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LE CHŒUR, LE DÉAMBULATOIRE, LES CHAPELLES ET LA CRYPTE

Comme impression générale, toute d'élégance et de clarté, cette partie continue bien la précédente. Il est vrai que les travaux de Pierre de Montereau s'y prolongèrent de façon très notable. Ils s'y raccordèrent du reste, avec une œuvre antérieure de près d'un siècle, mais où Suger, après les inévitables tâtonnements du début, les lourdeurs inhérentes aux premières applications de la croisée d'ogives, telles qu'elles apparaissaient dans la partie antérieure de l'église, était arrivé dès ii4oii44 à réaliser, au dire des archéologues modernes, non plus un monument de transition, mais le premier des monuments gothiques complets. Tout y est calculé sans hésitation ni tâtonnement, pour un système parfait de voûtes sur croisées d'ogives soigneusement étudié, et dont l'ornementation seule se modifiera dans la suite.

Les deux premières travées du chœur, avec le développement de leurs doubles [collatéraux que nous avons déjà indiqué, appartiennent entièrement au même système que la nef et le transept, et nous n'avons rien à signaler de nouveau que la forme du triforium dont les baies sont légèrement plus élancées et les colonnettes plus grêles. Ce triforium se continuera du reste ainsi tout autour du chœur dans toute la par-

tie haute : triforium et grandes fenêtres, arcs-boutants et combles sont la continuation exacte de ce que nous avons décrit dans la nef.

Nous y retrouvons, hélas ! aussi la même déplorable qualité des vitraux refaits sous Louis-Philippe. Ceux-ci, avec leur affectation d'archaïsme caricatural, ne sont guère moins ridicules que les précédents et le coloris en est peut-être encore plus agressif.

11 ne reste plus rien des embellissements que la première moitié du xiv* siècle avait ajoutés au collatéral Nord pour constituer la chapelle Notre-Damc-la-Blanche, transformée du reste encore plus tard par les décorateurs classiques lorsqu'on y installa le tombeau de Turenne. Mais de l'autre côté de cette première partie du chœur, on peut signaler, pour ne pas y revenir, l'addition d'une travée de la fin du xiv e siècle construite entre les contreforts du croisillon et destinée à agrandir la chapelle Saint-Jean-Baptiste où furent ensevelis Charles V, Charles VI et Charles VII. Cette travée nouvelle comprend une voûte à nervures, avec une clef très ornée représentant un Couronnement de la Vierge entouré d'anges, et une fenêtre garnie de meneaux déjà presque flamboyants; cette baie devait être jadis remplie par un vitrail splendide comme cette époque en produisit ; elle est en grande partie murée aujourd'hui. Signalons aussi de ce côté, au droit de la première travée de l'abside, une construction adventice datant de la fin du xv e siècle, avec un pignon orienté vers l'Est; c'était la chapelle Saint-Louis qui servait anciennement de sacristie haute, elle contient aujourd'hui les quelques objets qui constituent le moderne Trésor. (Voir le plan.)

La travée précédente du collatéral sert d'entrée à une grande sacristie moderne d'un style analogue aux bâtiments

de l'abbaye auxquels elle s'appuie : elle fut construite et décorée sous le premier Empire.

Nous arrivons enfin à Tune des parties les plus importantes et les plus célèbres de F édifice, le déambulatoire de Suger et les chapelles rayonnant autour du chevet.

Toute cette partie avait été fort endommagée par les travaux de la première moitié du xix' siècle, très encombrée surtout de décorations et de mobiliers disparates, de 1816 à 1846. C'est celle sur laquelle s'est exercé le premier et le principal effort de Viollet-le-Duc. Déblayée et remise en état, l'architecture en a repris sa véritable élégance. La décoration exécutée avec beaucoup de soins et d'étude, au moins pour les cinq chapelles terminales et les travées correspondantes du déambulatoire, pèche par un excès de polychromie qui noie restaurations et originaux sous un revêtement uniforme. C'est une reconstitution, très savante du reste et très intelligente, qui a respecté et utilisé autant que possible tous les fragments anciens et s'est complétée, en matière de sculptures, de dallages, de vitraux, par des œuvres d'une très belle tenue et dont certaines, exécutées d'après des compositions de Viollet-le-Duc, dans l'esprit du xn e ou du xm e siècle, atteignent la valeur de véritables créations originales. On peut lui reprocher, comme à tant d'oeuvres de l'éminent architecte, son caractère un peu trop radical. Elle a toutefois ici l'excuse d'avoir remplacé non pas les résultats du lent travail des siècles, mais *une autre restauration bâtarde et compromettante.

Tout le chevet de l'église est exhaussé sur une espèce de plate-forme au-dessous de laquelle s'étend la crypte. On y monte par deux escaliers monumentaux que Debret avait déplacés et modifiés et que Viollet-le-Duc a remis dans l'état

ancien. Ils sont situés dans la première travée des collatéraux du chœur, la travée correspondante de la nef centrale étant occupée par le maitre-autel qui est moderne mais occupe la place exacte de l'ancien ; un peu en arrière de celui-ci deux autres escaliers plus petits, garnis de grilles modernes en fer forgé, montent vers la partie haute du chœur où se trouve comme autrefois l'autel des reliques, celui sur lequel étaient jadis exposées les châsses des saints patrons.

La deuxième travée des collatéraux du chœur avec sa voûte d'ogives à cinq branches appartient encore à la reconstruction du xm* siècle. C'est à la troisième que commence la partie subsistante de l'œuvre de Suger, le déambulatoire plus étroit qui se compose de neuf travées. Chacune de ces travées est voûtée sur une croisée d'ogives simple dont les nervures sont composées uniformément d'un tore unique, mais plus léger que dans les travées voisines du portail. Les arcs-doubleaux qui limitent les travées et les arcades qui relient le déambulatoire aux sept chapelles absidales sont en tiers-point, formées d'un bandeau entre deux tores.

À chaque travée du déambulatoire, sauf à la première de chaque côté qui n'a pas d'absidiole saillante, correspond une chapelle à deux fenêtres dont la voûte est constituée par une croisée d'ogives à cinq branches qui recouvre à la fois l'absidiole et une sorte de seconde galerie de déambulatoire plus étroite, faisant communiquer les chapelles entre elles. Dans cet ensemble très élégant et harmonieux lea retombées des doubleaux et des ogives sont supportées par des colonnes isolées dont quelques-unes sont monolithes, ou par des colonnettes engagées dans les piles qui séparent les chapelles.

Les chapiteaux des unes et des autres, sauf ceux des colonnes du chœur, refaites au xm* siècle et garnies de leurs cro-

DESCRIPTIOX ARCHÉOLOGIQUE. 67

chets caractéristiques, offrent un décor extrêmement curieux : on y sent encore la tradition romane; mais on voit apparaître çà et là quelques feuilles d'eau très simples, sobrement appliquées ; et parfois la disposition des masses de frondaisons régulières semble déjà annoncer le dessin des futurs crochets de feuillages. Les bases quadrangulaires des mêmes colonnes ou colonnettes portent encore les griffes caractéristiques du xn* siècle. Une partie de cette décoration a été refaite évidemment lors de la dernière restauration et il est assez difficile de distinguer, sous les couches de peinture qui ont tout recouvert, les morceaux modernes ; ceux-ci sont du reste d'un très bon style.

La décoration polychrome était à l'origine et est encore à l'heure actuelle complétée ici par deux éléments qui méritent toute notre attention et notre estime pour leurs parties anciennes et pour la qualité des additions modernes, ce sont les dallages et les vitraux.

Rappelons d'abord que la première travée du déambulatoire du côté du Nord, celle qui précède immédiatement les absidioleset portait le nom de chapelle Saint-Firmin (planL) présentait jusqu'à la fin du xviii 6 siècle un pavé en mosaïque de marbre et de verre dont plusieurs fragments, notamment celui représentant un religieux en attitude de donateur, avec cette inscription : a Hoc pins Albricus nobilefecit opus » se voit aujourd'hui au Musée de Cluny. Cette mosaïque, très curieuse par sa composition et son dessin, était un magnifique spécimen des ouvrages dont Suger avait enrichi les chapelles. De la reconstruction du xin* siècle, sous Saint Louis, datent plusieurs pavements ; quelques-uns même semblent antérieurs : les uns formés de carreaux de terre émaillés ou incrustés en

creux d'une terre blanche qui, sous la couverte de plomb, donne des tons jaunes sur le fond rouge de la terre ; d'autres composés de dalles de 'pierre gravées en creux avec des rehauts de mortier coloré. Ces beaux échantillons d'un art qui fut si développé au moyen âge se sont retrouvés, enfouis sous un remblai de débris, lors des travaux accomplis en 1848 par Viollet-le-Duc, aux chapelles Saint-Pérégrin, la quatrième du côté nord (0), de la Vierge dans Taxe de l'abside (P), et une partie de la chapelle Saint-Cucuphas (Q). Dans la première c'est un dallage en pierre avec incrustations de pâtes colorées représentant un tapis fleurdelisé, et derrière l'autel, une scène gravée au trait du martyre de Saint-Pérégrin avec une inscription gothique en lettres rouges ; dans la seconde, se voit un très beau spécimen de ces carrelages rouges, bruns, noirs et jaunes, quelques-uns avec incrustations, dont les combinaisons gracieuses de rosaces et d'entrelacs valent d'être remarquées ; dans la troisième une combinaison plus simple de carreaux noirs et jaunes dont certains portent la fleur de lis.

Les autres dallages des chapelles ainsi que ceux du chœur sont modernes et du dessin de Viollet-le-Duc. Tous du reste, sans copie servile, offrent une très heureuse restitution des procédés anciens et une juste pénétration du style gothique; notamment dans le chœur, où se voient des aigles héraldiques de grande allure et des rinceaux stylisés encadrant les signes d'un zodiaque d'une précision et d'une souplesse de traits remarquables.

Les vitraux méritent plus encore d'attirer l'attention. Suger y avait apporté tous ses soins ; il composait lui-même les inscriptions qui devaient y prendre place et s'était fait représenter dans une des verrières (heureusement conservée encore aujourd'hui) prosterné devant une Annonciation. Les

vitraux de ces chapelles comme ceux de l'église entière furent mutilés ou déposés à la Révolution. Une bonne partie vint au Musée des Monuments français pour être renvoyée ensuite à Saint-Denis après 18 16. Combien périrent dans ces voyages et dans les reconstitutions malhabiles des architectes de Louis XVIII et de Louis-Philippe !

C'est une part importante de la restauration de Viollet-le- Duc que la remise en place et le complément des vitraux de l'abside, réalisée avec le concours des frères Alfred et Henri Gérente, peintres verriers dont la signature ou le monogramme se retrouve en maint endroit sur les vitraux modernes ou restaurés. Les plus précieux des fragments anciens de cette somptueuse décoration, éclatante et chaude comme une émaillerie de verre, se trouvent aujourd'hui aux verrières des deux chapelles de la Vierge et Saint- Pérégrin (P et 0). Dans la première (c'est la chapelle absidale), les deux panneaux presque entiers où se trouvent représentés d'un côté, dans les médaillons circulaires, des épisodes de la vie du Christ, de l'autre un arbre de Jessé, datent du milieu du xu* siècle, et les verriers modernes n'ont guère fait que les remettre en place. Ait'. Gérente a complété au contraire, avec des réussites de technique et de style très remarquables, les panneaux de la chapelle Saint-Pérégrin où sont représentés des épisodes de l'Ancien Testament (Vie de Moïse). On peut chercher encore dans les chapelles suivantes du côté Sud (Q et R de notre plan) quelques fragments anciens utilisés au milieu de réfections modernes qui luttent sans trop de désavantage avec eux. On voit enfin dans deux chapelles, l'une à droite et l'autre à gauche (S et M de notre plan), des vitraux en grisaille représentant des grifFons sur un champ de rinceaux dont certaines parties sont anciennes et

de la crypte centrale, mais à des distances variables de ceuxci. Seuls, du reste, les six piliers placés le plus à l'Est datent bien du xn* siècle; les quatre autres (deux au Nord et deux au Midi) paraissent avoir été ajoutés, repris ou renforcés lorsque l'on renouvela et agrandit le chœur au xin* siècle. L'ornementation de leurs chapiteaux à crochets de feuilles en témoigne de façon indubitable.

Celle des six autres, au contraire, très regrattée et refouillée malheureusement, offre dans ses combinaisons géométriques ou ses végétaux stylisés, de grandes analogies avec la décoration du déambulatoire. Il en est de même pour la décoration des piles quadrangulaires qui séparent les chapelles.

Le passage qui s'étend entre ces piliers et les murs du caveau central, et, d'autre part, les sept travées du déambulatoire et les sept chapelles ou absidioles, sont couvertes en voûtes d'arêtes séparées par d'énormes doubleaux sans moulures et en plein cintre.

Les deux parties Nord et Sud qui continuent le déambulatoire sont voûtées en berceau. Mais, de même que pour les caveaux qui se prolongent sous le bâtiment du transept, la construction en a été fortement remaniée au xix* siècle. On avait été chercher en effet à cette crypte, devenue par la volonté impériale l'asile où la dynastie nouvelle serait venue rejoindre les cendres recueillies et honorées des vieilles dynasties royales, des entrées nouvelles et majestueuses. On avait bouleversé à grands frais tout l'ancien plan de l'édifice. Des escaliers monumentaux s'étaient ouverts dans les croisillons, dans la chapelle Saint- Jean-Baptiste et dans la chapelle Notre-Damela-Blanche. Viollet-le-Duc les a fait disparaître et a rétabli l'ancienne entrée placée dans le prolongement du déambulatoire inférieur.

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Quant au caveau central, on y accédait depuis le xvn* siècle par un couloir étroit percé par ordre de Louis XIV et partant du caveau des cérémonies ouvert dans le chœur à côté du maître-autel '. Les révolutionnaires y ouvrirent dans Taxe de l'abside une baie qui subsista sous l'Empire et fut décorée de vantaux de bronze. Cette baie fut refermée depuis et la porte de bronze orne aujourd'hui une entrée factice percée dans le bas-côté Nord de la crypte. Quant au couloir d'accès central il a disparu plus tard, lorsque Viollet-le-Duc établit en 1 858-59 au chœur de la basilique, sous le maître-autel, un caveau impérial qui est resté vide et auquel on accède par un escalier dont le départ, recouvert de dalles de pierre, se trouve au centre du chœur 2 .

ACCESSOIRES ET OBJETS MOBILIERS. TRÉSOn

Après et souvent même avant l'étude de sa structure architecturale et de sa décoration, ce qui attire et retient l'attention du visiteur de l'église abbatiale de Saint-Denis, ce sont les

i. Voir p. 87.

a . Le caveau central de la crypte ne renferme plus aujourd'hui que quelques cercueils posés sur des tréteaux de fer. Deux renferment les restes de Louis XVI et de Marié- Antoinette, recueillis au cimetière de la Madeleine. Les autres sont ceux de Louis XVIII et du duc de Berry, de Mesdames Victoire et Adélaïde de France, mortes en exil ; du prince de Gondé (f 18 18), et du duc de Bourbon (f i83o). On y a rapporté également le corps de Louis VII et celui de Louise de Lorraine, femme d'Henri III, retrouvés depuis la Révolution, l'un à l'abbaye de Barbeau, l'autre à l'église des Capucines de Paris.

monuments funéraires royaux ou princiers, qui sont groupés «dans le chœur, à la croisée du transept, dans les croisillons et dans plusieurs chapelles.

La seconde partie de cette notice est consacrée à l'histoire des tombeaux et à leur description ; mais il existe, à côté des «culptures funéraires, un assez grand nombre d'oeuvres d'art, «ur lesquelles il convient de fournir des indications un peu détaillées.

L'église n'a rien gardé, sauf les tombeaux, de ce qu'elle contenait avant la Révolution; son mobilier fqt constitué au xix a siècle par une série d'objets de provenances variées, qui firent de Saint-Denis, sous la Restauration et sous la Monarchie de Juillet, une sorte de musée assez hétéroclite. La restauration de Viollet-le-Duc élimina une bonne partie de ces objets, qui ne faisaient pas corps avec l'édifice même. Quelques-uns cependant sont restés, qui n'ont pas tous absolument leur raison d'être à la place qu'ils occupent, qui «'adaptent plus ou moins aux besoins et à la décoration de l'église aujourd'hui paroissiale, mais dont plusieurs sont des documents importants qui valent d'être signalés ici.

On rencontre d'abord, dans la première travée latérale sud sous la tour (Lettre A du plan), une grande pierre tombale gravée portant l'effigie de Y abbé Antoine de la Haye (mort en i5o4), qui fut le soixante-deuxième abbé de Saint-Denis. C'est le seul spécimen conservé de ces monuments abbatiaux dont l'église contenait un grand nombre avant la Révolution. L'effigie mitrée d'un beau dessin est entourée d'une série d'arcatures et de personnages : anges, apôtres, religieux, Un peu plus loin, dans la quatrième travée du collatéral -sud de la nef (B) se trouve une porte dont l'architecture est du dessin de Viollet-le-Duc, et qui devait desservir une sacris-

tie projetée par celui-ci. La boiserie en est composée de panneaux provenant de la chapelle du château de Gaillon et datant des premières années du xvi° siècle.

Les stalles, disposées par Viollet-le-Duc, comme Tétaient celles de l'église ayant la Révolution, dans les dernières travées centrales de la nef (elles n'en occupent plus que deux au lieu de trois) sont aussi composées de fragments réunis arbitrairement à Saint-Denis au cours du xix* siècle. Elles comportent d'abord (C) une rangée de six stalles basses qui proviennent du chœur de l'abbaye de Saint-Lucien près de Beau vais, avec leurs accoudoirs et leurs miséricordes à sujet» pittoresques : ce sont de bons spécimens, mais assez courants r de l'art des huchiers français de la fin du xv* siècle.

Au contraire, les deux rangées de stalles à dossier qui se trouvent à la suite des précédentes et de l'autre côté de la nef (D et E), ainsi que la grande chaire isolée placée du côté droit (F), sont des monuments très importants et très exceptionnels.

Ces boiseries proviennent de la chapelle du château de- Gaillon, élevée et décorée pour le cardinal Georges d'Amboise entre i5oi et i5oo. Le style italien qui venait de faire son» apparition en France s'y mélange au décor flamboyant ; de» arabesques délicates ornent les sièges ; des panneaux de marqueterie de couleur ou tarsia, travail certainement italien, se voient au-dessus, ils représentent des Sibylles et des Vertus; enfin à la partie haute des dossiers, une série de bas-reliefs enr bois, racontant des épisodes de la vie de la Vierge et du Christ et diverses scènes de martyres, dont celui de Saint Jean-Baptiste, rappellent l'art des tailleurs de bois français ou flamands»

Ces fragments, qui avaient été d'abord utilisés pour la décoration du chœur d'hiver, ont été recomposés pour former deux rangées de six stalles chacune, sous la direction de Viollet-le-

Duc, vers 1875, par le menuisier Ronsin. Les parties de sculpture ajoutées, et elles sont assez nombreuses, notamment les statuettes et les grands groupes en ronde bosse qui décorent les extrémités, ont été exécutées avec beaucoup de goût et de sens du style gothique, par Yilleminot.

Le maître-autel en pierre, rehaussé de polychromie et de dorures, placé dans la première travée du chœur, est une restitution de Viollet-le-Duc, exécutée par Yilleminot dans le style du xm a siècle. Le soubassement est composé de colonnettes à chapiteaux de feuillages; le retable offre la représentation du Christ et des apôtres en haut-relief. La garniture d'autel en bronze doré aux armes royales, date de la Restauration.

Dans le voisinage du maître-autel, à côté du tombeau de Dagobert on a placé sur un chapiteau roman en pierre d'un beau style, assez analogue à ceux du déambulatoire, une Vierge assise, en bois (G), qui provient du prieuré de Saint- Martin-des-Champs, à Paris, et peut dater de la deuxième moitié du xn 6 siècle. Contemporaine de la Vierge de la porte Sainte-Anne de Notre-Dame de Paris, elle offre, à peu de chose près, la même majesté grave avec les mêmes formules encore hiératiques.

Deux autres statues de la même époque se voient dans le croisillon nord de chaque côté de la porte (H et I). Elles appartenaient à la décoration d'un portail du xii* siècle, analogue à ceux de Saint-Denis et de Chartres, celui de l'église Notre- Dame de Corbeil, et furent apportées à Saint-Denis sous la Restauration, en provenance du Musée des Monuments français où elles avaient été baptisées Clovis et Clotilde. Elles y sont restées jusqu'ici, bien que personne ne songe plus à y reconnaître ces personnages historiques, mais bien un roi et une reine de l'Ancien Testament, et que, simples documents

d'art et d'archéologie, elles n'aient réellement rien à faire à cette place, même au point de vue décoratif.

A l'autre extrémité du transept se voit un tableau attribué à Gaspard de Crayer, représentant le martyre de Saint Denis et donné à l'église sous le Premier Empire. On rencontre aussi des documents étrangers à l'histoire même de l'abbaye de Saint-Denis, dans la chapelle de Charles Y (J et K), ce sont les deux dalles gravées provenant de l'église Sainte- Catherine du Val des Écoliers de Paris (détruite en 1783), qui avait été érigée par la confrérie des sergents d'armes du roi en commémoration de la victoire de Bouvines et dont Saint Louis avait posé la première pierre. Le monument date de l'époque où la confrérie fut reconstituée sous Charles Y, en 1876. Sur l'une des dalles, deux sergents d'armes en armures semblent confier leur dessein à un moine ; sur l'autre, les sergents revêtus de leurs costumes de cérémonie, portant leurs masses à la main, se tiennent devant le roi Saint Louis, représenté, suivant les habitudes du temps, sous des traits qui ressemblent fort à ceux de Charles Y. Le dessin sur un riche fond losange et fleuronné est d'une grande beauté et les personnages d'une vérité d'attitude très remarquable.

Dans la partie haute du chœur on remarque, à côté de l'autel des reliques restitué par Viollet-le-Duc et qui ne porte plus que des châsses modernes, une bannière rouge qui occupe l'emplacement traditionnel de 1' « oriflamme de Saint-Denis » . Cette fameuse bannière de l'abbaye, dont la forme est mal connue, se conservait près de l'autel des saints patrons. C'était une pièce de toile de soie rouge dont le champ était couvert de flammes d'or. On sait que l'oriflamme, confiée d'abord au comte du Yexin par les abbés, passa aux

mains do roi de France lorsque Louis VI eut acquis le Vexin. Dès lors la bannière de l'abbaye fut portée sur les champs de bataille à coté de la bannière de France et c'est sa présence qui explique le cri de guerre des armées royales : « Montjoye Saint-Denis! a

On a replacé dans la première chapelle du côté Nord CL) dont la restauration n'a pas été achevée par Viollet-le-Duc, un retable en pierre de type roman avec inscription ; nous savons qu'il existait à Saint-Denis et dans cette chapelle à la fin du xviii* siècle, mais la sculpture très affadie a été certainement fort retouchée depuis le xn* siècle. Des fragments placés alentour, en partie anciens, n'ont guère d'autre intérêt que de témoigner de l'étrange façon dont on habillait et complétait les monuments du moyen âge sous Louis-Philippe.

Dans les chapelles de l'abside, les autels abondamment restaurés comprennent un certain nombre de morceaux anciens. Celui de la chapelle de la Vierge (P), qui est surmonté d'une jolie statuette de la Vierge en marbre, du xiv* siècle, provenant, dit-on, de l'abbaye de Longchamp est donné par Viollet-le-Duc dans son Dictionnaire (t. H, p. 4o) comme ayant été seulement complété par lui. Le retable sculpté et peint où se voient la Nativité, l'Adoration des Mages, le Massacre des Innocents et la Fuite en Egypte serait ancien, ainsi que le délicat tabernacle qui est placé au-dessus. Il est assez difficile, nous l'avons déjà dit, de discerner dans des restaurations de ce genre ce qui est original et ce qui est restitué.

On rencontre encore, dans les chapelles de la crypte, quelques fragments très mutilés du jubé de l'église Saint- Père de Chartres, œuvre de François Marchand (xvi* siècle) ; dans la chapelle du chevet, des arcatures du xin A siècle qui

proviennent des bas-côtés de l'église supérieure et avaient été transportées à Paris par Lenoir, ont été replacées ici à la Restauration ; quelques dalles funéraires au trait grossièrement refaites, les unes au xvii* siècle, les autres au xix° ; un buste de Louis XI, en plâtre, sur une colonne en pierre du xvi 6 siècle qui paraît venir de Gaillon ; enfin, les statues entassées dans un coin sombre, des Carolingiens glorifiés par ordre de Napoléon 1 er1 . Le Gharlemagne seul de Gois, en marbre, est visible au centre d'une chapelle.

Le Trésor de Saint-Denis a été, comme nous l'avons dit,, recueilli pour une faible partie par l'ancien Cabinet des antiques du Roi (Bibliothèque nationale) et le Musée du Louvre; sous la Restauration, quelques objets intéressants avaient étérapportés à Saint-Denis afin de reconstituer l'apparence d'un trésor; ces morceaux sont retournés depuis aux collection» nationales, Cabinet des médailles ou Musée de Cluny. L'on ne peut guère signaler parmi les objets liturgiques qui garnissent aujourd'hui les vitrines de la petite salle de la sacristie que deux calices et leurs patènes du xvn 6 siècle, le» ornements en argent, donnés par Charles X et destinés aux cérémonies funéraires solennelles ; une copie du « fauteuil dit de Dagobert » dont l'original, jadis à Saint-Denis, est au> Cabinet des Médailles. Le seul objet qui provienne de la décoration de l'ancienne église est le grand bas-relief en vermeil représentant l* Adoration des bergers, qui servit pour le devant du maître-autel ; c'est une œuvre de la fin du xvn e siècle, . donnée par un religieux en 1682, et qui aurait été modelée d'après le dessin d'Alexis Loir.

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