MONUMENT DE DAGOBERT
LES TOMBEAUX
Childebert, provient de Saint-Germain-des-Prés où étaient enterrés nombre de rois de la première race.
C'est une simple dalle en pierre recouverte d'une mosaïque de marbre où des filets de cuivre dessinent la figure et les ornements. Le visage, les mains et les pieds sont lisses et devaient être rehaussés de peinture.
On a pensé quelquefois que le monument était presque contemporain de la personne représentée, mais on est d'accord aujourd'hui pour affirmer que ce travail curieux, exécuté d'après un procédé décrit par le moine Théophile dans sa Schedula diversarum artium (sorte de manuel pratique des arts décoratifs, au Livre II, chap. xn), ne remonte pas au delà du xie siècle. C'est donc encore un monument élevé très postérieurement à la mort de la reine Frédégonde, mais un spécimen très curieux et très rare d'un art qui fut fréquemment pratiqué pour la décoration des églises aux xie et xne siècles.
4. — Monument de Dagobert Ier (f 638). — On a dit plus haut quel avait été le rôle de Dagobert dans la fondation et l'enrichissement de la primitive abbaye de Saint-Denis ; il y mourut et il était naturel que sa mémoire y fût honorée d'une façon toute particulière.
Il avait été certainement enterré dans la basilique, mais l'on ignore quel monument lui fut élevé à l'origine. Celui qui figurait avant la Révolution au côté droit du sanctuaire et qui a repris sa place depuis les restaurations de Viollet-le-Duc, ne date que du temps de saint
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Louis, et fut probablement élevé sur l'initiative de ce roi.
Le monument affecte une disposition toute spéciale. C'est une sorte de chapelle à double face : la face antérieure contient sous une voussure en arc brisé une sorte de tympan à trois registres qui rappelle ceux de certains portails d'églises. Au-dessus, s'élève un pignon aigu décoré de feuillages et de statues et flanqué de deux clochetons également très ornés.
Sur le soubassement repose la statue du roi, couché sur le flanc,, dans une disposition assez rare et originale. A sa tête et à ses pieds se tiennent debout sous des dais très ornés la reine Nanthilde, sa femme, et son fils Glovis II. Ces trois statues, à l'exception du corps de la reine qui est du xme siècle, sont des réfections exécutées par le ciseau habile de Geoffroy-Dechaume, en
Le sculpteur Villeminot a réparé et complété aussi nombre de figures des hauts -reliefs mutilés à la Révolution surtout dans les parties basses. La partie haute et notamment les anges des voussures qui sont d'un style admirable étaient intacts.
Les bas-reliefs du fond de la chapelle représentent en trois zones la vision qu'avait eue, disait-on, après la mort du roi, un ermite nommé Jean, retiré dans une île de la Méditerranée. Dans la première zone, saint Denis commande au solitaire de prier pour Dagobert qui venait de mourir ce jour même. L'ermite se réveille
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et aperçoit sur la mer une barque dans laquelle l'âme du roi, représentée suivant l'usage par une petite figurine, nue et s,ans sexe, est tourmentée par les démons. Dans la seconde zone, saint Denis, saint Maurice et saint Martin, attirés par les cris du roi, délivrent l'âme en peine, assistés de deux anges porteurs d'eau bénite. Enfin, dans la troisième, c'est le triomphe de l'âme victorieuse que les deux évêques et le saint guerrier élèvent vers le ciel sur une sorte de nappe, tandis que la main de Dieu paraît dans le ciel pour la saisir.
Dans le pignon on voit les deux saints protecteurs Denis et Martin en prière devant le Christ. Au revers apparaît la même figure calme et majestueuse du Christ bénissant inspirée des grandioses images des cathédrales, il est imploré cette fois par un roi et une reine qui représentent sans doute Dagobert et sa femme.
Toute cette sculpture, admirable d'exécution, était jadis rehaussée de couleurs et de dorures dont les traces subsistaient encore au début du xixe siècle.
5 à Î8. , — Tombeaux élevés par saint Louis à la mémoire de ses prédécesseurs. — C'est en i2Ô3 et 126/i que saint Louis fit transférer solennellement, dans l'église de Saint-Denis reconstruite, les cendres des anciens rois de France qui y avaient été inhumés, et c'est à ces mêmes dates évidemment qu'il leur fit élever une série de tombeaux uniformes disposés à droite et à gauche de la travée centrale du transept.
na L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE SAINT DENIS.
On peut supposer que le maître de l'œuvre, Pierre de Montereau, ne fut pas étranger au plan général ainsi réalisé et qu'il dirigea l'exécution du travail de la statuaire. Il y avait, d'après les descriptions et relevés antérieurs à la Révolution, cinq tombeaux placés au côté gauche (en regardant l'autel) et trois au côté droit, supportant chacun deux effigies. Les deux effigies, étendues sur la dalle funéraire, furent groupées assez arbitrairement, tantôt un roi était rapproché de la reine, sa femme, tantôt, c'étaient deux rois sans rapport de parenté directe et parfois même de date assez éloignée : au total huit tombeaux supportaient seize statues funéraires.
Toutes ces effigies commémoratives paraissent bien être sorties du même atelier, sinon de la même main. Elles sont toutes conçues selon une formule uniforme; elles semblent faites pour être placées debout, non pas couchées, gisantes. Les figures ne dénotent en rien l'altération de la mort, elles manifestent une vie souriante et calme, une douceur noble qui fait penser aux pures inspirations de l'art grec de la belle époque, notamment de certaines figures funéraires du ve ou du ive siècle.
Ces statues, toutes en pierre de liais étaient peintes, les vêtements couleur d'azur semés de fleurs de lys d'or; au dossier du tombeau, qui se relevait derrière les têtes des gisants, était gravé ou peint le nom du personnage suivi d'un mot caractéristique très bref ou d'un surnom.
Les tombeaux ont été brisés à la Révolution et les figures seules conservées, sauf deux, celles d'Eudes et de
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Hugues Gapet qui furent alors détruites. Viollet-le-Duc les a rétablies à leur place primitive et a restitué les soubassements, arcatures, colonnettes et tout le décor, en se conformant, tant pour le détail de l'ornementation que pour l'ordre adopté dans le placement des figures, aux indications fournies par les documents anciens, notamment par le recueil de dessins de Roger de Gaignières. Les couronnes, les sceptres et bon nombre de mains sont des restaurations modernes.
5 et 6. — Clovis II (f 656) et Charles Martel ftjfa). — Clovis II, fils de Dagobert, était déjà représenté sur le tombeau de son père; ici, couronne en tête et sceptre en main, il est vêtu d'une tunique tombante et d un ample manteau. Il est presque inutile d'observer que la figure est toute conventionnelle et que l'imagier ne fait même aucun effort pour individualiser son modèle.
Charles Martel est représenté par une effigie de même type et de même physionomie que la précédente, avec un mouvement de draperie différent, mais avec les mêmes ornements ; on sait cependant que, maire du palais sous les derniers carolingiens, il n'a jamais porté le titre de roi que saint Louis lui décernait.
7 et 8. — Pépin le Bref (f 768) et Berthe, sa
femme (f 783). — Pépin est le fondateur de la dynastie carolingienne et le père de Charlemagne. Son effigie est presque identique à celle de Clovis IL La
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reine Berthe porte la couronne sur le voile, elle tient aussi le sceptre à la main, une escarcelle pend à son côté.
9 et 10. — Carloman, roi d'Austrasie (f 771) et Ermentrude, femme de Charles le Chauve (f 869). — Carloman, frère de Charlernagne, mort à vingt et un ans, offre une figure de même type que les précédentes.
Ermentrude, première femme de Charles le Chauve, avait été enterrée à part à Saint-Denis ; le tombeau du roi qui se trouvait au milieu du chœur fut recouvert au xme siècle d'une admirable dalle de cuivre qui a été fondue à la Révolution tandis que Saint Louis rapprochait la reine sur ce tombeau d'un prince mort plus d'un siècle avant elle.
11 et 12. — Louis lîl (f 883) et Carloman, frère de Louis ïîï (f 884). — Ces deux fils de Louis II le Bègue moururent à très peu de distance l'un de l'autre, le second à la fleur de l'âge. L'imagier chargé d'exécuter la statue de Carloman s'est efforcé, semble-t-ii, de lui donner un air de jeunesse assez particulier; c'est la première figure imberbe que nous rencontrions; c'est la première aussi qui nous montre un essai de caractère individuel assez marqué.
13 et 14. — Robert If (f io3i) et Constance d'Arles, sa femme (j- io32). — Ces deux statues sont parmi les plus habilement traitées et les plus élégantes qui soient dans cette série du xnie siècle. La figure du roi est souriante
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et fine. Le mouvement des bras et des jambes y est plus accentué, non sans excès même pour une statue destinée à être couchée. Quant à la reine elle est, tant pour le type calme et grave delà figure que pour la noblesse ample du drapé, d'une beauté tout à fait parfaite qui la rapproche des figures du style le plus pur et le plus grandiose du milieu du xme siècle.
15 et 16. — Henri Ier (f 1060) et Louis VI, dit le Gros (-J- 1137). — Avec sa tête longue, sa bouche mince, son menton fort, Henri Ier nous montre une des seules figures un peu individuelles que nous rencontrions dans cette série. Il est probable du reste que ce type assez caractérisé est tout de fantaisie. Chez Louis le Gros, au contraire, nous retrouvons la formule conventionnelle adoptée dans les premières figures et nous ne pouvons nous empêcher de regretter que ces effigies rétrospectives et idéalistes, si belles qu'elles soient, ne nous offrent paa le plus petit renseignement sur le caractère réel et 1s physionomie historique de princes tels que celui-ci.
17 et 18. — Philippe, fils de Louis Vî (f ii3i) et Constance de Castille, femme de Louis Vlî (f 11 60). — * Fils aîné de Louis VI, associé au trône et couronné en 1129, Philippe mourut deux ans plus tard à l'âge de quinze ans. La statue offre une figure de jeune homme assez nettement indiquée et d'un très beau caractère.
Louis VII fut enterré à l'abbaye de Barbeau qu'il avait fondée près de Melun. Mais sa seconde femme, Constance
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de Castille, qui était morte en 1160, avait été enterrée à Saint- Denis, et saint Louis fit placer son effigie à côté de celle du prince précédent.