‹ L'EgliseChapitre 45 sur 50 · Commentaires jde Napoléon I*', t. V, p · texte numérisé non relu

Commentaires jde Napoléon I*', t. V, p

l/ÉGLISB. — T. II. 19

coq qui tourne là-haut, regardant de toutes parts, c'est la vigilance de ce père, dont le souci ne s'endort pas ; la cloche aux grandes ondes ou aux petits tintements avertisseurs, c'est sa voix, dans la voix de Dieu. Les croix du cimetière tout proche, c'est sa bénédiction dernière; celles des chemins et des maisons, des berceaux et des poitrines, des outils, voire des miches de pain, c'est le oui cordial et grave qu'il dit avec son Maître à la vie, à toute la vie, qu'il veut voir joyeuse, douce, mais aussi réfléchie et sanctifiée, en vue d'une autre.

Le curé est celui qui reçoit, qui unit, qui conforte et qui congédie les si rapides passants de l'existence. A chaque étape, il observe en chacun le fort et le faible, le bien et le mal. Il surprend facilement la confidence des chagrins, accueille avec plaisir celle des joies. Les penchants, les désirs, les liaisons, les inimitiés, les succès ou les fautes, il en ignore bien peu, et tôt ou tard on viendra lui avouer ce qu'il ignore.

Il est partout dès qu'on l'appelle, loin ou près, la nuit ou le jour, par le chaud ou le froid, chez les grands ou chez les petits. Les discordes l'ont pour conciliateur indiqué, les souffrances pour consolateur, les fautes publiques pour justicier et les heureux propos pour témoin.

Aujourd'hui, presque partout, en France, de même que déjà autrefois dans les villes, les liens se sont un peu distendus : notre vie est devenue trop complexe, trop jetée à la dispersion; mais l'unité spirituelle subsiste et tout peut renaître. Ceux qui, durant longtemps, ont travaillé à battre en brèche une telle magistrature des âmes, ont commis sans le ^^voir peut-

être un crime contre les âmes, en même temps que contre la patrie et contre Dieu.

Il va de soi qu'en parlant spécialement de la France, et même particulièrement des campagnes, nous ne disons cependant rien d'exclusif. En ville, le rôle du curé se complique beaucoup et nécessairement se subdivise. La loi de différenciation croissante des organismes en évolution s'applique à la paroisse. Le curé n'est plus tout; des vicaires aux attributions marquées, aux rangs échelonnés, forment autour de lui un petit presbyterium secondaire. Il n'en demeure pas moins chef, au sens non canonique expliqué.

Plus il a de valeur, de zèle, de puissance attractive et de dévouement, plus il tient les rênes. Œuvres paroissiales multiples, catéchismes à plusieurs degrés, écoles, patronages, confréries, œuvres de presse, œuvres sociales de plus en plus étendues, œuvres de zèle dont le rayonnement va parfois jusqu'à l'étranger, jusqu'aux pays de mission, à Rome, aux colonies où émigrentdes paroissiens, exigent de lui une attention, des démarches, comme aussi lui imposent des préoccupations pécuniaires formidables.

La loi française de Séparation^ dont certains ont pensé qu'elle serait la mort des paroisses, a accru leur importance de beaucoup, et le mouvement commence à peine. Pour peu que se développe le renouveau chrétien partout constaté, nos paroisses vont renaître à une vie plus libre et par là plus intime ; elles se multiplieront, et elles seront plus en état de reconquérir le peuple.

Or, dans tout l'univers, en dépit de variétés très grandes nécessitées par des circonstances et des mi-

lieux fort divers, le rôle fondamental du curé et de son groupe religieux est partout le même. En tous lieux la paroisse pourrait être appelée, selon une expression chère aux sociologues, la cellule sociale de rÉglise, comme est au temporel la famille. C'est son « unité tactique » * , sinon son unité mystique et proprement hiérarchique, celle-ci étant le diocèse.

L'auteur cité ajoute profondément que « la paroisse catholique se distingue aisément, à certains caractères fondamentaux, de la paroisse non catholique la plus rapprochée d'elle en apparence, que cette dernière soit celle du schismatique grec ou russe, du janséniste de Hollande, du vieux catholique de Suisse ou du ritualiste anglican qui se dit catholique et copie tous les usages de l'Eglise, mais reste séparé de son chef » . La raison en est indiquée précisément par ce dernier mot. Du paroissien au chef de l'Église universelle, par l'évêque, le lien religieux est ininterrompu; les influences circulent, donnant à la vie de chaque petit groupe une ampleur qui lui vient de la grande vie à laquelle il est annexé. La brindille séparée qui végète, buvant un peu de rimmidité du sol pour essayer de verdir, a-t-elle l'aspect du rameau sur sa branche, la branche sortant du tronc, qui puise aux racines, le tout se profilant sur le ciel ?

Il est donc naturel que la paroisse catholique soit spéciale et soit partout elle-même.

La constitution de l'Église est souple; mais le type de chaque organe y est bien vite fixé, quand il ne Test par une institution primitive. Tout y évolue

Page 1