus hors du foyer^ Pour allaiter le aour" risson , pour diriger les premiers pas du petit enfant;pour élever (quel mot que cehii-Jài) les jeanes garçons et les jeunes fiUes»
LES FEMMES ET VtGKhîTÉ POLITIQUE, mt
pour kntmerén <v6,p(Hirdinger4ld8 âmes tctb le oie], ]MNur réchasffer oelte âo«oe<6(N[vée, pour créer ieœotre chéri "rers iequel tovs t'eàspnmaat d^maoomr^ ii iwi la ièmne que Dieu a fiiile, el o«i «elle iqttWn est ea train 4e nous £&• ibriqMT. €ei]e^ ae «siiwva pw, «soyez-^B oeriams ; vous ferez hien de i^répver oomne mtk Éf ypie de vastes fours à ëdofiôoQ «t de eomoMnoor dès la première heare la vie eomnmmete à laqoeiie vous «condamnez n^s enfimts.
Les prteenrs du euf&Sf e frimina «e -se croient pas ieom* muaûtes; ils le sontt, benf^vé omI gré. A «ôté de l'éfaUté vraie >e ne vois qne la tasse, dt oéité'de la famille je ne vois qne le coDimmisme. Or^ la feoÉille et le vole des Isannesne vivrent Tpaa deux jovrs cnserabie, j'en répands.
Aiec le vote des femmes 'et Mrt te qfa*îl «ntratae à sa suite, nons orgaoiserioBs fne stwiété nouiiette «è ii ne serait pas piéciBéaient a^édole de vivre. Ces femmes affairées qui n'ont le temps d'être épouses ni mères^ ni ménagères, cHa va sans dire, auront-elks ie tempe td^ra visiteoses de pauvres, cou- «olatriees d'afiOigés ? Évidemmeot non. La grande madiine politique fera aa besogne, léguiièrement, mdemeQi. On votera beauconp, en diacntera beaaooup, on imprimera davantage; on onbliera d'aimer. Le soin des malades, la sympa- Ihie prodignée aux malheureux iront rejoindre les tendresses et les intimités du foyer parmi ces vieiUeiies qoe le progrès socialiste met au rebot. ^
Pourquoi ai-je traité sérieasemeiit une proposition qui n'est pas sérieuse «n dépit des noms considérables qui l'aqipuient? Parce qu'elle n'a pas besaîn d'être adoptée et appli- <pée {tikt ne le sent fanuàs):pour produire beaucoup de maK U suffit qu>iie agite les^sprits et qu'elle fasse miroiter un faux idéal devant 1m InnnnRationS, i tOle suMifSC des femmes est compromis, gâté d'avance, si la perspective d'un autre rôle vient les détonrner, les dégoûter peuMtre «n partie, de leur vjmie vocation.
Qad abaifiseniEént alors 1 un V'CUt les retirer de leur infé*
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riorité prétendue, et c'est lear supériorité qu'on détmit. On prétend les doter d*ane part d'autorité, et c'est leur influence qu'on supprime. La femme n'est supérieure et influente qu'à la condition d'être bien femme. Ne lui ôtez ni son action si lendeuse, ni son bel empire du dedans, qui comprend le ména^, les enfants, le mari aussi, et par-dessus le marché les indigents et les malades ; ne lui ôtez ni ses sensibilités exquises, ni ses délicatesses d'hermine ; ne la jetez pas dans le grossier tourbillon des affûres extérieures. Elle y perdrait tout, tout, jusqu'à sa grâce, jusqu'à sa beauté. La femme po« litique, la femme bas-bleu, la femme qui a remplacé la famille par le public, se tient déjà là, sur le chemin où l'on nous appelle, comme un avertissement et comme un épouvantail.
Je dois en terminant répondre à une objection : Certaines femmes ont eu un rôle public, et elles s'en sont admirablement acquittées, sans rien perdre de leurs vertus d'épouses ou de mères de famille.
Pourquoi cela ? Parce que ce r6Ie public était un accident, parce qu'il ne concernait pas la généralité des femmes, parce qu'il ne pervertissait aucune notion fondamentale. Si, en vertu d'un usage traditionnel, les veuves hongroises ont voté dans les comitats, il n'en résultait pas que les femmes sortissent de leur vocation et aspirassent à un rôle public ; celles-là seules qui avaient perdu leur mari prenaient silencieusement leur place au jour du vote et émettaient à leur défaut le suffrage de la famille. Si la reine Blanche a gouverné la France pendant la minorité de Louis IX, si la reine Victoria occupe atyourd'hui le trône d'Angleterre, il ne naît de là aucune espèce de perturbation. Ce sont des faits exceptionnels, tenus pour tels par ces reines elles-mêmes, en sorte qu'elles-mêmes conservent sur la vocation féminine des idées aussi fermes que sensées.
Je ne me scandalise pas plus quand je vois une femme remplir à titre exceptionnel un rôle viril, que je ne me scandalise quand je vois un homme remplir à titre exceptionnd
VLU rôle féminin. Tel pauvre veuf dirigera son ménage, de- Tiendra la mère de ses enfants, sans que cela tire à conséquence.
Un mot encore sur ce problème d'égalité qui vient de se poser à l'improviste et qui n'est pas près de sa solution. Faut-il opposer purement et simplement une fin de non-recevoir à ceux et à celles qui réclament le suffrage des femmes? Est-il certain que nos lois soient justes, lorsqu'elles refusent toute représentation aux intérêts d'une moitié du genre humain? La logique du suffrage universel ne nous mènerat-elle pas pks loin que nous ne sommes allés jusqu'ici? — Je n'ai garde de tr^ucher de telles questions.
Il est aisé, au reste, d'assurer la représentation équitabld des femmes, sans les arracher à leur vocation en leur imposant un rôle public. Les femmes russes, lorsqu'elles sont propriétaires, votent aussi bien que les hommes dans Télection des membres des conseils provinciaux; seulement elles votent par procuration. — • Eh bien, voilà un procédé. Ce n'est pas le seul. Je ne serais pas surpris si quelque jour on pensait à organiser l'influence de la famille dans la gestion des affaires de FÉtat, en donnant au mari et au père le droit de voter pour la femme et pour les enfants. Je ne fais qu'indiquer le principe; les détails de l'application ne seraient pas difficiles à trouver. L'idée est bonne ou elle est mauvaise; en tous cas, elle prouve que nous pouvons avoir des femmes représentées et ne pas avoir de femmes poli* tîques.