‹ L'égalitéChapitre 125 sur 133 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

à faire des orateurs de cabarets ; plus de Virgiles condamnés à rester chantres de village ! Avec ce zélé disciple de Karl Marx, il n'y a plus à se méprendre ni sur le but, ni sur les moyens ; l'exposition du sujet est très claire, mais la conclusion n'en est pas moins détestable. Elle nous éloigne même plutôt qu'elle nous rapproche du terme de ses désirs : si le progrès doit accentuer encore la différence des intelligences et des capacités, il nous paraît impossible qu'il facilite l'égalisation des conditions.

Aux utopies irréalisables opposons les œuvres de la bienfaisance. Il n'est pas extraordinaire de rencontrer un homme de talent* illustrant sa profession, rendant des services à son pays, et dont l'éducation et l'entretien aient été jadis, à raison du dénûment de ses père et mère, payés par quelque propriétaire généreux du voisinage. Nous voudrions qu'un tel exemple rencontrât davantage d'imitateurs, surtout parmi les personnes riches qui n'ont pas de descendants ; en pareil cas l'affection, précédant d'ailleurs et provoquant le sacrifice d'argent, fait du bienfaiteur un second père qui veille, lui aussi, à la formation du caractère et de la volonté aussi nécessaires à son protégé que le talent ; le père adoptif montrera même dans la direction de l'enfant plus de clairvoyance que le pauvre ouvrier dont il est issu. Voilà le protecteur tel que nous le souhaitons au jeune prodige, avis rarissima, qui aura été remarqué par son maître d'école et qui aura été l'objet d'une sélection de la part de ses exar minateurs. Nous fonderons alors plus d'espérances sur lui que sur le boursier de la commune ou de l'Etat. Etat et commune paient généreusement, mais^x^ilà tout. Leurs générosités s'égarent parfois sur des sujets peu recommandables. Les défaillances de la volonté font de maints boursiers actiiels des déclassés, déclassés d'autant plus dangereux que ces défaillances sont l'unique cause de leur échec. Le secours pécuniaire ne saurait

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être complété que par l'appui moral, faute duquel le système des bourses scolaires est susceptible de faire plus de mal que de bien. Le danger du régime démocratique, c'est d'isoler de la famille les nombreux jeunes gens qui reulent s'élever au-dessus de la condition de leurs parents, et de les priver de conseils et de soutiens au jour où ils engagent définitivement la lutte pour la vie, loin de tous ceux qui les aiment ; il s'agit d'y remédier.

Tout cela réuni constitue une lourde charge pour les possesseurs de la richesse ; mais ce qui est au-dessus des forces d'un homme bienfaisant, n'est pas excessif pour une Société de bienfaisance. Sur quelque terrain qu'on se place, c'est l'union qui fait la. force. D'ailleurs, qui donne aux pauvres prête à Dieu, et qui prête à Dieu touche toujours, même ici-bas, un large intérêt de ses avances. Et ne serait-ce pas déjà un avantage fort appréciable que de souder, comme nous l'avons dit, les anneaux de la chaîne sociale qui sont épars depuis de longues années ?

Sans doute tout n'est pas parfait dans notre Société moderne ; nous n'avons pas cherché à dissimuler les plaies qu'elle recèle dans son sein. Lamartine, dans un accès de découragement, n'a-t-il pas dépeint :

A La vertu succombant sous l'audace impunie, L'impostura en honneur, la vérité bannie,

L'errante Ut)erté, Aux dieux vivants du monde offerte en sacrifice. Et la force partout fondant de TinJusUce,

Le règne ilUmité. »

Mais cette Société est née d'hier. Le découragement a succédé trop vite à l'enthousiasme qui entourait son berceau. Il faut encore lui faire crédit. Tous les grands progrès qu'a constatés l'histoire ont été l'œuvre des siècles. Il faut du temps è la chrysalide pour devenir pa« pillon. De ce que tout le monde n'est pas encore à sa

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