‹ L'église abbatiale de Saint-Denis et ses tombeaux; notice historique et archéologiqueChapitre 16 sur 42 · Voir p · texte numérisé non relu

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2 . Le caveau central de la crypte ne renferme plus aujourd'hui que quelques cercueils posés sur des tréteaux de fer. Deux renferment les restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette, recueillis au cimetière de la Madeleine. Les autres sont ceux de Louis XVIII et du duc de Berry,de Mesdames Victoire et Adélaïde de France, mortes en exil ; du prince de Gondé (*(• 18 18), et du duc de Bourbon (*f- i83o). On y a rapporté également le corps de Louis VII et celui de Louise de Lorraine, femme d'Henri III, retrouvés depuis la Révolution, l'un à l'abbaye de Barbeau, l'autre à l'église des Capucines de Paris.

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monuments funéraires royaux ou princiers, qui sont groupés dans le chœur, à la croisée du transept, dans les croisillons et dans plusieurs chapelles.

La seconde partie de cette notice est consacrée à l'histoire des tombeaux et à leur description; mais il existe, à côté des sculptures funéraires, un assez grand nombre d'œuvres d'art, sur lesquelles il convient de fournir des indications un peu détaillées.

L'église n'a rien gardé, sauf les tombeaux, de ce qu'elle contenait avant la Révolution ; son mobilier fut constitué au xixe siècle par une série d'objets de provenances variées, qui firent de Saint-Denis, sous la Restauration et sous la Monarchie de Juillet, une sorte de musée assez hétéroclite. La restauration de Viollet-le-Duc élimina une bonne partie de ces objets, qui ne faisaient pas corps avec Pédifice même. Quelques-uns cependant sont restés, qui n'ont pas tous absolument leur raison d'être à la place qu'ils occupent, qui s'adaptent plus ou moins aux besoins et à la décoration de l'église aujourd'hui paroissiale, mais dont plusieurs sont des documents importants qui valent d'être signalés ici.

On rencontre d'abord, dans la première travée latérale sud sous la tour (Lettre A du plan), une grande pierre tombale gravée portant l'effigie de Y abbé Antoine de la Haye (mort en i5o4), qui fut le soixante-deuxième abbé de Saint-Denis. C'est le seul spécimen conservé de ces monuments abbatiaux dont l'église contenait un grand nombre avant la Révolution. L'effigie mitrée d'un beau dessin est entourée d'une série d'arcatures et de personnages : anges, apôtres, religieux, Un peu plus loin, dans la quatrième travée du collatéral -sud de la nef (B) se trouve une porte dont l'architecture est du dessin de Viollet-le-Duc, et qui devait desservir une sacris-

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tie projetée par ceiui-ci. La boiserie en est composée de panneaux provenant de la chapelle du château de Gaillon et datant des premières années du xvi* siècle.

Les stalles, disposées par Viol loi- le-Duc, comme Tétaient celles de l'église avant la Révolution, dans les dernières travées centrales de la nef (elles n'en occupent plus que deux au lieu de trois) sont aussi composées de fragments réunis arbitrairement à Saint-Denis au cours du xixe siècle. Elles comportent d'abord (G) une rangée de six stalles basses qui proviennent du chœur de l'abbaye de Saint-Lucien près de Beauvais, avec leurs accoudoirs et leurs miséricordes à sujets pittoresques : ce sont de bons spécimens, mais assez courants3 de l'art des huchieis français de la fin du xvc siècle.

Au contraire, les deux rangées de stalles à dossier qui se trouvent à la suite des précédentes et de l'autre côté de la nef (D et E), ainsi que la grande chaire isolée placée du côté droit (F), sont des monuments très importants et très exceptionnels.

Ces boiseries proviennent de la chapelle du château de Gaillon, élevée et décorée pour le cardinal Georges d'Amboise entre i5oi et i5oo. Le style italien qui venait de faire son apparition en France s'y mélange au décor flamboyant ; des arabesques délicates ornent les sièges ; des panneaux de marqueterie de couleur ou tarsia, travail certainement italien, se voient au-dessus, ils représentent des Sibylles et des Vertus; enfin à la partie haute des dossiers, une série de bas-reliefs en bois, racontant des épisodes de la vie de la Vierge et du Christ et diverses scènes de martyres, dont celui de Saint Jean-Baptiste, rappellent l'art des tailleurs de bois français ou flamands.

Ces fragments, qui avaient été d'abord utilisés pour la décoration du chœur d'hiver, ont été recomposés pour former deux rangées de six stalles chacune, sous la direction de Viollet-le-

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Duc, vers 1875, par le menuisier Ronsin. Les parties de sculpture ajoutées, et elles sont assez nombreuses, notamment les statuettes et les grands groupes en ronde bosse qui décorent les extrémités, ont été exécutées avec beaucoup de goût et de sens du style gothique, par Yillcminot.

Le maître-autel en pierre, rehaussé de polychromie et de dorures, placé dans la première travée du chœur, est une restitution de Viollet-le-Duc, exécutée par Villeminot dans le style du xme siècle. Le soubassement est composé de colonnettes à chapiteaux de feuillages; le retable offre la représentation du Christ et des apôtres en haut-relief. La garniture d'autel en bronze doré aux armes royales, date de la Restauration.

Dans le voisinage du maître-autel, à côté du tombeau de Dagobert on a placé sur un chapiteau roman en pierre d'un beau style, assez analogue à ceux du déambulatoire, une Vierge assise, en bois (G), qui provient du prieuré de Saint- Martin-des-Champs, à Paris, et peut dater de la deuxième moitié du xue siècle. Contemporaine de la Vierge de la porte Sainte-Anne de Notre-Dame de Paris, elle offre, à peu de chose près, la même majesté grave avec les mêmes formules encore hiératiques.

Deux autres statues de la même époque se voient dans le croisillon nord de chaque côté de la porte (H et I). Elles appartenaient à la décoration d'un portail du xne siècle, analogue à ceux de Saint-Denis et de Chartres, celui de l'église Notre- Dame de Corbeil, et furent apportées à Saint-Denis sous la Restauration, en provenance du Musée des Monuments français où elles avaient été baptisées Clovis et Clotilde. Elles y sont restées jusqu'ici, bien que personne ne songe plus à y reconnaître ces personnages historiques, mais bien un roi et une reine de l'Ancien Testament, et que, simples documents

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d'art et d'archéologie, elles n'aient réellement rien à faire à cette place, même au point de vue décoratif.

A l'autre extrémité du transept se voit un tableau attribué à Gaspard de Crayer, représentant le martyre de Saint Denis et donné à l'église sous le Premier Empire. On rencontre aussi des documents étrangers à l'histoire même de l'abbaye de Saint-Denis, dans la chapelle de Charles Y (J et K), ce sont les deux dalles gravées provenant de l'église Sainte- Catherine du Val des Ecoliers de Paris (détruite en 1783), qui avait été érigée par la confrérie des sergents d'armes du roi en commémoration de la victoire de Bouvines et dont Saint Louis avait posé la première pierre. Le monument date de l'époque où la confrérie fut reconstituée sous Charles V, en 1376. Sur l'une des dalles, deux sergents d'armes en armures semblent confier leur dessein à un moine ; sur l'autre, les sergents revêtus de leurs costumes de cérémonie, portant leurs masses à la main, se tiennent devant le roi Saint Louis, représenté, suivant les habitudes du temps, sous des traits qui ressemblent fort à ceux de Charles V. Le dessin sur un riche fond losangé et fleuronné est d'une grande beauté et les personnages d'une vérité d'attitude très remarquable.

Dans la partie haute du chœur on remarque, à côté de l'autel des reliques restitué par Viollet-le-Duc et qui ne porte plus que des châsses modernes, une bannière rouge qui occupe l'emplacement traditionnel de 1' « oriflamme de Saint-Denis ». Cette fameuse bannière de l'abbaye, dont la forme est mal connue, se conservait près de l'autel des saints patrons. C'était une pièce de toile de soie rouge dont le champ était couvert de flammes d'or. On sait que l'oriflamme, confiée d'abord au comte du Vexin par les abbés, passa aux

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mains du roi de France lorsque Louis VI eut acquis le Yexin. Dès lors la bannière de l'abbaye fut portée sur les champs de bataille à côté de la bannière de France et c'est sa présence qui explique le cri de guerre des armées royales : « Montjoye Saint-Denis! »

On a replacé dans la première chapelle du côté Nord (L)dont la restauration n'a pas été achevée par Viollet-le-Duc, un retable en pierre de type roman avec inscription ; nous savons qu'il existait à Saint-Denis et dans cette chapelle à la fin du xvme siècle, mais la sculpture très affadie a été certainement fort retouchée depuis le xue siècle. Des fragments placés alentour, en partie anciens, n'ont guère d'autre intérêt que de témoigner de l'étrange façon dont on habillait et complétait les monuments du moyen âge sous Louis-Philippe.

Dans les chapelles de l'abside, les autels abondamment restaurés comprennent un certain nombre de morceaux anciens. Celui de la chapelle de la Vierge (P), qui est surmonté d'une jolie statuette de la Vierge en marbre, du xive siècle, provenant, dit-on, de l'abbaye de Longchamp est donné par Viollet-le-Duc dans son Dictionnaire (t. II, p. 4o) comme ayant été seulement complété par lui. Le retable sculpté et peint où se voient la Nativité, l'Adoration des Mages, le Massacre des Innocents et la Fuite en Egypte serait ancien, ainsi que le délicat tabernacle qui est placé au-dessus. 11 est assez difficile, nous l'avons déjà dit, de discerner dans des restaurations de ce genre ce qui est original et ce qui est restitué.

On rencontre encore, dans les chapelles de la crypte, quelques fragments très mutilés du jubé de l'église Saint- Père de Chartres, œuvre de François Marchand (xvie siècle) ; dans la chapelle du chevet, des arcatures du xme siècle qui

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proviennent des bas-côtés de l'église supérieure et avaient été transportées à Paris par Lenoir, ont été replacées ici à la Restauration ; quelques dalles funéraires au trait grossièrement refaites, les unes au xvne siècle, les autres au xixe; un buste de Louis XI, en plâtre, sur une colonne en pierre du xvie siècle qui paraît venir de Gaillon ; enfin, les statues entassées dans un coin sombre, des Carolingiens glorifiés par ordre de Napoléon 1er1. Le Charlemagne seul de Gois, en marbre, est visible au centre d'une chapelle.

Le Trésor de Saint-Denis a été, comme nous l'avons ditr recueilli pour une faible partie par l'ancien Cabinet des antiques du Roi (Bibliothèque nationale) et le Musée du Louvre ; sous la Restauration, quelques objets intéressants avaient été rapportés à Saint-Denis afin de reconstituer l'apparence d'un trésor ; ces morceaux sont retournés depuis aux collections nationales, Cabinet des médailles ou Musée de Cluny. L'on ne peut guère signaler parmi les objets liturgiques qui garnissent aujourd'hui les vitrines de la petite salle de la sacristie que deux calices et leurs patènes du xvne siècle, les ornements en argent, donnés par Charles X et destinés aux cérémonies funéraires solennelles ; une copie du « fauteuil dit de Dagobert » dont l'original, jadis à Saint-Denis, est an Cabinet des Médailles. Le seul objet qui provienne de la décoration de l'ancienne église est le grand bas-relief en vermeil représentant V Adoration des bergers, qui servit pour le devant du maître-autel ; c'est une œuvre de la fin du xvue siècle, donnée par un religieux en 1682, et qui aurait été modelée d'après le dessin d'Alexis Loir.

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