Isabelle d'Aragon, femme de Philippe III
(f 1271). — La femme de Philippe le Hardi mourut, pendant le retour de la croisade de Tunis, à Cosenza en Galabre. Son corps fut ramené en France et déposé à Saint-Denis.
Il est probable que l'exécution de son monument suivit presque immédiatement. La figure tombale, en effet, est d'un caractère très pur et d'un style élégant qui rappelle tout à fait l'art du xm e siècle. Elle est en marbre, et c'est peut-être une des premières qui aient été exécutées dans cette matière. La figure est d'un faible relief, très différente d'aspect du Philippe III qui est entièrement de ronde bosse.
La dalle de marbre noir qui supporte la statue est celle du tombeau ancien : elle était enrichie de bandes de métal, portant des inscriptions et des ornements qui ont disparu. Une épitaphe rimée en français, formée de beaux caractères de marbre blanc incrustés, se lit autour de la partie haute du soubassement également en marbre noir.
27. — Robert d'Artois (f i3iy). — Le tombeau de ce jeune prince, fils de la comtesse Mahaut d'Artois, mort vers l'âge de dix-neuf ans, avait été élevé par les soins de sa mère dans l'église des Cordeliers de Paris.
la» L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE SAINT-DENIS.
A la suite d'un incendie qui eut lieu en i58o, les tombeaux de cette église furent confondus et plusieurs, dont celui-ci, devinrent anonymes. Alexandre Lenoir désigna notre personnage comme Pierre d'Alençon, fils de Louis IX; de Guilhermy le déclare de nouveau inconnu. On sait aujourd'hui, à n'en pas douter, que nous sommes bien en présence de Robert d'Artois.
On sait aussi, par des textes publiés, que le monument fut exécuté par Jean Pépin de Huy, tombier à Paris et ses^ compagnons. Ils y travaillèrent depuis la fin de i3i7 jusqu'en i320. Cet artiste, plusieurs fois employé par la comtesse Mahaut, paraît, d'après son nom même, originaire des environs de Liège.
L'effigie est d'une exécution très soignée et très fine, la conservation du marbre est presque parfaite. Le costume est scrupuleusement détaillé : la chemise de mailles au chaperon rabattu sur les épaules, la cotte d'armes, le baudrier, l'écu, les jambières de métal. La tête est d'une calme noblesse; on y sent la jeunesse et la beauté, accentuées peut-être encore par un certain parti pris persistant d'idéalisme.
28 et 29. — Louis de France, comte d'Évreux (f i3i9), et Marguerite d'Artois (f i3rt). — Louis de France, comte d'Évreux, fils de Philippe le Hardi et petit-fils de saint Louis, fut enterré avec sa femme, Marguerite d'Artois, qui était morte quelques années avant lui» dans l'église des Jacobins de Paris.
LES TOMBEAUX. ia3
Les deux statues, placées aujourd'hui dans la chapelle Saint-Hippolyte, ne paraissent pas avoir été taillées par le même imagier. Celle du prince, représenté en costume de chevalier, est assez lourde bien que rappelant d'assez près le Robert d'Artois de Pépin de Huy; celle de Marguerite d'Artois, au contraire, peut passer pour Tune des plus belles effigies funéraires du xiv e siècle : le visage délicat, serré dans une sorte de voile étroit qui l'enveloppe, les mains jointes, les plis souples et fins de la longue robe, les petits chiens qui jouent aux pieds de la statue, tout est d'une facture parfaite d'élégance et de grâce.