CHAPITRE X
par la progression. La richesse refoulée se recueillera et ne sortira plus qu'en contrebande, et le travail, comme un homme attaché à un cadavre, embrassera la misère dans un accouplement sans fin. » (Proudhon, Théorie de rimpôt). Proudhon était séduit par une utopie — nous savons laquelle *- mais il avait horreur de l'hypocrisie. Or l'impôt progressif est un impôt hypocrite qui dissimule, à l'aide de moyens, de procédés cauteleux, la violence du but final; c'est une arme dangereuse entre les mains des faux démocrates qui, s'inspirant des iniquités de l'Ancien Régime, veulent substituer le privilège des envieux à celui des orgueilleux.
Il n'y a pas deux justices, l'une pour les magistrats, l'autre pour le fisc. Selon les paroles mémorables du Chancelier de l'Hospital que nous ne saurions trop rappeler, ce les tribunaux sont les juges du champ et du pré, non des hommes »; de même le fisc doit s'attacher à la matière imposable, au champ et au pré ; c'est la propriété qu'il doit imposer et non le propriétaire. Si un hectare de terre appartenant à un riche est plus imposé qu'un hectare appartenant à un pauvre, l'arbitraire se substitue à l'égalité qui exige, en bonne j ustice, que chacun contribue aux charges de la Société en raison de ses ressourées. a L'arbitraire qui s'exerce d'abord avec mesure, comme l'a dit éloquemment M. Waldeck-Rousseau, ne connaît par la suite aucunes limites; il aboutit tôt ou tard à l'exploitation de la fortune des uns par le caprice des autres, car il a pour secret mobile d'égaliser les fortunes par l'égalisation des charges. »