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Cathédrale vient précisément de siège : cathedra

attendre jusqu'après Tan mille pour trouver régulièrement des paroisses dans les villes épiscopales.

En Gaule, le zèle d'un saint Martin fit beaucoup pour les débuts du mouvement paroissial. Lui qui, catéchumène , partageait son manteau militaire pour en donner la moitié à un pauvre, partagea aussi son manteau épiscopal pour en couvrir la nudité religieuse de ses fils. Tout le long des voies romaines, à partir de sa ville, il établit des centres paroissiaux qui devinrent florissants et servirent de modèle à d'autres.

Il arriva que les propriétaires ruraux, par intérêt ou par zèle, contribuèrent à ces fondations qui, en donnant des facilités religieuses, fixaient les habitants et en attiraient de nouveaux. Mais ce furent surtout les moines qui, à partir du v® siècle, défrichant et civilisant, ouvrant la Gaule à la vie civile comme à la vie religieuse, chassant les loups et faisant place à l'Agneau de Dieu, créèrent le réseau des paroisses françaises.

On voit par là que les charges curiales ne sont nullement d'institution apostolique ou divine : elles émanent de l'Eglise comme une nécessité de développement. Les curés ne forment pas un troisième ordre de la hiérarchie qui a pour premiers degrés le Pape et les évoques. Un curé n'a pas de juridiction proprement dite, tout au moins de par sa charge. Il n'est pas législateur, il n'est pas juge, il n'a pas de pouvoir exécutif indépendant. Toutes ces qualités appartiennent à l'évêque.

Le curé n'est donc pas proprement pasteur^ ce qui implique une juridiction propre. Les pasteurs

des peuples sont leurs rois, leurs chefs revêtus de la triple prérogative en laquelle s'épanouit l'autorité sociale. Sont donc pasteurs évangéliques ceux qui possèdent au spirituel des pouvoirs semblables.

Rien n'empêche, d'ailleurs, d'employer le mot pasteur en un sens moins précis. Il est doux de l'adresser à ce chef de famille religieuse qu'est le curé, sans préjudice des précautions verbales qu'imposent aux théologiens les erreurs jansénistes ou gallicanes.

Les attributions du curé sont les suivantes. Il est chargé principalement, dans sa paroisse, de procurer le bien des âmes par la parole de Dieu et l'administration des sacrements. Non qu'il doive par lui-même assumer tout le soin de l'instruction et de l'édification; mais il le doit dans une mesure, et pour le reste il y doit veiller. Tellement que si quelqu'un parle, enseigne ou administre les sacrements dans son église, bien que ce quelqu'un tienne ses pouvoirs de l'évêque, il est d'une certaine manière son suppléant, en tant que lui-même a reçu à cet égard charge spéciale.

On saisit bien dans ce fait ce qu'est le curé, au spirituel, et ce qu'il n'est pas. Que le vicaire ou le prêtre passant reçoivent leurs pouvoirs de l'évêque, cela prouve qu'il n'y a pas, de celui-ci au curé, communication du rôle pastoral. Que pourtant le curé ait une responsabilité, cela prouve qu'il est vraiment curatus^ celui qui a charge.

Le curé doit veiller à la prière et célébrer luimême la messe pour son peuple. Il doit organiser

l'instruction religieuse, fomenter la bonne TÎe chrétienne, visiter les malades, les consoler et les aider à utiliser chrétiennement leurs souffrances. Il doit s'occuper des pauvres et généralement de toutes les œuvres, organisant la charité et faisant appel aux paroissiens fortunés en faveurdes autres. Il doit administrer, avec les concours déterminés par le droit ou par des coutumes sages, les biens affectés au culte ou aux œuvres. Il doit entretenir et parer l'église, son « épouse » ; mais doit surtout veiller à l'épouse spirituelle qui est la communauté confiée à ses soins, exhortant à temps et à contretemps^ comme dit l'Apôtre, dénonçant les dangers, avertissant des fautes extérieures. Il peut en certains cas dispenser des lois de l'Église selon sa prudence. Il nomme des collaborateurs avec l'approbation de l'évéque : tel est du moins le droit commun, bien que la nécessité en ait autrement disposé en France.

Les paroissiens, eux, doivent en retour écouter les instructions du curé, accepter sa surveillance paternelle, recevoir de lui ou de ses mandataires les sacrements, dans la mesure que déterminent les lois et les usages. Ils doivent subvenir de bon cœur aux besoins de ses œuvres, œuvres qui les concernent, eux, puisqu'elles concernent leurs personnes, leurs enfants, leurs objets religieux, leurs pauvres. Ne sont-ils pas nos frères tout spécialement, dans chaque paroisse, ceux qui ont besoin de secours, d'aide religieuse, d'instruction ou de consolation?

Mais avant tout, les paroissiens remplissent leur devoir s'ils sont de bons chrétiens, donnant satisfaction au curé en sa raison d'être. Le curé est là pour

eux, non pour soi ; c'est leur âme qui est son bien, et c'est leur vie chrétienne qui est son œuvre. Assister aux offices, donner de son avoir ou même de sa personne au dehors, cela ne suffirait pas. La maison de Dieu est vide, quand on n'y voit que des corps, et la paroisse aussi est vide, si l'on n'y trouve que de braves gens gracieux avec leur curé, assidus à ses offices, généreux pour ses quêtes, mais par ailleurs adonnés à la vanité ou vaincus par le mal. Des âmes ! des âmes ! voilà ce que demandent les apôtres, et le curé est un apôtre résidant, un conquérant de l'intérieur, au bénéfice des conquis.

A certaines époques du passé, la vie paroissiale fut d'une intensité dont nous n'avons plus guère la notion. Le mot famille n'était pas de trop pour exprimer l'union qui existait d'ordinaire entre un pasteur issu de l'endroit, entretenu exclusivement par ses paroissiens, vivant de leur vie, partageant leur pensée avant de chercher à l'orienter vers le Christ, n'ayant d'attaches, en ces temps de difficiles communications, avec rien qui pût le distraire de son rôle.

Les liens entre un tel pasteur et ses ouailles, qui trouvaient à l'église tout : l'église d'abord, et l'on sait à quel point les fidèles y étaient attachés ; mais aussi un forum, un hôtel de ville, un marché, un cercle pour les confréries, un théâtre pour les Mystères et les drames liturgiques, au besoin une grange, un garde-meuble, et, en temps de guerre, une forteresse — ces liens, dis-je, devaient être bien forts!

Un tel cumul n'était pas sans inconvénients ; mais il fomentait tout au moins cette vie commune à la-

quelle l'Église tient tant. Au prône, le curé ne sd dé fendait pas de traiter les affaires civiles après avoii traité les affaires religieuses. Faisant partie de tou? les conseils de la commune avec voix prépondérante, son opinion était de poids : il la donnait, et, au nom de la morale, il dirimait maintes questions matérielles ou administratives. Toute la vie de la paroisse évoquée était là jugée et disposée par des admonestations paternelles quelquefois sévères, presque toujours bien acceptées, sinon obéies.

Aux offices, l'espèce de passivité respectueuse mais un peu inerte que nous constatons aujourd'hui eût bien étonné nos pères. A l'église, on agissait, on menait le drame : Spa^xa, la chose qui se fait. On s'intéressait, livre en mains, ou bien mémoire meublée dès Tenfance, à toutes les cérémonies liturgiques. On chantait, on circulait en processions, on écoutait, «îi d'aventure un prédicateur extraordinaire survenait, de longs discours variés et familiers qui duraient quelquefois des heures. Les messes de onze heures n'étaient pas connues, ni les sermons limités à un quart d'horloge. On aimait tout, de ce que la paroisse procurait et représentait. On y apportait la foi, on y puisait courage et douceur.

Par un moyen si proche des faits, la puissance de l'Église arrivait à pied d'œuvre; elle atteignait les détails familiers de l'existence, là où le bien et le ma) ont leur gîte, là où le règne de Dieu s'établit ou se perd. Qu'importait alors que Rome fût lointaine, et l'évêque une grandeur de passage!

Napoléon avait rêvé d'accomplir en France, par If moyen des curés, toute une « révolution morale ». Il concevait le pasteur paroissial à l'antique : indé-

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pendant et considéré, « utile, par la haute fonction qu'il entendait lui assurer, au développement de Tintelligence sociale », « juge de paix naturel » de ses ' paroissiens, « vrai chef moral qui eût dirigé leur vie » et, grâce à des connaissances pratiques et à une influence méritée, une « véritable providence pour ses ouailles » ^ .

Cette vision est profonde ; mais elle venait trop tard pour être nouvelle. Le curé de campagne^ sur lequel on a fait tant de poésie au temps du romantisme, cet être idéal qu'un Lacordaire eût rêvé d'être, n'était pas si étranger à la réalité. Il n'est pas loin d'avoir été jadis le cas général, et ce n'est pas en vain que dans notre langue, où les mœurs séculaires se reflètent si fort, Tamour du sol natal — j'entends de la petite patrie immédiate — est appelle l'amour du clocher.

Les clochers de France, ce furent, et ce sont encore en beaucoup d'endroits, les communes de France. Les mairies, les écoles sont les premières maisons du village : l'église est la maison hors cadre, la maison entre terre et ciel, la maison pour les corps et pour les sentiments, pour la vie de tous les jours et pour les grandes aspirations hors du temps. Les naissances, les mariages et les deuils, ces trois repères de l'existence vers lesquels tout converge, convergent eux-mêmes vers le clocher; le clocher les domine, les attire et les secourt.

Or, le clocher est chose vivante : vivante d'abord à cause de Dieu, qui habite sous sa pointe ; mais aussi à cause du pasteur qui habite dans son ombre. Le

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