‹ L'église abbatiale de Saint-Denis et ses tombeaux; notice historique et archéologiqueChapitre 21 sur 42 · Pour les spécimens conservés, voir p · texte numérisé non relu

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L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE SAINT.-DENIS

2* La restauration de Viollet-le-Duc (1847-1867). — Dès le début de sa direction, Viollet-le-Duc s'occupa de l'état des tombeaux. Sur eux comme pour l'édifice, une double enquête s'imposait, historique et technique : quel avait été leur état primitif, que subsistait-il de leur décoration, comment isoler les morceaux anciens des additions factices?

L'étude historique et archéologique des monuments rassemblés à Saint-Denis fut entreprise alors et faite pour la première fois de manière complète, par le baron F. de Guilhermy qui fut chargé officiellement de ce travail en 1847- ^a Monographie de l'église royale de Saint-Denis, tombeaux et figures historiques, publiée en i848, est le résultat de cette enquête qui démontrait les fautes des restaurations mensongères et la nécessité d'un reclassement de la collection entière.

Remonter les tombeaux dans l'église haute à leurs emplacements anciens, marqués aux plans des xvnc et xvnie siècles, rétablir l'aspect primitif de cette grande chapelle funéraire, détruire les ridicules anachronismes et garantir les sculptures de l'action dissolvante de l'humidité, tel était le vœu de tous les archéologues, tel fut le projet dont Viollet-le-Duc poursuivit avec ardeur la réalisation pendant plus de dix ans. Jusque vers i858, en effet, les crédits manquèrent pour entamer le travail. A chaque rapport, Viollet-le-Duc ne cessait de réclamer en faveur des tombeaux, proclamant leur valeur et la nécessité de les sauver1. Ses efforts ne devaient triompher qu'en 1859 ; sur les crédits budgétaires, un chapitre est alors consacré au rétablissement des tombeaux.

Avant d'entamer cette restauration, Viollet-le-Duc s'était entouré des documents archéologiques nécessaires, descrip-

1 . Ainsi, il écrit dans son rapport au Ministre d'État, le 20 décembre i858 : CetlAî collection unique au monde, et qui serait forù vénérée si elle était

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tions et documents figurés. Un élément important d'information, qui avait fait défaut à son prédécesseur et même au baron de Guilhermy, vint l'aider dans la restitution de la forme des tombes et la désignation de certaines statues : la série des dessins faits au xvne siècle, pour le grand collectionneur Roger de Gaignières. Les volumes relatifs à Saint-Denis, dérobés à la Bibliothèque royale au cours du xvnie siècle étaient arrivés par le legs d'un bibliophile anglais à la Bodléienne d'Oxford. Bien que médiocres d'exécution, ces dessins coloriés sont très précieux pour nous donner l'état ancien des tombeaux. C'est en confrontant les divers documents graphiques, dessins de Gaignières, gravures, malheureusement rares et médiocres, croquis de l'architecte Peicier, que Viollet-le-Duc restitua les soubassements des tombes gothiques pour lesquelles seules quelques dalles avaient été conservées.

Le rétablissement des tombeaux dans l'église haute commença en 1860, il était achevé en 1887. Les travaux furent matériellement importants, tous les monuments devant être déplacés et remontés sur des soubassements neufs. Les grands tombeaux de la Renaissance furent complètement réédifiés aux places primitives, les fondations refaites, le montage amélioré, — des agrafes de fer maladroitement posées, ayant altéré certains détails ; — des statues remises à leur vraie place, des ornements retaillés. Pour les gisants gothiques, il fallait créer les tombes, Viollet-le-Duc donna les dessins des soubassements, des arcatures, le profil des moulurations, mais il ne

exposée à Westminster ou à Saint-Pierre de Home, est ici abandonnée dans des caveaux humides, où, elle se détériore chaque jour davantage. Les étrangers qui visitent l'église impériale s'étonnent, à bon droit, de voir une si remarquable réunion de monuments, beaux comme œuvres d'art et qui rappellent tant de souvenirs, laissée ainsi à l'abandon. »

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poussa point la restitution et il fit bien, jusqu'à rétablir certaines décorations disparues sur des monuments des xive et xve siècles. Le sculpteur Villeminot dirigea l'atelier chargé de la restauration des statues. Des praticiens habiles effacèrent les réfections lourdes et niaises accomplies antérieurement ; les accessoires, les couronnes, sceptres, disparus déjà bien avant la Révolution, furent rétablis conformément aux documents les plus sûrs, les retouches exécutées avec une grande adresse.

Après tant de tribulations, tant de restaurations, les malheureuses statues furent encore menacées en 1871 ; heureusement, comme on l'a vu, les précautions furent prises. Lorsque la ville fut occupée par l'ennemi, les commandants allemands donnèrent l'ordre d'opérer le déblaiement des monuments afin de les faire visiter à leurs troupes ; des soldats profitèrent de ces promenades pour emporter comme souvenirs quelques doigts et quelques mains, mais ces dégâts furent aisément réparés.

Les tombeaux de l'église abbatiale demeurent aujourd'hui tels que Viollet-le-Duc les fit disposer et c'est à peu près ainsi qu'ils apparaissaient aux yeux d'un visiteur du xvue ou du xvuie siècle, plusieurs monuments ont disparu, mais d'autres sont venus enrichir des chapelles. Seulement, les nombreuses restaurations effectuées au cours du xixe siècle sur maintes sculptures ont laissé de fâcheuses traces ; sous les voûtes trop blanches, baignées de la lumière crue de vitraux aux couleurs blafardes, les statues proprement rangées sur des soubassements de pierres neuves offrent un aspect froid et morne ; l'église abbatiale de Saint-Denis n'est plus désormais qu'un musée, mais le plus riche musée de la sculpture funéraire française du moyen âge et de la Renaissance.

DESCRIPTION CHRONOLOGIQUE

On trouvera ci-après la nomenclature et la description de tous les tombeaux qui figurent aujourd'hui dans l'église haute de Saint-Denis et dans 1$ crypte. On n'a pas fait de distinction entre les tombeaux rétablis à leurs places anciennes et ceux qui, élevés à l'origine en diverses églises de Paris ou de province, furent apportés à l'abbatiale après la dispersion du Musée des Monuments français 1 .

i . Ces descriptions sommaires n'ont pu être accompagnées des références qui permettent d'établir les dates et les attributions. Il nous parait utile d'indiquer que les documents sur la plupart des tombeaux des xrv8 et xv* siècles sont signalés et commentés au Catalogue raisonné du Musée de sculpture comparée, XIVe et XV siècles, par L. Gourajod et P. Frantz- Marcou (Paris, 1892), que ceux relatifs aux monuments du xvi° siècle ont été publiés par le marquis L. de Laborde dans la Renaissance des aris à la cour de France (2 vol., Paris, i85o-i855) et dans les Comptes des bâtiments du roi : 1528-1571 (2 vol., Paris, 1877-1880). — Quant aux épitaphes et inscriptions qui subsistent encore, elles ont été soigneusement relevées et publiées par le baron de Guilbermy dans son grand ouvrage (terminé par M. R. de Lasteyrie) : Inscriptions de la France. Ancien diocèse de

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Les descriptions ont été classées et les tombeaux numérotés dans l'ordre chronologique. Une table alphabétique placée à la fin du volume et d'autre part une table topographique suivant Tordre habituel de la visite placée en regard du plan de l'état actuel, permettront de trouver aisément d'après leur emplacement la description des tombeaux.

Paris; aux tomes ier (Églises de Paris) et n (Saint-Denis), Paris, 1878-1875.

Le plan le plus complet donnant la disposition ancienne des tombes dans l'église abbatiale est celui gravé par Inselin en 1705.

TOMBEAUX DU XIIe ET DU XIIIe SIÈCLE

1. — CîovisIer (f 5n). — Glovis avait été enterré à Paris, dans la basilique qu'il avait fondée en l'honneur des apôtres Pierre et Paul et où sainte Geneviève fut elle-même ensevelie peu de temps après ; d'où le nom que prit bientôt l'église et l'abbaye qui se développa à côté.

Le tombeau de Clovis figurait encore dans le chœur de l'église Sainte-Geneviève à la fin du xviii6 siècle. La statue aujourd'hui déposée à Saint-Denis vient certainement de ce tombeau. Mais elle ne paraît dater que de la fin du xne ou du commencement du xine siècle.

Le costume et l'attitude donnés à cette figure rétrospective et sans caractère iconographique sont ceux des statues de l'époque de Philippe-Auguste. On retrouve par exemple, dans mainte figure de nos cathédrales, cette tunique serrée par une ceinture d'où pend une escarcelle et le geste de la main droite passée dans le cordon qui attache le manteau. La barbe et les cheveux longs semblent seuls rappeler les usages traditionnels des Mérovingiens.

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Il est possible que la figure ait été retouchée au xvne siècle lorsqu'on refît encore une fois le tombeau sur lequel elle reposait. Le sceptre et la couronne datent de la restauration du xix° siècle.

2. — Childebert Ier (f 558). — La statue qui représente Childebert Ier, le fils de Clovis, est également très rétrospective et fantaisiste, elle provient aussi d'une abbaye parisienne, celle de Saint-Vincent, plus tard Saint-Germain-des-Prés .

Le monument paraît cependant antérieur au précédent : il accuse encore le style de l'époque romane et peut dater du milieu du xne siècle. La figure est taillée en faible relief dans une dalle de marbre grisâtre.

On sait d'ailleurs que ce tombeau, ainsi que ceux de plusieurs princes de la même race, fut profondément remanié au xvne siècle par le sculpteur Michel Bourdin le fils, et l'on soupçonne que celui-ci en retoucha, en refit peut-être la figure principale d'après le document primitif plus ou moins détérioré. Une certaine mollesse dans les plis et dans l'exécution de la figure, ainsi que dans le petit modèle d'église que porte le roi en qualité de fondateur de l'abbaye, incline à douter que l'on soit en présence d'une sculpture originale du xi ie "siècle, malgré le style général qui s'y accuse.

3 — Frédégonde (j- 597). — La tombe de la reine Frédégonde, femme de Chilpéric Ier, comme celle de

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