‹ L'église abbatiale de Saint-Denis et ses tombeaux;Chapitre 12 sur 43 · CD LU · texte numérisé non relu

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sure à triple cordon et sont soutenus par un trumeau. Les trois cordons de la voussure reposent sur des colonnes garnies de statues comme Tétaient jadis celles de la façade principale. Or, le trumeau qui datait, paraît-il, seulement du xiv e siècle, est aujourd'hui entièrement neuf, restauré par les soins de Violletr-le- Duc et de l'atelier de Villeminot. La statue de la Vierge qui le décore est un pastiche d'ailleurs fort adroit ; le soubassement et les piédroits au contraire sont encore décorés à la mode romane, et il semble que l'on puisse affirmer, au moins pour les piédroits, que ces morceaux admirables et du reste célèbres, avec leurs rinceaux réguliers et puissants, où l'on trouve une grande analogie avec la décoration du portail de Mantes, sont des œuvres originales du xil* siècle. Il en est de même pour les chapiteaux des colonnes.

Au contraire, les figures de rois tenant des phylactères qui les décorent sont bien plus inquiétantes. Ce ne sont certainement pas des œuvres du temps de Debret. On a vu par l'exemple du portail Ouest comment on imitait, vers i84o, la sculpture romane, et d'ailleurs on sait que ces statues emportées par Lenoir figurèrent au Musée des Monuments français pendant la Révolution et l'Empire. Debret ne fit guère que les remettre en place et les compléter légèrement, il crut en accroître l'intérêt en leur attribuant les noms des premiers rois capétiens que l'on grava sur leurs banderoles en caractères du xiv e siècle. On les moula même à ce titre et ils furent installés aux galeries historiques de Versailles.

Mais il nous paraît, d'après le style des figures et des draperies, que ces statues ont été, comme tant d'autres morceaux de la décoration de Saint-Denis , très fortement retouchées et remises au point au xvhi* siècle et, bien que nous n'ayons pas la date ni la preuve certaine de ce travail, nous nous re-

6a L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE SAINT-DENIS

fusons à voir ici des sculptures originales du xii* siècle et des documents intacts. Gela est encore plus évident pour le tympan et le linteau qui représentent la condamnation des Saints Martyrs, leur communion miraculeuse et leur supplice. Bien que des dessins et gravures nous prouvent l'existence de ces sculptures au début du xix e siècle, nous ne pouvons les croire originales. De même enfin pour [les figurines de la voussure, elles sont d'un assez bon style, mais très fortement retouchées, leurs supports architecturaux notamment ayant été certainement grattés et mutilés.

Par contre, le croisillon méridional présente un certain nombre de sculptures en mauvais état mais qui paraissent de qualité beaucoup plus pure. Deux niches des contreforts, placées à la hauteur de la rose, renferment deux statues, l'une de roi, l'autre d'ange tenant un disque (peut-être un cadran solaire); très effritées toutes deux, ces statues ont encore très grande allure et rappellent le beau style monumental de certaines figures de Reims.

A la partie basse, la porte du transept qui menait de l'église au cloître et datait du milieu du xm* siècle a été dégagée récemment par M. Darcy des constructions adventices du xvm e siècle qui l'avaient annihilée, mais protégée contre les restaurations dévastatrices. On y voit encore, entre les colonnettes qui reçoivent les voussures, d'exquis morceaux de feuillages découpés et naturalistes ; des guirlandes de fleurs de lys ainsi que le soubassement semé des armes royales, témoignent probablement de l'aide fournie par Saint Louis pour la reconstruction. Dans la voussure même, des figures décapitées présentent des spécimens de draperie et de plastique tout à fait admirables. On remarquera en particulier, au deuxième claveau à gauche, une scène qui se développait

en un haut-relief à personnages pressés, englobant les divers cordons de la voussure.

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